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Gloire et déception

10 oct 2012 in Critiques, réflexion

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LA GLOIRE

Ainsi, B’z a terminé sa 5ème tournée nord-américaine dimanche soir 7 octobre au Gibson Theater de Los Angeles, devant un auditoire comble, lequel comptait notamment certains amis du groupe, entre autres Yogi Lonich et Josh Gooch qui ont joué avec Inaba en 2010.

Ainsi, une année faste et festive fut lancée, celle des 25 ans du groupe, de la plus belle des manières, sur un triomphe américain devant des milliers d’internautes. B’z était donc dimanche soir (et lundi matin en Europe et au Japon) au faîte de sa gloire.

La gloire est une habitude chez B’z, puisque GLORY DAYS était le nom d’un titre et d’une tournée en 2008, année des 20 ans du duo. Mais à la différence d’autres groupes tels que X-Japan ou les Pixies qui se comportent comme des rentiers de leur gloire passée, B’z perpétue la sienne en se maintenant au top de la créativité et de la performance scénique. Surtout, B’z parvient à systématiquement maintenir ses fans en haleine avec un calendrier de nouvelles et nouveautés habilement maîtrisé. Une fois devenu fan de B’z, on est constamment en alerte, toujours aux aguets de la prochaine information. Car on sait la constance du groupe, on sait qu’il ne va pas se séparer sur un coup de tête ou provoquer un scandale quelconque. Non, B’z est fait pour durer et perdurer. Et ses fans en ressentent d’autant plus de plaisir.

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A ce stade de la carrière du groupe, la tournée Into Free et le concert final en direct au Gibson Theater étaient donc un sommet. On garde encore fraîchement en mémoire le concert du 25 juillet 2011, et on a le sentiment que le groupe a encore progressé depuis l’an dernier, proposant de nouvelles habitudes et de nouveaux rituels, offrant le spectacle d’un groupe de 6 musiciens foncièrement unis, quatre d’entre eux soutenant à la perfection les deux stars, et les deux stars restant toujours avec humilité au même niveau que leurs quatre accompagnateurs et amis.

Il se dégage ainsi une humanité saisissante au sein de ce groupe dont on ne sait plus aujourd’hui s’il s’agit réellement d’un duo. Alors que Matsumoto a joué avec le maître Larry Carlton, jusqu’à remporter un Grammy Award, alors qu’il est le seul musicien du continent asiatique à posséder une signature Gibson, le plaçant à égalité avec Slash, on le voit aujourd’hui offrir généreusement la réplique à Shinichiro Ohta, le second guitariste.

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Un néophyte ne se rendra pas compte de l’importance d’une telle scène. S’il est courant qu’Inaba disparaisse au profit de séances instrumentales, pour mieux réapparaître, puisque c’est lui le véritable objet de désir des fans (et surtout des fans japonaises), il est absolument surprenant de voir Matsumoto former un deuxième duo avec Ohta, ce dernier prenant symboliquement la place d’Inaba ! Et l’on sent à quel point leur entente guitaristique est sincère, il est des sourires et des attitudes qui ne trompent pas.

Ohta, encore lui, depuis 2011, semble créer du lien sur scène. On le voit prendre un plaisir fou en compagnie du bassiste Barry Sparks. Ainsi, ils se voient de plus en plus souvent mis sur le devant de la scène. Au Gibson Theater, on a pu les voir saluer le public serrés l’un contre l’autre, comme deux vieux de la vieille, repartant hilares dans les coulisses.

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Ce sont donc 17 titres plus énergiques les uns que les autres que B’z nous a livrés, sur un rythme d’enfer, avec des instants d’anthologie comme l’énorme solo sur negai, l’hymne américain en fin de concert, le duo Matsumoto-Ohta au début du rappel, un jeu de chants et cris entre Inaba et le public sur juice, des versions au top de MOTEL, ZERO ou encore BLOWIN’, sans oublier cet incroyable intermède encore en plein negai : Barry Sparks qui lance la ligne de basse de la chanson DAZED AND CONFUSED de Led Zeppelin ! On a ainsi à un véritable hommage instrumental au groupe culte britannique en plein milieu d’un titre culte de B’z.

Quelques surprises comme Brighter Day, même s’il s’agit d’un titre originellement en anglais et déjà présent sur le tout premier EP iTunes de 2007, IT’S SHOWTIME!! ou encore Shodo.

Enfin, on a eu droit à un Koshi Inaba en très grande forme. Les années passant, on sent le groupe désormais plus à l’aise sur les scène à taille humaine. Non pas que les grands shows dans les stades n’aient plus d’intérêt, bien au contraire, il suffit de voir le dernier DVD/Blu-ray pour s’en convaincre, mais les deux compères ne courent plus autant et dans tous les sens que dans les années 1990. Cependant, sur une scène à peu près normale, Matsumoto et surtout Inaba peuvent faire ressortir toute leur puissance. A la façon d’un Ohta, on pouvait sentir Inaba franchement heureux d’être sur scène, sûrement plus que lors du concert de charité devant le public de Linkin Park, un an auparavant.

LOVE BOMB
GO FOR IT, BABY -kioku no sanmyaku
Ultra Soul
Splash
Brighter Day
Easy Come, Easy Go!
MOTEL
Mô ichido Kiss shitakatta
ZERO
Mienaï chikara – Invisible One
Negaï [DAZED AND CONFUSED]
Into Free – Dangan
Juice
IT’S SHOWTIME!!
Shodo [Hymne américain]

Rappel

Duo Matsumoto-Ohta
Home
BLOWIN’

LA DECEPTION

La déception ? Vous devez vous demander de quoi je veux parler après une première partie si élogieuse. Et pourtant, c’est bien le sentiment qui m’habitait, paradoxalement, à la fin du concert donné au Gibson Theater.

Pour cela, il faut comprendre certaines choses en amont. Nous sommes selon notre propre appellation des « fans internationaux » de B’z, c’est-à-dire des fans non Japonais d’un groupe japonais. La particularité vient du fait que ce groupe, comme la plupart des groupes japonais, n’est pas venu à nous, mais que nous sommes allés à lui. C’est la curiosité ou le hasard qui nous ont amenés un jour à découvrir un groupe japonais, en l’occurence B’z, en l’occurence le plus grand groupe de l’archipel.

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Une fois le sentiment d’exotisme consommé et digéré, une fois la langue et le style imprégnés en nous, une conviction s’est formée peu à peu, toujours en nous. B’z n’est pas qu’une curiosité exotique, B’z a un potentiel d’universalité. Nous sommes convaincus que B’z peut autant toucher le public mondial que n’importe quel groupe anglophone. B’z vaut autant que Muse ou Coldplay. Evidemment, B’z n’est pas né du bon côté de la barrière, B’z est et demeure un groupe japonais, et les grands réseaux mondiaux de diffusion musicale ne s’intéressent pas à la musique japonaise.

Pourtant, nous sommes certains qu’autant C’mon que LOVE PHANTOM auraient leur place sur les ondes de nos radios, autant que Yellow Submarine des Beatles que Satisfaction des Rolling Stones.

Alors, évidemment, forts de cette conviction, nous nous sommes intérieurement (et parfois extérieurement) réjouis lorsqu’en janvier le groupe annonçait : « 2012, Into the Beginning » Pour nous, il ne pouvait s’agir que d’un lancement clair d’une carrière internationale. Et les mois suivants nous donnèrent en partie raison.

Mais tout fut fait à moitié. La chanson Into Free – Dangan pouvait bien être excellente, quel est l’impact réel de son utilisation comme chanson titre au jeu Dragon’s Dogma de Capcom ? Certes, quelques joueurs ont dû l’apprécier, d’autres sont allés chercher le nom du groupe, mais au final combien sont venus réellement à B’z ? Car il n’y a eu aucune promotion du groupe autour d’Into Free – Dangan, rien.

