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Menteur ! Menteur !

31 oct 2011 in Nouvelles, réflexion

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Baby do you want the truth? Baby do you want it?

C’est sur ces mots en anglais que finissait l’une des meilleures chansons de B’z, toutes époques confondues, à savoir Liar! Liar! Paru il y a un peu plus de quatorze ans, le 8 octobre 1997, le 23ème single du duo devait un mois plus tard se retrouver sur le génialissime album SURVIVE.

Cette chanson hard rock, en plus d’être sans concession sur le plan musical, tranchait par ses propos acides que nous donnons à redécouvrir ci-dessous :

Liar! Liar! 

Ton visage dit que tu as le coeur à chanter
En chemise jaune et traversant la rue avec ton mari que tu tiens intimement par le bras

Vais-je t’écraser en accélérant à fond ?
Ce grand embouteillage n’est pas la cause de ce terrible mal de tête
Je m’interroge à ton sujet avec tant d’obstination, je vais finir par me sentir misérable

Vous, menteurs, menteurs Je ne peux plus vous croire
Ô que le paradis des adultes est acide
Ce n’est pas une question d’aimer ou de détester
Seul, celui qui est faible se laisse tomber

Mon professeur a un entretien avec maman, le gouvernement avec les petits hommes verts et la police avec de mauvaises gens
Ainsi ils règlent leurs problèmes confidentiellement, c’est un sombre marécage

Si je suis devenu incrédule
Ce n’est pas à cause des hebdomadaires mais à cause de toi
Mais savoir la vérité n’est pas tout

Oh, menteurs, menteurs Je ne peux plus vous croire
Ô que le paradis des adultes est acide
Ce n’est pas une question de bien ou de mal
Tels sont les problèmes que la terre porte en tournant

Notre place à nous ! Cet espace abrupt !
Allons, tenons-nous prêts

Vous, menteurs, menteurs Je ne peux plus vous croire
Ô que le paradis des adultes est acide
Laisse-moi croire à toute cette comédie
Persuade-moi qu’il n’y a pas de mensonge

Oh, menteurs, menteurs Le monde entier ment
Si mon amoureuse est heureuse c’est parfait

Ma chérie, est-ce que tu veux la vérité ?
Ma chérie, est-ce que tu veux la vérité ?

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Sans prétendre être un pamphlet contre la société, Liar! Liar! offrait une réelle charge contre le monde des adultes, monde perverti par le mensonge et la corruption. Inaba adoptait un point de vue qu’il affectionne, celui de l’enfant, donc de l’innocence, qui pointe du doigt les travers d’un monde où la vérité n’est pas la règle.

Comme souvent, il exprime une certaine rage vis-à-vis de sa bien-aimée, comme si la relation amoureuse ne pouvait s’envisager que sous l’angle amour-haine. Connaissez-vous beaucoup de textes dans lesquels le chanteur dit à sa copine qu’il “rêve de l’écraser en accélérant à fond” ? Les relations entre adultes sont donc faussées. Les gens ne sont pas ensemble pour les bonnes raisons. Les parents et les enseignants en prennent aussi pour leur grade, eux qui se réunissent, sûrement pour dire du mal de l’enfant-élève. (même si de nos jours les enseignants japonais sont en grande souffrance, devenus de vrais boucs-émissaires de la société) Le personnage de l’enseignant n’est pas si rare chez Inaba, autrefois prof de math avant d’embrasser une carrière de chanteur.

La police ? Elle pactise avec de mauvaises gens, comprenez les yakusas. Personnages mythiques de cinéma, il n’en reste pas moins qu’ils sont de vrais voyous (code d’honneur ou non), gangraine de la société car à la source de la corruption. Quant à la politique, au gouvernement, lequel apparaît exceptionnellement dans une chanson de B’z, il fait des affaires avec les extraterrestres. En 1997, la série X-Files était au summum de son succès (et LOVE PHANTOM servait de générique de fin au Japon), les idées de théorie du complot, de gouvernements en lien avec des forces mystérieuses venues du fin fond de l’univers, commençaient à fleurir. Inaba s’en amuse et offre une lecture multiple. Est-ce l’enfant ou l’adulte enfant qui ne connaît rien à la politique qui s’exprime, sans faire de distinction entre les hommes politiques de séries et les hommes politiques réels ? Est-ce de la pure ironie, tant la politique japonaise (et ce jusqu’à nos jours) semble passer au second plan des préoccupations du pays ?