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Le mini album paru sur iTunes et dont nous avons fait une critique, la encore, est une chose à moitié faite. Car absolument aucune promotion n’est venue épauler cet album qui aura eu le mérite d’exister. Un groupe, quel qu’il soit et aussi bon soit-il, si personne n’en parle nulle part, personne ne peut le connaître. D’ailleurs, à quoi bon un tel album ? Pourquoi ne pas offrir directement toute la discographie de B’z sur tous les iTunes ? Il faut se rendre compte qu’au Japon il est possible de se procurer tout B’z sur iTunes et qu’en France ou en Allemagne on ne peut acheter que le single Into Free – Dangan et le mini album dénommé B’z EP.

Quitte à faire connaître le groupe, pourquoi ne pas avoir au moins proposé une anthologie des vingt dernières années ?

Au regard des interviews çà et là de Matsumoto et Inaba, ce mini album exclusivement en anglais aurait volontairement été créé afin de faire mieux connaître B’z aux Etats-Unis et dans le monde. Nous avions déjà émis des réserves quant à cette vision des choses, car nous pensons que des gens intéressés par un groupe japonais ne verront pas l’intérêt d’écouter ce même groupe en anglais alors qu’il chante habituellement en japonais…

Et c’est là que nous revenons au Gibson Theater du 7 octobre. La salle est donc pleine, à guichets fermés, oui, mais pleine de Japonais ou d’Américains d’origine japonaise. Que devons-nous en penser si ce n’est donc que la stratégie d’un album international en anglais n’a servi strictement à rien ? Car nous ne nous voilons pas les yeux, les six autres dates de la tournée ont été identiques, à chaque fois le public aura été à plus de 90% japonais ou d’origine japonaise. Où sont les autres ?

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Les autres n’existent pas, à part une poignée d’acharnés comme nos amis du groupe Z:RO (deux Américains de Boston reprenant avec justesse et talent des chansons de B’z) et Tobias d’Off The Lock, parti tout seul à l’assaut de New York. Il y a bien sûr ceux qui n’auront pas pu se déplacer, pour des raisons de distances ou d’argent. Mais la réalité est là , glaciale et implacable : B’z n’a presque pas de fans internationaux, du moins pas assez aux Etats-Unis pour remplir à moitié une salle comme le Gibson Theater.

Ainsi, les Etats-Unis deviennent pour B’z une extension du territoire japonais qu’ils dominent en maître. Tokyo, Los Angeles, New York. La différence entre les concerts américains et japonais ? Les concerts américains ressemblent donc à des séances de luxe où les rares élus jouissent de voir de très près leurs stars dans un lieu lointain et inhabituel.

En lisant les articles de Tobias et de l’Examiner, on se rend compte du fossé qui sépare les fans japonais des fans internationaux, les premiers se comportant comme des consommateurs d’idole dédaignant les seconds. BAD COMMUNICATION. Il suffit de lire l’Examiner qui rapporte qu’alors qu’Inaba s’exprimait en anglais, quelqu’un dans la salle lui a lancé : « En japonais s’il vous plaît ! » Comme si New York, le temps d’un concert de B’z, n’était plus un territoire anglophone. Le fan japonais ne s’adapte donc pas à l’extérieur, au monde globalisé, c’est le monde qui doit s’adapter à lui. Dans ce contexte, on se demande le sens de cette reprise de l’hymne américain en fin de concert, à moins que ce ne soit un clin d’oeil à Jimmy Hendrix…

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Surtout, les fans japonais emportent et importent avec eux leurs habitudes de spectateurs. Ils sont la majorité qui impose sa façon d’être, avec écharpe et bras droit au mouvement robotique balancé tout le long du concert. Aucun auditoire international n’a la possibilité de s’exprimer, puisque les quelques spectateurs non Japonais sont noyés dans la masse qui ne s’occupe de toute façon pas d’eux.

là où l’année 2012 aurait pu consacrer les vrais débuts internationaux de B’z, là où une vraie promotion américaine aurait pu enclencher un mouvement de fond, il n’y a en fait rien eu. Alors que le concert final du Gibson Theater aurait pu être une grande fête entre fans japonais et internationaux, entre fans de toujours et nouveaux, il n’y a rien eu, si ce n’est une grande fête de fans japonais se payant le luxe de voir le groupe de leur vie à Los Angeles plutôt qu’au Tokyo Dome. Le sentiment d’exclusion était réel.

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Que les choses soient claires. Si l’on parlait d’un petit groupe japonais ne tournant qu’au Japon, les petits Occidentaux que nous sommes ne pourraient que rêver de se payer un billet d’avion et d’aller les voir dans leur contexte japonais originel. Ici, nous parlons d’un groupe immense dont nous sommes convaincus qu’il mérite une plus grande popularité mondiale que Lady Gaga, qui prétend vouloir se faire connaître à l’international et qui nous donne des espoirs implicites de tournées mondiales.

Je ne pense pas représenter tous les fans qui auront pu regarder le concert sur Ustream dimanche soir ou lundi matin. Peut-être même suis-je le seul à avoir ressenti une telle déception. Pourtant, il me semble que cette déception est à la hauteur des espoirs suscités cette année par le plus grand groupe de l’archipel. Les choses peuvent encore évoluer, évidemment, mais qui y croira vraiment ? La planète va continuer de tourner, B’z va perpétuer sa gloire aussi longtemps que possible, retournera aux Etats-Unis devant des salles remplies de Japonais. Et ce sera tout.

Pour conclure, puisqu’Inaba semble avoir déclaré à plusieurs reprises vouloir chanter « partout dans le monde », accordons-nous le bénéfice du doute. Et disons-nous que si jamais B’z venait jusqu’à Paris, nous devrions mettre un point d’honneur à ce que la salle, quelle qu’elle soit, soit constituée en majorité d’Européens, qu’ils soient fans du groupe, fans de musique japonaise, fans de culture japonaise en général, fans de Larry Carlton (pourquoi pas ?) et curieux tout simplement. Rien qu’avec les fans français de culture japonaise, on pourrait remplir le Stade de France ! Et ce, afin que, si Inaba s’évertuait à nous parler en anglais et à tenter quelques mots de français, personne ne se permette de lui dire : « En japonais s’il vous plaît ! »

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B'z à Paris ?

06 oct 2012 in Concert, Nouvelles, réflexion

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Après le concert de New York de dimanche dernier auquel notre ami Tobias a assisté, il semble que nous puissions nourrir des espoirs nouveaux. Est-ce dû à Shane Gaalaas, le batteur canadien du groupe régulièrement connecté sur Twitter et conscient qu’une communauté internationale existe et s’agrandit ? Est-ce dû au Grammy Award de Matsumoto qui recherche désormais une plus grande notoriété en dehors du Japon ? Est-ce dû à Inaba qui veut chanter « partout dans le monde » ? Est-ce dû à Inaba qui en a ras-la-casquette des groupies japonaises qui lui courent après comme des débiles, empêchant par la même tout contact un peu normal avec le public ? (Cf. l’article de Tobias)

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En tout cas, le message de B’z sur Twitter nous demandant de d’imaginer où Tak et Koshi « espèrent » se produire désormais ne nous a évidemment pas échappé ! Car implicitement on nous fait comprendre que Tak et Koshi ont déjà une petite idée d’une éventuelle prochaine destination hors Japon ! Nous avons donc plus que jamais un rôle à jouer ! B’z à Paris, cette idée aurait semblé farfelue il y a encore deux ans. Jamais elle n’a semblé autant envisageable qu’aujourd’hui. Car même si Matsumoto et Inaba dans une récente interview ont déclaré ne pas être influencés par les succès internationaux de L’Arc-en-Ciel ou d’X-Japan, on peut tout de même quelque peu en douter. Et Paris, en plus d’être une capitale mondiale incontournable, est devenue un centre international pour les fans de culture japonaise, notamment grâce à Japan Expo.

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Il semble peu probable que B’z vienne se produire à Japan Expo. B’z est du genre exclusif, à quelques exceptions près comme les festivals Summer Sonic et de la NHK au Japon. Si l’on met ensemble la plupart des fans européens qui pourront faire le déplacement, un certain nombre de Japonais (rien qu’en France ils sont 30 000 !), si l’on ajoute les fans de musique japonaise ainsi que des curieux, on peut facilement remplir une très bonne salle.

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Je vous laisse donner votre avis sur une salle possible ainsi que sur le nombre de spectateurs. Si vous veniez, viendriez-vous accompagné(e)s ? Connaissez-vous des personnes qui pourraient être intéressées par un concert de B’z ? C’est le moment de réfléchir à tout ça !

Restons connectés !

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"B'z EP" ou le tout premier album digital de B'z

24 juil 2012 in réflexion

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A l’occasion de la sortie mercredi 25 du premier album international et digital de B’z, nous nous sommes rappelés cette autre sortie datant de 2007 : B’z ou « B’z EP »

Ce mini-album avait à l’époque comme le tout premier disque japonais disponible sur iTunes US (et dans un certain nombre de pays européens). Alors que je faisais une recherche je me suis rendu compte qu’il avait été effacé d’iTunes mais j’ignore depuis quand. Cela fait de ce premier disque digital une rareté.

Mais surtout, ce B’z EP est bel et bien le vrai premier disque de B’z à connaître une sortie internationale, du moins hors Asie.

En effet, il faut remonter à 2002 et à la coupe du monde de football nippo-coréenne pour trouver un premier disque non japonais de B’z : DEVIL

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La chanson titre, DEVIL, était une reprise en anglais de Tokyo Devil de l’album ELEVEN (2001). On retrouvait cette chanson sur l’album officiel de la coupe du monde. Mais attention ! Il y a eu deux albums officiels ! Le premier pour le monde entier, le deuxième pour l’Asie. On constate qu’encore en 2002 le monde était clairement délimité entre la variété occidentale ultra majoritairement anglophone et les autres. Vous trouverez le détail de ces deux albums ci-dessous :

http://en.wikipedia.org/wiki/The_Official_Album_of_the_2002_FIFA_World_Cup

S’il est intéressant de constater que l’album asiatique est composé d’une partie japonaise et d’une partie coréenne, on se demande pourquoi l’album international ne comporte aucun titre de groupes japonais et coréen… Comme si on avait considéré à l’époque qu’il était impensable que le reste du monde puisse écouter des artistes asiatiques. « La musique asiatique ? Mais mon bon monsieur il n’y a que les Asiatiques pour pouvoir en écouter ! »

Aucun problème pour entendre le Français Pascal Obispo chanter en anglais. Aucun problème pour entendre les Allemands Die Toten Hosen chanter en anglais. En revanche, écouter B’z chanter son DEVIL en anglais, ah non, là , problème.

Quoi qu’il en soit, voici la liste des titres que contient ce fameux DEVIL, vendu exclusivement en Corée du sud et qui représente là aussi une rareté pour collectionneur averti :

DEVIL (que l’on retrouve sur ULTRA Treasure de 2008)
Real Thing Shakes (chanson initialement en anglais)
Bad Communication E.Style
SLAVE TO THE NIGHT (chanson initialement en anglais)
LADY NAVIGATION (version en anglais)

La coupe du monde 2002 avait été présentée comme un acte de réconciliation entre la Corée du sud et le Japon. C’était peut-être une occasion pour B’z de se faire connaître chez ce pays si proche. Au final, je ne sais pas quel a été le résultat pour les artistes japonais, mais comme on le sait, les artistes coréens connaissent un succès retentissant au Japon depuis dix ans. Au point que B’z en est même venu à produire très récemment un single pour une star de la péninsule, un certain Kim Hyun Joong.

Mais revenons à notre sujet du jour.

Ce B’z EP, ou simplement B’z, sorti en 2007, semble avoir suivi une stratégie similaire à ce que B’z fait en 2012.

En effet, il faut rappeler qu’encore avant ce mini album, c’est FRICTION qui était disponible sur iTunes en tant que single. A ce moment-là , on pouvait entendre cette chanson dans les jeux Burnout Dominator et Burnout Paradise disponibles mondialement. Ce n’est que peu après qu’est apparu ce premier mini album sur lequel ne figurait d’ailleurs pas FRICTION. Ce titre, on le retrouverait plus tard en face B du single SUPER LOVE SONG.

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Voici donc la liste des titres de B’z EP de 2007 :

Aï no Bakudan (version légèrement remixée)
Home (version en anglais disponible sur ULTRA Treasure)
Dangan (nouvelle version de Samayoeru aoï Dangan, toujours en japonais)
Ultra Soul (nouvelle version d’ultra soul)
Brighter Day (version légèrement remixée de ce titre initialement en anglais)

On constate donc les points communs en 2007 et 2012 : lancement d’une chanson dans un jeu vidéo vendu mondialement, ensuite cette chanson devient un single sur iTunes, puis on sort un mini album 5 titres toujours sur iTunes.

La différence entre 2007 et 2012.

En 2007, B’z avait lancé cette opération sans crier gare et de manière même assez discrète. FRICTION n’était qu’une chanson parmi tant d’autres dans les jeux Burnout tandis que Into Free -Dangan- (référence au titre Dangan de 2007) est le thème principal d’un jeu de rôle qui était extrêmement attendu, Dragon’s Dogma. là où l’on pouvait passer à côté de FRICTION, il est impossible de ne pas entendre Into Free -Dangan- qui est la chanson de démarrage du jeu.

De plus, une promotion conjointe a été faite par B’z et Capcom, même si elle s’est essentiellement limitée au Japon. Il n’empêche que les vidéos promotionnelles du jeu et de la chanson ont été vues dans le monde entier.

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Ensuite, B’z assume cette fois entièrement sa volonté de se lancer à l’international. « B’z » iTunes est parfaitement reconnu comme un album à part entière dans la carrière du groupe, ce qui n’avait pas été le cas de « B’z EP », sorte d’à côté à l’époque. D’ailleurs, ce mini-album semble avoir une plus grande cohérence entre ses titres, en incluant le single utilisé comme chanson de fin d’album. Mais il existe des liens évidents entre les deux mini-albums digitaux : les connaisseurs d’Aï no Bakudan trouveront vite leurs marques avec Love Bomb tandis qu’ils reconnaîtront Ultra Soul et qu’ils ont déjà reconnu Dangan. Love Bomb sert aussi à une publicité Pepsi au Japon et est revendiquée comme une quasi nouveauté par le groupe.

Donc oui, « B’z » 2012 s’apparente à un relancement de « B’z EP » 2007 avec ses trois titres en commun. Mais la différence majeure tient au fait que ce mini album digital international est à la base de la tournée nord américaine de septembre et octobre 2012, tournée qui porte le nom du single ! B’z LIVE-GYM Into Free ! Et cet album a le soutien de la tournée précédente de 2011 et du concert avec LINKIN PARK. En 2007, il n’y avait eu aucun concert, B’z n’était pas sur Facebook et Twitter venait tout juste de naître. En 2007, il y avait tout de même eu l’immortalisation du groupe à Hollywood quand B’z no Bise venait de naître, mais même cet événement était passé quelque peu inaperçu.

Un changement notable tout de même, en 2012 B’z fait du 100% anglais quand en 2007 il subsistait du japonais. On le regrettera un peu, en espérant que le japonais revienne vite par la suite.

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En conclusion

En 2007, B’z n’était pas prêt, encore trop hésitant, trop prudent. Le plus grand groupe du Japon semblait ne pas croire en ses capacités de succès en Occident. Il y avait bien eu pourtant les tournées américaines de 2002 et 2003, mais le public était essentiellement japonais ou d’origine asiatique. Au fond, B’z souffrait de cette vision du monde symptomatique que l’on observe sur les deux albums officiels de la coupe du monde 2002 : aux Occidentaux le monde entier, aux Asiatiques l’Asie. B’z était peut-être roi du Japon mais ne pouvait s’imaginer une seconde conquérir un quelconque territoire extérieur.

En 2012, la stratégie est similaire mais la volonté de réussir est bien plus forte, même si l’ensemble demeure prudent. Entre-temps, des groupes comme L’Arc-En-Ciel sont venus triompher à Paris, Utada Hikaru à Londres et X-Japan, groupe semi-mort, s’amuse à faire des tournées mondiales sans aucune nouveauté tandis que la k-pop, après avoir conquis le Japon, se lance à l’assaut du monde. B’z se devait certainement de réagir.
Autre fait marquant : le 11 mars 2011, l’aide et la compassion internationales semblent avoir profondément touché Matsumoto et surtout Inaba. Cette tentative d’internationalisation de B’z semble donc répondre à une volonté de rencontrer ces gens qui, dans le monde, aiment tant le Japon.