Quoi qu’il en soit, je ne sais pas précisément pourquoi B’z a écrit cette chanson en 1997, si elle se rapporte à un contexte particulier de cette époque. Cependant, quatorze plus tard, B’z revenait au thème du mensonge avec Don’t Wanna Lie. Cette fois, ce n’était plus une accusation portée par un enfant, mais le voeu d’un adulte de ne pas mentir, sachant que ne pas mentir est chose quasi impossible dans le monde des hommes.

Don’t Wanna Lie

Toute personne conserve des choses qu’elle ne désire pas partager
Dans le but de les protéger jusqu’au bout. C’est notre instinct de nous battre pour ces choses

Pour ma part, cela fait combien d’années que je te déçois sans cesse ?

Je ne veux pas mentir, je ne veux pas mentir Je veux me sentir vivre
Je veux essayer, je veux essayer Essayer en fouettant mon coeur pour l’encourager
Demain sera changé par un instant, c’est peut-être maintenant

Sans avoir décidé ce que je voudrais sacrifier
Combien de sagesse et de courage se trouvent en moi ?

Les choses qu’il faut que je te dise, je les ai oubliées

Je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir Je ne vais pas faire cette chose folle
Je veux essayer, je veux essayer, comme par exemple hurler OUI !
J’ouvrirai la porte à un moment, cela pourrait être maintenant

Ce n’est pas le monde qui est compliqué, c’est tout ce qui se trouve dans ma tête

Les choses, tu ne les apprécies que lorsque tu les perds, c’est ce qui les rends si précieuses
L’instant silencieux passe à un rythme inconnu

Je ne veux pas mentir, je ne veux pas mentir Je veux me sentir vivre
Je veux essayer, je veux essayer, je veux avancer à tes côtés
L’instant pour décider de ma vie, cela pourrait être maintenant

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Dès le début de la chanson, Inaba évoque les secrets que chaque individu veut garder pour soi. C’est le point de départ du mensonge. Car le mensonge est bien une technique pour conserver un secret ou simplement une chose intime. Il affirme même que c’est une question d’instinct. Déjà, on a le sentiment que l’enfant qui s’exprimait dans Liar! Liar! a fait des concessions en devenant adulte. S’il a perdu ses illusions, a-t-il pour autant perdu son innocence ?

Bien entendu, on se rappelle que cette chanson a été pensée au départ comme générique pour la série animée Détective Conan. On se rappelle que le héros, un adolescent, se voyait dès le premier épisode transformé malgré lui en enfant. Afin de ne pas mettre ses amis et surtout sa (présumée) petite amie en danger, il décidait de ne pas dévoiler son secret et adoptait une nouvelle identité, celle d’un enfant dix ans plus jeune que son âge véritable. Même s’il s’agit d’un manga grand public, Détective Conan s’inscrit dans la grande tradition des récits de transformation et de secrets de l’identité (dans la culture pop contemporaine, Spider-Man en est peut-être le plus grand représentant).

Dans tous les cas, un secret et le mensonge servant à le masquer sont toujours lourds à porter. C’est pourquoi Inaba dit qu’il veut se sentir vivre, sûrement détaché du poids du secret et du mensonge. La vérité serait-elle une délivrance ? Un point important, si ce n’est primordial, qui revient tout au long de la chanson, c’est l’instant, l’instant de vérité, l’instant où l’on va dire la vérité qui peut changer le cours de l’existence. En effet, lorsque l’on a commencé à mentir, ou ne serait-ce qu’à omettre une partie de la vérité, à partir de quand peut-on dévoiler cette vérité ? On peut imaginer que plus l’attente sera longue et plus cet instant sera dur.

La phrase clé de Don’t Wanna Lie est peut-être la suivante :

Ce n’est pas le monde qui est compliqué, c’est tout ce qui se trouve dans ma tête

Alors que dans Liar! Liar! le chanteur adoptait le point de vue d’un enfant, innocent et incapable de se remettre en question, pour lequel seule la société était coupable de tout, il a clairement évolué dans Don’t Wanna Lie. Ce n’est pas tant le monde extérieur, la société, corrompue ou non, qui est la source des problèmes, mais soi-même. Le monde est bel et bien complexe, mais il l’est d’autant plus en fonction de la façon dont on pense et agit. Don’t Wanna Lie pose donc d’une certaine manière la question de la responsabilité. Il est facile d’accuser le monde entier sans assumer sa part personnelle de responsabilité. Après tout, Inaba ne dit pas qu’il ne mentira plus, mais qu’il ne veut pas mentir, comme si la vérité était une cause perdue. Cependant, la volonté de devenir meilleur existe.