Le tour du monde de B'z en 5 titres

17 juil 2012 in Nouvelles, réflexion

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Vous n’aurez pas manqué LA nouvelle que nous attendions tous depuis des mois. Nous allons tenter de la décortiquer.

Mais rappelons-la rapidement : B’z sort donc un album intitulé B’z le 25 juillet dans 63 pays via i-tunes, de la même manière que lors du lancement de Into Free -Dangan-

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L’album qui s’apparente plutôt à un mini-album comprendra donc 5 chansons, toutes des reprises en anglais de titres bien connus :

1- Love Bomb / Reprise de Aï no Bakudan (2005)

2- Splash / Reprise de SPLASH! (2006)

3- Juice / Reprise de juice (2000)

4- Ultra Soul / Reprise de ultra soul (2001)

5- Into Free -Dangan- / Reprise de Samayoeru aoï Dangan (1998) et de Dangan (version i-tunes)

A cela, il faut ajouter que Love Bomb sert donc à la nouvelle publicité Pepsi dont Matsumoto et Inaba « sont les héros » :

http://www.youtube.com/watch?v=e9ueG4jl3fg&list=UUpEEcJhBig2GqUFxcXjqiLg&index=0&feature=plcp

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Alors, sommes-nous contents ?

Oui, bien sûr. B’z semble avoir enfin décidé de sortir du Japon. L’idée d’utiliser un jeu vidéo très attendu tel que Dragon’s Dogma était bonne. Nombreux sont les joueurs ayant découvert le groupe grâce au menu du jeu (pour l’anecdote, certains croient que le groupe s’appelle Dangan…). La tournée de septembre aux Etats-Unis et au Canada est la plus importante de toutes jusqu’à présent. Elle sera un test qui permettra au duo de voir si la stratégie Dragon’s Dogma a été payante.

Sommes-nous satisfaits ?

B’z a décidé de sortir du Japon, mais la démarche reste encore prudente. Surtout, le groupe ou plutôt son management semblent ne pas avoir pris la mesure de notre existence, du fait qu’il y avait déjà de nombreux fans internationaux, certes dispersés, mais nombreux tout de même. Ils agissent comme si B’z était absolument inconnu et n’osent pas lancer de nouveauté. Car en effet, s’il y avait bien un titre que nous attendions sur ce premier album international, c’était GO FOR IT, BABY -kioku no sanmyaku- (même en version anglaise).

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Or, B’z semble se lancer dans une carrière parallèle s’agissant de l’international, se contentant de recycler des valeurs sûres (voire ultra sûres) telles qu’ultra soul ou juice. Pas de ballade, pas de risque. Les Japonais bénéficieront tout de même de la fausse nouveauté qu’est Love Bomb au travers d’une publicité Pepsi (et peut-être d’un clip à venir ?), mais les néophytes internationaux ne découvriront pas B’z par une nouveauté qui aurait réjoui tout le monde.
D’autant plus que les titres proposés sont exactement ceux joués l’année dernière lors de la tournée nord-américaine (et pour le coup on regrettera un peu l’absence de Brotherhood). Seules les versions anglaises d’Aï no Bakudan et de Dangan apparaissent comme des petites nouveautés.

Evidemment, nous comprenons le choix du serveur i-tunes. Il ne coûte rien aux artistes en terme de fabrication et peut rapporter gros. En outre, i-tunes permet de façon légale d’être disponible dans le monde entier au même moment. Cependant, nous regrettons, nous les fans quelque peu collectionneurs, de ne toujours pas pouvoir mettre la main sur un album de B’z sorti officiellement en Europe ou en Amérique du nord. (on se consolera avec Matsumoto…)

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Quel avenir pour la carrière internationale de B’z ?

B’z avait dit en janvier : « 2012, into the beginning ». Nous avions donc vu juste en pensant qu’il s’agissait du lancement de la carrière internationale du groupe. D’ailleurs, l’album sobrement intitulé B’z rappelle le premier album de 1988 dont le nom était tout aussi simple. Inutile de compliquer les choses quand on veut se faire connaître.

Mais après ? Matsumoto et Inaba vont-ils en rester là ? Ou vont-ils tenter d’aller plus loin dans la démarche ? Les résultats des téléchargements sur i-tune ainsi que le succès de la tournée nord-américaine seront décisifs. Mais la question demeure : les deux hommes continueront-ils deux carrières distinctes ou feront-ils le lien entre le B’z international et le « vrai » B’z ?

Peut-on envisager que B’z ne sorte que des reprises en anglais de ses anciens tubes ? Cela paraît peu probable, surtout de la part d’un groupe aussi prolifique et créatif. Nous sommes donc en droit d’imaginer que B’z fasse à un moment donné le lien entre sa carrière internationale et sa carrière originale.

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Les débuts internationaux auxquels nous assistons sont donc prudents. Il s’agit pour le plus gros groupe du Japon de ne pas se planter là où d’autres on raté les marches. Certains artistes japonais ont en effet tenter de gravir l’Everest de la notoriété en Occident, sans succès. B’z ne lance donc aucun défi du genre : « On lance avec fracas un album qui va atteindre la 1ère place des charts occidentaux ! »
Non, B’z avance doucement mais sûrement, sans quasiment aucune publicité, uniquement par le bouche-à-oreille et internet. Ce qui sera intéressant, ce sera la deuxième phase, si jamais il y en a une. là , peut-être aurons-nous droit à quelque chose de plus tangible. Ils pensent que nous ne les connaissons pas encore, ensuite peut-être ils nous prendront pour de vrais auditeurs potentiels et nous ferons partager en même temps qu’aux Japonais leurs nouveautés.

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Pouvons-nous espérer des sorties officielles en Occident ? Difficile à dire, surtout à une époque où les disques physiques ne se vendent presque plus (et c’est bien triste). Mais cela ne semble tout de même pas impossible.

Ecoutons donc ce premier (mini-) album international certainement réussi, faisons-le partager et attendons de voir quel tournant B’z va prendre dans les temps prochains. Rêvons d’avoir un jour entre les mains une version internationale du 19ème album de B’z !

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Si j'étais Président

23 avr 2012 in réflexion, Traductions

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A l’occasion de cette journée tout à fait spéciale dans le cours de l’histoire de France, à savoir le 1er tour de l’élection présidentielle, nous nous sommes intéressés à la chanson Manifesto d’un groupe que nous aimons bien : RADWIMPS

RADWIMPS, c’est un quatuor pop-rock aux inspirations punk qui sait être décapant, débordant d’autant d’énergie que B’z avec cependant des lignes de chants et une voix plus dans la norme j-pop qu’Inaba (qui est hors norme).

Manifesto, que l’on comprendra sans mal comme « manisfeste », se traduira peut-être plutôt par « programme ». Au Japon, le manifeste semble en effet correspondre aux programmes que les candidats proposent durant les élections. Mais ici, à vrai dire, on peut comprendre ce Manifesto comme un vrai manifeste politique.

Evidemment, nous vous renvoyons au clip tout à fait ingénieux puisque le groupe est allé jouer devant le Parlement japonais au centre de Tokyo, bâtiment reconnaissable à sa forme originale, ou du moins réussit à nous le faire croire.

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RADWIMPS parodie pour l’occasion les codes communistes avec pseudo drapeau rouge, petit livre rouge brandi par les fans, gardes rouges en costumes militaires et brassards. La scène est ici une véritable tribune politique et le chanteur prend des allures presque inquiétantes de révolutionnaire apprenti dictateur. D’ailleurs, lorsque des rebelles envahissent la scène, ils sont réprimés et le chanteur sort alors un pistolet !

Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore le clip, nous ne dévoilerons pas la fin, délicieuse, comme si toute utopie était destinée à mal tourner et mal finir…

http://www.youtube.com/watch?v=smH_qPRe3XM

Mais justement, qu’en est-il de l’utopie, de l’esprit révolutionnaire affichée dans le clip, dès lors qu’on se penche sur les paroles ? On va constater qu’un observateur non nipponophone, à la vue des images, ne pourrait jamais se douter de ce que raconte le chanteur…

Manifesto

Si je devenais Premier Ministre, on organiserait une cérémonie de mariage à 100 millions de yens
En récupérant un yen par personne parmi le peuple

Si je devenais Premier Ministre, un jour durerait 25 heures
Et cette 25ème heure devrait être consacrée à l’amour

Si je devenais Premier Ministre, même si on dit que c’est inutile,
Je rallongerais les rails jusqu’à chez toi et terminus serait chez moi

Et en récompense de tout ça, l’anniversaire de la personne la plus importante parmi le peuple serait un jour férié
Et officiellement, et littéralement, tu serais ma Première Dame

Si je devenais Premier Ministre, si je devenais Premier Ministre,
Si je devenais Premier Ministre, ton anniversaire serait un jour férié

Si je devenais Premier Ministre, si je devenais Premier Ministre,
Si je devenais Premier Ministre, je le ferais, promis

Si je devenais Premier Ministre, je ferais souffrir de toutes mes forces tout ce qui te fait souffrir
Et à la fin je le ferais exclure de ce pays

Si je devenais Premier Ministre, on raconterait tout de nous
A la manière de ces grandes histoires dans le monde on raconterait tout dans les moindres détails

Alors donnez-moi votre voix fidèle, rêveuse et amoureuse

Si je devenais Premier Ministre, si je devenais Premier Ministre,
Si je devenais Premier Ministre, le drapeau national prendrait tes formes

Si je devenais Premier Ministre, si je devenais Premier Ministre,
On donnerait la Légion d’Honneur à ton papa et ta maman qui t’ont faite et élevée

Avoir beaucoup est inutile, je n’en vois pas la nécessité
Une seule chose venant de toi me suffit

[...]*

On mettrait fin à la majorité et à l’opposition, aux huées et à aux insultes, et on les supprimerait
Tout cela n’est qu’inconvénients, disons-le comme ça

Les mardis comme les samedis comme les jours de pluie je cherchais quelque chose
Et c’est ici que je l’ai trouvé, et c’est là -bas que je l’ai trouvé

Je ne suis pas Premier Ministre mais… Je ne suis pas Premier Ministre mais…
Je ne suis pas Premier Ministre mais je sais ce qu’est être « le meilleur »
Je ne suis pas Premier Ministre mais… Je ne suis pas Premier Ministre mais…
Sans même que je devienne un mec comme ça, en tout cas, toi tu es ma Première Dame

* Passage non traduit en raison de certaines complexités linguistiques ! Nous avons bon espoir de régler ça et de proposer très bientôt une traduction entière !

A propos de Manifesto : Quelle surprise effectivement ! Même si certains propos contiennent un peu de dureté, comme « faire souffrir ce qui te fait souffrir », on est loin des images que le clip renvoie et qui pourraient laisser présager un appel à la révolution (même si les fans dans le public ressemblent plus à des fans d’un groupe de rock qu’à des militants d’une cause révolutionnaire..).
Au lieu de ça, nous avons une astucieuse chanson d’amour, une malicieuse déclaration d’amour. Nous nous trouvons à l’apogée de l’individualisme, chose encore rare dans la société japonaise, où le chanteur exprime sa volonté de laisser primer son désir personnel sur tout le reste : sa petite amie et son amour pour elle sont placés au sommet du pays, et les autres n’ont qu’à suivre !

Evidemment, certains passages sont tendrement naïfs, comme les anniversaires qui deviendraient des jours fériés. On a l’impression d’entendre un adolescent. Même si, en réalité, nombre de dictateurs instituent leurs anniversaires comme fête nationale… Ici, le chanteur rêve donc de mettre en place une dictature, non pas communiste du peuple pour le peuple, mais une dictature individualiste de lui-même pour lui-même. Puisque la société japonaise oppresse les individus, le chanteur n’aspire qu’à une chose, prendre le pouvoir et changer les règles du jeu. D’ailleurs, le texte n’est finalement pas si naïf puisque l’un des derniers couplets parle d’en finir avec les partis de la majorité et de l’opposition. Il n’y a donc plus de partis, donc plus de démocratie.

Pourtant, le chanteur ne semble pas vouloir la fin de la démocratie, peut-être simplement la fin de la médiocratie (la société des médiocres) où règnent « les huées et les insultes ». Il suffit de regarder quelques séances de notre Assemblée Nationale française pour se rendre compte, avec stupéfaction, du comportement médiocre de nombre de députés, lesquels effectivement excellent dans l’art de la huée et des noms d’oiseaux…

Alors, RADWIMPS chantre de la dictature ? Oui et non, chantre de la dictature politique, sûrement pas, chantre de l’individualisme qui se moque en fait de la politique, sûrement. Puisqu’à la toute fin il déclare en fait n’avoir aucune envie d’être Premier Ministre.
Chantre de l’amour, certainement, puisque dans tous les cas, sa petite amie sera toujours à ses yeux sa Première Dame.

Enfin, il sait ce qu’est être « le meilleur » (entre guillemets dans le texte original). Chacun possède sa définition d’être le meilleur, ou plutôt « le premier » si on traduit plus près du sens initial. Pour beaucoup, c’est monter le plus haut dans sa carrière. Pour lui, très certainement, c’est être le meilleur petit ami possible.

Quelques remarques : Au Japon, les invités d’une cérémonie de mariage se doivent de donner de l’argent aux nouveaux mariés. C’est pour cela que le chanteur impose à 100 millions de ses concitoyens un yen par personne, ce qui est très peu. Pour rappel, il y a 127 millions de Japonais, il a sûrement décompté les enfants.
Il n’y a pas de Président au Japon. La plus haute autorité est l’Empereur, lequel ne possède qu’un pouvoir de représentation. Le plus haut poste politique est tenu par le Premier ministre, non élu directement par le peuple, mais choisi par le parti arrivé majoritaire aux élections législatives, lesquels possèdent un taux de proportionnelle contrairement à la France

Un certain érotisme implicite se dégage de la chanson. Il parle d’une 25ème heure consacrée à l’amour. Mais lequel ? Celui qu’on fait ou l’amour en tant que sentiment ?
S’il devient Premier Ministre, le drapeau national prendra les formes de sa petite amie. Il ne s’agit pas d’un motif mais bel et bien de la silhouette de la Première Dame…

Menteur ! Menteur !

31 oct 2011 in Nouvelles, réflexion

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Baby do you want the truth? Baby do you want it?

C’est sur ces mots en anglais que finissait l’une des meilleures chansons de B’z, toutes époques confondues, à savoir Liar! Liar! Paru il y a un peu plus de quatorze ans, le 8 octobre 1997, le 23ème single du duo devait un mois plus tard se retrouver sur le génialissime album SURVIVE.

Cette chanson hard rock, en plus d’être sans concession sur le plan musical, tranchait par ses propos acides que nous donnons à redécouvrir ci-dessous :

Liar! Liar!

Ton visage dit que tu as le coeur à chanter
En chemise jaune et traversant la rue avec ton mari que tu tiens intimement par le bras

Vais-je t’écraser en accélérant à fond ?
Ce grand embouteillage n’est pas la cause de ce terrible mal de tête
Je m’interroge à ton sujet avec tant d’obstination, je vais finir par me sentir misérable

Vous, menteurs, menteurs Je ne peux plus vous croire
Ô que le paradis des adultes est acide
Ce n’est pas une question d’aimer ou de détester
Seul, celui qui est faible se laisse tomber

Mon professeur a un entretien avec maman, le gouvernement avec les petits hommes verts et la police avec de mauvaises gens
Ainsi ils règlent leurs problèmes confidentiellement, c’est un sombre marécage

Si je suis devenu incrédule
Ce n’est pas à cause des hebdomadaires mais à cause de toi
Mais savoir la vérité n’est pas tout

Oh, menteurs, menteurs Je ne peux plus vous croire
Ô que le paradis des adultes est acide
Ce n’est pas une question de bien ou de mal
Tels sont les problèmes que la terre porte en tournant

Notre place à nous ! Cet espace abrupt !
Allons, tenons-nous prêts

Vous, menteurs, menteurs Je ne peux plus vous croire
Ô que le paradis des adultes est acide
Laisse-moi croire à toute cette comédie
Persuade-moi qu’il n’y a pas de mensonge

Oh, menteurs, menteurs Le monde entier ment
Si mon amoureuse est heureuse c’est parfait

Ma chérie, est-ce que tu veux la vérité ?
Ma chérie, est-ce que tu veux la vérité ?