Pourquoi cet article aujourd’hui ? Comme vous le savez, B’z est en pleine tournée au Japon, tournée débutée le 23 septembre dernier (au passage jour des 47 ans de Koshi Inaba). Et la liste des titres est intéressante puisque l’on y retrouve Liar! Liar!, très rarement jouée en concert ces dernières années. Regardons cela de plus près :

  1. Sayonara Kizudarakeno Hibiyo
  2. Samayoeru aoï Dangan
  3. Don’t Wanna Lie
  4. Pilgrim
  5. Hadashi no Megami
  6. Homebound
  7. Boss
  8. Hitoshizuku no anata
  9. Meïmeï
  10. DAREKA
  11. SPLASH! (version anglaise)
  12. Brotherhood
  13. #1090 -Thousand Dream- (Matsumoto en solo)
  14. Ichibu to Zenbu
  15. Liar! Liar!
  16. ZERO
  17. DIVE
  18. The Meister
  19. C’mon
    Rappel
  20. ultra soul 2011
  21. Calling

Les deux chansons sur le thème de la vérité se retrouvent. Don’t Wanna Lie fort logiquement, puisque dernier single en date du groupe et titre de l’album C’mon sorti en juillet. Mais aussi donc Liar! Liar!, faisant écho à Don’t Wanna Lie. A son humble niveau, il semble évident que B’z envoie un message. Tous ces menteurs que l’on ne veut plus croire, ce sont TEPCO, l’entreprise d’énergie électrique en position de leader du nucléaire au Japon dont le monde entier a pu constater, effaré, la gestion calamiteuse de la catastrophe du 11 mars. Mais aussi la classe politique dans son ensemble, plus obsédée par les démissions en chaîne des premiers ministres qu’autre chose, semblant déconnectée de la réalité de la gravité de l’accident nucléaire de Fukushima. Qu’en est-il de la réalité de la situation aujourd’hui, sept mois après le tsunami du 11 mars ? Que sait-on de la pollution nucléaire sur le Japon ? Tout le monde continue sa petite vie ? Et la vérité ?

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Le single Don’t Wanna Lie était sorti à un moment propice, en pleine crise de Fukushima, crise d’ailleurs non terminée. Si la volonté de ne pas mentir, de ne pas se mentir à soi-même en fermant les yeux sur la situation, sonnait juste, la phrase Don’t Wanna Lie sonnait encore plus juste face aux responsables de TEPCO et aux divers hommes politiques du gouvernement comme de l’opposition (laquelle était au pouvoir pendant plus de cinquante ans et largement responsable de la crise).

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B’z n’a jamais été et ne sera jamais un grand chevalier blanc, mais ce retour sur scène d’un titre tel que Liar! Liar! n’est pas anodin. La combinaison avec Don’t Wanna Lie ne rend ce titre culte de 1997 que plus fort encore. Le titre prémonitoire qu’était Sayonara Kizudarakeno Hibiyo (Adieu jours pleins de blessures) prend tout son sens en première place, pour débuter le concert. On retrouve fort logiquement Brotherhood, hymne b’zien à la fraternité et la solidarité. ZERO, dans laquelle Inaba parle de retourner au point zéro, infiniment blanc et donc pur, suit assez logiquement Liar! Liar!, critique d’un monde pourri. Le concert se termine enfin une première en beauté avec C’mon, réel chanson d’encouragement destinée aux Japonais après le 11 mars.

Enfin, à l’instar de l’album C’mon et des concerts américains de cet été, le rappel se termine par ultra soul 2011, histoire de se redonner du baume au coeur. Etonnamment, l’ultime chanson n’est pas ultra soul mais Calling, chanson de fin de l’album SURVIVE, comme pour rappeler que malgré tous les coups que la vie peut nous donner, il faut penser à survivre. Et l’on se rappelle la dernière phrase de cette même chanson, en anglais :

Can you hear the calling?

Peut-être est-elle destinée aux victimes du 11 mars. Entendez-vous l’appel ? Vous n’êtes pas seuls.

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Allez, on se retrouve d’ici peu pour les critiques des deux singles de l’année et un peu plus tard pour celle de C’mon ! Restons connectés !

Deuxième lecture, nouveau sens

15 juin 2011 in réflexion

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Oui, nous avions dit que nous avions moins le temps d’écrire, et pourtant. La communauté b’zienne est en émoi. Il va sans dire que le nouvel album a provoqué de nombreuses réactions. Là où les fans japonais se contentent essentiellement de critiquer la version bonus de l’album, les fans internationaux sont beaucoup plus sévères quant au titre et surtout à la pochette de ce nouvel opus.