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Sans prétendre être un pamphlet contre la société, Liar! Liar! offrait une réelle charge contre le monde des adultes, monde perverti par le mensonge et la corruption. Inaba adoptait un point de vue qu’il affectionne, celui de l’enfant, donc de l’innocence, qui pointe du doigt les travers d’un monde où la vérité n’est pas la règle.

Comme souvent, il exprime une certaine rage vis- -vis de sa bien-aimée, comme si la relation amoureuse ne pouvait s’envisager que sous l’angle amour-haine. Connaissez-vous beaucoup de textes dans lesquels le chanteur dit à sa copine qu’il « rêve de l’écraser en accélérant à fond » ? Les relations entre adultes sont donc faussées. Les gens ne sont pas ensemble pour les bonnes raisons. Les parents et les enseignants en prennent aussi pour leur grade, eux qui se réunissent, sûrement pour dire du mal de l’enfant-élève. (même si de nos jours les enseignants japonais sont en grande souffrance, devenus de vrais boucs-émissaires de la société) Le personnage de l’enseignant n’est pas si rare chez Inaba, autrefois prof de math avant d’embrasser une carrière de chanteur.

La police ? Elle pactise avec de mauvaises gens, comprenez les yakusas. Personnages mythiques de cinéma, il n’en reste pas moins qu’ils sont de vrais voyous (code d’honneur ou non), gangraine de la société car à la source de la corruption. Quant à la politique, au gouvernement, lequel apparaît exceptionnellement dans une chanson de B’z, il fait des affaires avec les extraterrestres. En 1997, la série X-Files était au summum de son succès (et LOVE PHANTOM servait de générique de fin au Japon), les idées de théorie du complot, de gouvernements en lien avec des forces mystérieuses venues du fin fond de l’univers, commenaient à fleurir. Inaba s’en amuse et offre une lecture multiple. Est-ce l’enfant ou l’adulte enfant qui ne connaît rien à la politique qui s’exprime, sans faire de distinction entre les hommes politiques de séries et les hommes politiques réels ? Est-ce de la pure ironie, tant la politique japonaise (et ce jusqu’à nos jours) semble passer au second plan des préoccupations du pays ?

Quoi qu’il en soit, je ne sais pas précisément pourquoi B’z a écrit cette chanson en 1997, si elle se rapporte à un contexte particulier de cette époque. Cependant, quatorze plus tard, B’z revenait au thème du mensonge avec Don’t Wanna Lie. Cette fois, ce n’était plus une accusation portée par un enfant, mais le voeu d’un adulte de ne pas mentir, sachant que ne pas mentir est chose quasi impossible dans le monde des hommes.

Don’t Wanna Lie

Toute personne conserve des choses qu’elle ne désire pas partager
Dans le but de les protéger jusqu’au bout. C’est notre instinct de nous battre pour ces choses

Pour ma part, cela fait combien d’années que je te déois sans cesse ?

Je ne veux pas mentir, je ne veux pas mentir Je veux me sentir vivre
Je veux essayer, je veux essayer Essayer en fouettant mon coeur pour l’encourager
Demain sera changé par un instant, c’est peut-être maintenant

Sans avoir décidé ce que je voudrais sacrifier
Combien de sagesse et de courage se trouvent en moi ?

Les choses qu’il faut que je te dise, je les ai oubliées

Je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir Je ne vais pas faire cette chose folle
Je veux essayer, je veux essayer, comme par exemple hurler OUI !
J’ouvrirai la porte à un moment, cela pourrait être maintenant

Ce n’est pas le monde qui est compliqué, c’est tout ce qui se trouve dans ma tête

Les choses, tu ne les apprécies que lorsque tu les perds, c’est ce qui les rends si précieuses
L’instant silencieux passe à un rythme inconnu

Je ne veux pas mentir, je ne veux pas mentir Je veux me sentir vivre
Je veux essayer, je veux essayer, je veux avancer à tes côtés
L’instant pour décider de ma vie, cela pourrait être maintenant

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Dès le début de la chanson, Inaba évoque les secrets que chaque individu veut garder pour soi. C’est le point de départ du mensonge. Car le mensonge est bien une technique pour conserver un secret ou simplement une chose intime. Il affirme même que c’est une question d’instinct. déjà , on a le sentiment que l’enfant qui s’exprimait dans Liar! Liar! a fait des concessions en devenant adulte. S’il a perdu ses illusions, a-t-il pour autant perdu son innocence ?

Bien entendu, on se rappelle que cette chanson a été pensée au départ comme générique pour la série animée Détective Conan. On se rappelle que le héros, un adolescent, se voyait dès le premier épisode transformé malgré lui en enfant. Afin de ne pas mettre ses amis et surtout sa (présumée) petite amie en danger, il décidait de ne pas dévoiler son secret et adoptait une nouvelle identité, celle d’un enfant dix ans plus jeune que son âge véritable. Même s’il s’agit d’un manga grand public, Détective Conan s’inscrit dans la grande tradition des récits de transformation et de secrets de l’identité (dans la culture pop contemporaine, Spider-Man en est peut-être le plus grand représentant).

Dans tous les cas, un secret et le mensonge servant à le masquer sont toujours lourds à porter. C’est pourquoi Inaba dit qu’il veut se sentir vivre, sûrement détaché du poids du secret et du mensonge. La vérité serait-elle une délivrance ? Un point important, si ce n’est primordial, qui revient tout au long de la chanson, c’est l’instant, l’instant de vérité, l’instant où l’on va dire la vérité qui peut changer le cours de l’existence. En effet, lorsque l’on a commencé à mentir, ou ne serait-ce qu’à omettre une partie de la vérité, à partir de quand peut-on dévoiler cette vérité ? On peut imaginer que plus l’attente sera longue et plus cet instant sera dur.

La phrase clé de Don’t Wanna Lie est peut-être la suivante :

Ce n’est pas le monde qui est compliqué, c’est tout ce qui se trouve dans ma tête

Alors que dans Liar! Liar! le chanteur adoptait le point de vue d’un enfant, innocent et incapable de se remettre en question, pour lequel seule la société était coupable de tout, il a clairement évolué dans Don’t Wanna Lie. Ce n’est pas tant le monde extérieur, la société, corrompue ou non, qui est la source des problèmes, mais soi-même. Le monde est bel et bien complexe, mais il l’est d’autant plus en fonction de la faon dont on pense et agit. Don’t Wanna Lie pose donc d’une certaine manière la question de la responsabilité. Il est facile d’accuser le monde entier sans assumer sa part personnelle de responsabilité. Après tout, Inaba ne dit pas qu’il ne mentira plus, mais qu’il ne veut pas mentir, comme si la vérité était une cause perdue. Cependant, la volonté de devenir meilleur existe.

Pourquoi cet article aujourd’hui ? Comme vous le savez, B’z est en pleine tournée au Japon, tournée débutée le 23 septembre dernier (au passage jour des 47 ans de Koshi Inaba). Et la liste des titres est intéressante puisque l’on y retrouve Liar! Liar!, très rarement jouée en concert ces dernières années. Regardons cela de plus près :

  1. Sayonara Kizudarakeno Hibiyo
  2. Samayoeru aoï Dangan
  3. Don’t Wanna Lie
  4. Pilgrim
  5. Hadashi no Megami
  6. Homebound
  7. Boss
  8. Hitoshizuku no anata
  9. Meïmeï
  10. DAREKA
  11. SPLASH! (version anglaise)
  12. Brotherhood
  13. #1090 -Thousand Dream- (Matsumoto en solo)
  14. Ichibu to Zenbu
  15. Liar! Liar!
  16. ZERO
  17. DIVE
  18. The Meister
  19. C’mon
    Rappel
  20. ultra soul 2011
  21. Calling

Les deux chansons sur le thème de la vérité se retrouvent. Don’t Wanna Lie fort logiquement, puisque dernier single en date du groupe et titre de l’album C’mon sorti en juillet. Mais aussi donc Liar! Liar!, faisant écho à Don’t Wanna Lie. A son humble niveau, il semble évident que B’z envoie un message. Tous ces menteurs que l’on ne veut plus croire, ce sont TEPCO, l’entreprise d’énergie électrique en position de leader du nucléaire au Japon dont le monde entier a pu constater, effaré, la gestion calamiteuse de la catastrophe du 11 mars. Mais aussi la classe politique dans son ensemble, plus obsédée par les démissions en chaîne des premiers ministres qu’autre chose, semblant déconnectée de la réalité de la gravité de l’accident nucléaire de Fukushima. Qu’en est-il de la réalité de la situation aujourd’hui, sept mois après le tsunami du 11 mars ? Que sait-on de la pollution nucléaire sur le Japon ? Tout le monde continue sa petite vie ? Et la vérité ?

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Le single Don’t Wanna Lie était sorti à un moment propice, en pleine crise de Fukushima, crise d’ailleurs non terminée. Si la volonté de ne pas mentir, de ne pas se mentir à soi-même en fermant les yeux sur la situation, sonnait juste, la phrase Don’t Wanna Lie sonnait encore plus juste face aux responsables de TEPCO et aux divers hommes politiques du gouvernement comme de l’opposition (laquelle était au pouvoir pendant plus de cinquante ans et largement responsable de la crise).

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B’z n’a jamais été et ne sera jamais un grand chevalier blanc, mais ce retour sur scène d’un titre tel que Liar! Liar! n’est pas anodin. La combinaison avec Don’t Wanna Lie ne rend ce titre culte de 1997 que plus fort encore. Le titre prémonitoire qu’était Sayonara Kizudarakeno Hibiyo (Adieu jours pleins de blessures) prend tout son sens en première place, pour débuter le concert. On retrouve fort logiquement Brotherhood, hymne b’zien à la fraternité et la solidarité. ZERO, dans laquelle Inaba parle de retourner au point zéro, infiniment blanc et donc pur, suit assez logiquement Liar! Liar!, critique d’un monde pourri. Le concert se termine enfin une première en beauté avec C’mon, réel chanson d’encouragement destinée aux Japonais après le 11 mars.

Enfin, à l’instar de l’album C’mon et des concerts américains de cet été, le rappel se termine par ultra soul 2011, histoire de se redonner du baume au coeur. Etonnamment, l’ultime chanson n’est pas ultra soul mais Calling, chanson de fin de l’album SURVIVE, comme pour rappeler que malgré tous les coups que la vie peut nous donner, il faut penser à survivre. Et l’on se rappelle la dernière phrase de cette même chanson, en anglais :

Can you hear the calling?

Peut-être est-elle destinée aux victimes du 11 mars. Entendez-vous l’appel ? Vous n’êtes pas seuls.

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Allez, on se retrouve d’ici peu pour les critiques des deux singles de l’année et un peu plus tard pour celle de C’mon ! Restons connectés !

Deuxième lecture, nouveau sens

15 juin 2011 in réflexion

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Oui, nous avions dit que nous avions moins le temps d’écrire, et pourtant. La communauté b’zienne est en émoi. Il va sans dire que le nouvel album a provoqué de nombreuses réactions. là où les fans japonais se contentent essentiellement de critiquer la version bonus de l’album, les fans internationaux sont beaucoup plus sévères quant au titre et surtout à la pochette de ce nouvel opus.

Et pourtant. Autant dire que nous avons cogité depuis l’annonce de la sortie de l’album et ce fort sentiment de déception que nous avons ressenti. Néanmoins, une relecture n’est jamais interdite, c’est même souvent un acte nécessaire à la compréhension. Regardons à nouveau.

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Soyons honnêtes. Cela nous avait complètement échappé au premier abord, mais la pochette de ce nouvel album représente le drapeau japonais. Cela ne se remarque pas au premier coup d’oeil, c’est même assez subtil en réalité. Il s’agit d’un gros plan sur le point rouge central, mais on distingue toujours le fond blanc. Bien entendu, le titre C’mon prend toute la place et cache le drapeau. Ce qui cache, c’est surtout la connotation publicitaire pour Pepsi que l’on reçoit immédiatement, au premier coup d’oeil justement.

Alors, il n’est pas question pour nous de changer totalement d’avis. Cette pochette est bel et bien une publicité à peine subliminale pour Pepsi, d’autant qu’une énorme campagne est lancée pour un concert « gratuit » organisé par Pepsi le 28 septembre à Shibuya. Ainsi, il sera possible d’obtenir des billets en achetant canettes et bouteilles de Pepsi Nex, il y aura aussi des billets dans un nombre limité d’albums. Pas de doute, cette année, B’z roule pour Pepsi et Pepsi roule pour B’z. Cet aspect demeure décevant.

Pour autant, on l’aura compris, contrairement à ce que nous avions cru au début, il ne s’agit pas de ne voir qu’une grossière manoeuvre publicitaire dans ce nouvel album. Revenons au titre. C’mon nous avait dérangés au départ tant ce raccourci de l’anglais « Come on » nous avait paru familier, facile et en fait sans intérêt. Surtout, il ne s’agit pas d’un thème comme nous en avons l’habitude : MAGIC, ACTION, MONSTER, BIG MACHINE etc. Déçus par ce titre mais forcés de constater que c’est un titre original dans l’univers b’zien. Et s’il n’est pas un thème, qu’est-ce qu’il est ? Come on! ou Allez ! N’est-ce pas une invitation, un encouragement ?

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Il faut replacer cette expression, même abrégée, dans son contexte. Certes, Sayonara Kizudarakeno Hibiyo (Adieu jours pleins de blessures) avait un aspect prophétique. La catastrophe du 11 mars n’était pas prévue mais cela a rendu ce single d’autant plus symbolique. Puis il y a eu la très curieuse pochette du single suivant, Don’t Wanna Lie. Elle présentait un drapeau rouge flottant au vent. Il n’y avait sûrement aucun rapport avec le communisme. Mais il fallait peut-être y voir un sentiment. En plus de cette volonté de ne pas mentir affichée par le titre, il y avait peut-être un sentiment d’espoir, une volonté de se regrouper et d’aller de l’avant. Le drapeau, c’est le symbole sous lequel ou derrière lequel les membres d’un groupe ou d’une communauté se rassemblent.

Or, que découvre-t-on sur la pochette de C’mon ? Exactement, le drapeau japonais. Le drapeau rouge de Don’t Wanna Lie, purement symbolique (et qui s’adressait peut-être essentiellement aux fans de B’z), s’est transformé en drapeau national. C’est donc bien la nation japonaise, le Japon lui-même, qui est interpellé par cette pochette. C’mon, ou Come on, allez, on peut dès lors le comprendre comme l’expression japonaise Gambare!, ou Courage ! Le titre de l’album aurait pu être COURAGE, pourquoi pas ? Ou encore GAMBARE! Mais cela aurait certainement été trop simple, trop évident. Ainsi, le titre s’adresse bel et bien aux Japonais dans cette période particulièrement dure de leur histoire contemporaine (et de la nôtre aussi). B’z lance un encourageant C’mon d’apparence légère mais dont le ton est finalement tout aussi solide et sincère qu’un Gambare classique

Derrière son aspect grossièrement publicitaire, C’mon semble dévoiler toute une grille de lecture beaucoup plus subtile qu’il n’y paraît. J’en suis le premier étonné à vrai dire. D’ailleurs, on peut penser que le lien avec Pepsi finira par s’oublier. La typographie du titre nous rappellera alors la typographie de B’z des années 2002-2003, notamment sur les albums GREEN et BIG MACHINE. Une typographie toute en goutte.

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Enfin, Homebound, par-delà son aspect « obligatoire » tellement les Japonais aiment les ballades, il ne faudrait pas oublier son sens qui entre dans le contexte décrit plus haut. Homebound, c’est la ligne de train du retour chez soi, du retour à la maison. Réunis sous un drapeau commun, les Japonais peuvent rentrer chez eux, c’est-à-dire se concentrer sur eux-mêmes et leur destin.

Il ne faudra pas voir dans cet article de changement d’avis de la part de fans indéfectibles qui veulent à tout prix défendre le groupe qu’ils aiment, mais bien une réflexion suite à une relecture. Il peut arriver que les choses aient un sens caché ou difficile d’accès. Il se peut que le lecteur manque des clés pour le comprendre. En tout cas, nous aurons l’occasion de reparler de ce nouvel album, C’mon.

A bientôt !

B'z et une certaine prémonition

22 mar 2011 in réflexion

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Ce sont des jours terribles que traverse le Japon et que nous vivons, même de loin, avec lui. Il plane comme un parfum d’Histoire, d’Histoire tragique, alors que le printemps était annoncé comme le Printemps des révolutions arabes. Tandis que le Japon est frappé de plein fouet par une triple catastrophe aux lourdes conséquences sur le long terme, l’actualité nous fait vivre en direct un nouveau conflit aux portes de l’Europe.

Fin 2009, un an après la crise financière qui sévit encore aujourd’hui dans le monde entier, B’z sortait l’album MAGIC. Nous l’avions analysé comme la volonté de sortir de la crise par l’enchantement, en pénétrant un monde merveilleux à la façon d’Alice. On ressortait d’ailleurs de ce monde factice par l’énormissime chanson finale Freedom Train et par la tournée dont le nom annonçait sans détour que la magie n’existait pas : Ain’t No Magic.

On se rappelle que la pochette de MAGIC, telle un tiroir à secrets, mettait en scène Matsumoto et Inaba aux portes d’une ville aux contours incertains. On la devinait en ruine et les nombreuses grues laissaient penser qu’une reconstruction était en cours.

Rappelons-nous aussi le tout dernier single précédant la sortie de MAGIC : MY LONELY TOWN. Le clip nous emmenait sur l’île de Gunkanjima, interdite au public. On découvrait un lieu fantomatique, une île surexploitée par l’homme jusqu’au dernier millimètre carré. là , il n’y a plus que ruines et âmes perdues.

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Tout cela s’entrecroise aujourd’hui avec les images de destruction qui nous parviennent du Japon. Bien sûr, on ne peut confondre les destructions infligées par la nature et l’autodestruction des hommes par les hommes. Mais placer une centrale nucléaire au bord de l’océan, sur l’une des zones sismiques les plus dangereuses au monde, n’est-ce pas provoquer la nature ? On ne sait rien de la ville sur la pochette de MAGIC. Peut-être a-t-elle été usée par le temps, peut-être a-t-elle été ravagée par un raz-de-marée, ébranlée par un séisme monumental ? Tout est ouvert, tout est en suspend.

Une chose est sûre, c’est que ce que B’z nous montrait et qui ressemblait à une morale, à la morale de l’histoire, ressemble aujourd’hui à une prémonition, à la prémonition d’événements fatalement appelés à se répéter toujours.

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Les images de destructions qui nous parviennent sont toutes plus terrifiantes les unes que les autres. Toutes ces maisons broyées, toutes ces voitures renversées, transportées sur des centaines de mètres, sur des kilomètres. Les voitures que l’on retrouve dans toutes les positions, sont une composante forte de toutes ces images. La voiture est un symbole de la puissance individuelle de l’être humain à l’époque moderne. La voiture rend l’homme libre, rapide, elle lui donne un sentiment de puissance.

Shintarô Ishihara, célèbre maire de Tokyo, frère d’un acteur à succès, lui-même écrivain populaire, et connu pour ses déclarations intempestives, a déclaré le jour même du tremblement de terre et du tsunami que « c’était une punition divine ». Il s’est ensuite excusé. Mais son âme d’écrivain, dans la lignée d’un Yukio Mishima, dénonçait le mode de vie des Japonais, le Japon moderne, ce Japon qui depuis 1945 ne s’est préoccupé que d’économie et de confort matériel, délaissant toute préoccupation spirituelle. Ainsi, selon lui, les dieux rappelaient aux Japonais qu’un peuple ne peut vivre sans esprit, sans ligne directrice.

On peut discuter cette vision. Quoi qu’il en soit la réflexion sur la finitude de l’homme semble se poser plus que jamais, à l’heure où les hommes pensent pouvoir tout posséder, aller partout, instantanément et à répétition. On se rappelle les passagers insatisfaits dans les aéroports du monde entier, lorsqu’un volcan en Islande par son éruption les bloquait au sol. Ils semblaient ne pas comprendre qu’on ne puisse pas éteindre ce volcan d’un coup de formule informatique.

La nature se rappelle au bon souvenir des hommes, divinités ou non. Alors, toutes ces voitures vont finir entassées, dans des casses. Et cela nous rappelle étrangement le clip d’Ichibu to Zenbu… qui se déroule exactement dans une casse automobile, parmi des centaines de carcasses de voitures détruites…

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On pense encore au dernier single d’Inaba, Okay, et à sa très forte évocation de la mort, du moins d’un monde dont on a soi-même disparu. On peut bien penser tous les jours à la mort, n’y pense-t-on pas encore plus lorsque l’on est confronté à une telle catastrophe ?

Revenons-en au single actuel : Sayonara Kizudarakeno Hibiyo. Adieu jours pleins de blessures.

Le titre se voulait certainement comme la suite immédiate de MAGIC. Il fallait se débarrasser des crises et des soucis, leur dire adieu. Ainsi, ce titre prend une toute autre ampleur au jour de la triple catastrophe japonaise. Sa sortie prévue au 30 mars a été logiquement repoussée. On pourrait même penser que ce single devrait sortir beaucoup plus tard, quand on commencera à voir plus clair, quand on saura où l’on en est avec la centrale de Fukushima.

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Car les jours actuels sont réellement pleins de blessures. Ces douleurs ne sont pas uniquement métaphoriques, elles sont vraies.

Disons-le, Sayonara Kizudarakeno Hibiyo est un titre prémonitoire. C’était involontaire mais cela tombe en plein dans le mille. Disons-le, ce nouveau single de B’z est en même temps l’un des meilleurs du groupe depuis des années. On attend sa face B avec impatience, on attend le Dawn Runner, le coureur de l’aube. L’aube, l’orée du jour, quand tout s’apprête à recommencer, à prendre un nouveau départ. Le premier ministre japonais, Naoto Kan, n’a-t-il pas parlé de reconstruire « un nouveau Japon » ? là encore, le titre tape dans le mille.

Et pour une fois, nous vous encourageons à acheter le disque, à acheter B’z comme un geste pour le Japon. Car nous en sommes persuadés, le Japon, entre ses voitures, ses jeux vidéo et ses mangas, peut aussi exporter B’z et tous ses groupes de qualité.

Achetons tous Sayonara Kizudarakeno Hibiyo pour un nouveau Japon !

Mais ce nouveau Japon ne devra pas oublier ce qui lui est arrivé, car le Japon sait très bien oublier. On peut craindre que très vite les images de sinistrés et de zones contaminées par la radioactivité laissent la place de manière irrémédiable aux AKB et autres machines à laver le cerveau dont ce pays regorge. C’était la crainte que notre ami Hermann Suzuki nous exprimait encore hier.

Ajout du 23 mars : comme le rapporte Off The Lock, la fondation de Linkin Park, Music for Relief, offre une liste de 14 chansons en contre-partie d’un don de 10 dollars qui seront reversés aux victimes du tremblement de terre et du tsunami du 11 mars. Parmi ces 14 titres, on retrouve notamment Home de B’z (la version anglaise de HOME, déjà disponible sur i-tunes USA et sur ULTRA Treasure).

http://japan.downloadtodonate.org/tracks/