Et pourtant. Autant dire que nous avons cogité depuis l’annonce de la sortie de l’album et ce fort sentiment de déception que nous avons ressenti. Néanmoins, une relecture n’est jamais interdite, c’est même souvent un acte nécessaire à la compréhension. Regardons à nouveau.

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Soyons honnêtes. Cela nous avait complètement échappé au premier abord, mais la pochette de ce nouvel album représente le drapeau japonais. Cela ne se remarque pas au premier coup d’oeil, c’est même assez subtil en réalité. Il s’agit d’un gros plan sur le point rouge central, mais on distingue toujours le fond blanc. Bien entendu, le titre C’mon prend toute la place et cache le drapeau. Ce qui cache, c’est surtout la connotation publicitaire pour Pepsi que l’on reçoit immédiatement, au premier coup d’oeil justement.

Alors, il n’est pas question pour nous de changer totalement d’avis. Cette pochette est bel et bien une publicité à peine subliminale pour Pepsi, d’autant qu’une énorme campagne est lancée pour un concert “gratuit” organisé par Pepsi le 28 septembre à Shibuya. Ainsi, il sera possible d’obtenir des billets en achetant canettes et bouteilles de Pepsi Nex, il y aura aussi des billets dans un nombre limité d’albums. Pas de doute, cette année, B’z roule pour Pepsi et Pepsi roule pour B’z. Cet aspect demeure décevant.

Pour autant, on l’aura compris, contrairement à ce que nous avions cru au début, il ne s’agit pas de ne voir qu’une grossière manoeuvre publicitaire dans ce nouvel album. Revenons au titre. C’mon nous avait dérangés au départ tant ce raccourci de l’anglais “Come on” nous avait paru familier, facile et en fait sans intérêt. Surtout, il ne s’agit pas d’un thème comme nous en avons l’habitude : MAGIC, ACTION, MONSTER, BIG MACHINE etc. Déçus par ce titre mais forcés de constater que c’est un titre original dans l’univers b’zien. Et s’il n’est pas un thème, qu’est-ce qu’il est ? Come on! ou Allez ! N’est-ce pas une invitation, un encouragement ?

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Il faut replacer cette expression, même abrégée, dans son contexte. Certes, Sayonara Kizudarakeno Hibiyo (Adieu jours pleins de blessures) avait un aspect prophétique. La catastrophe du 11 mars n’était pas prévue mais cela a rendu ce single d’autant plus symbolique. Puis il y a eu la très curieuse pochette du single suivant, Don’t Wanna Lie. Elle présentait un drapeau rouge flottant au vent. Il n’y avait sûrement aucun rapport avec le communisme. Mais il fallait peut-être y voir un sentiment. En plus de cette volonté de ne pas mentir affichée par le titre, il y avait peut-être un sentiment d’espoir, une volonté de se regrouper et d’aller de l’avant. Le drapeau, c’est le symbole sous lequel ou derrière lequel les membres d’un groupe ou d’une communauté se rassemblent.

Or, que découvre-t-on sur la pochette de C’mon ? Exactement, le drapeau japonais. Le drapeau rouge de Don’t Wanna Lie, purement symbolique (et qui s’adressait peut-être essentiellement aux fans de B’z), s’est transformé en drapeau national. C’est donc bien la nation japonaise, le Japon lui-même, qui est interpellé par cette pochette. C’mon, ou Come on, allez, on peut dès lors le comprendre comme l’expression japonaise Gambare!, ou Courage ! Le titre de l’album aurait pu être COURAGE, pourquoi pas ? Ou encore GAMBARE! Mais cela aurait certainement été trop simple, trop évident. Ainsi, le titre s’adresse bel et bien aux Japonais dans cette période particulièrement dure de leur histoire contemporaine (et de la nôtre aussi). B’z lance un encourageant C’mon d’apparence légère mais dont le ton est finalement tout aussi solide et sincère qu’un Gambare classique

Derrière son aspect grossièrement publicitaire, C’mon semble dévoiler toute une grille de lecture beaucoup plus subtile qu’il n’y paraît. J’en suis le premier étonné à vrai dire. D’ailleurs, on peut penser que le lien avec Pepsi finira par s’oublier. La typographie du titre nous rappellera alors la typographie de B’z des années 2002-2003, notamment sur les albums GREEN et BIG MACHINE. Une typographie toute en goutte.

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Enfin, Homebound, par-delà son aspect “obligatoire” tellement les Japonais aiment les ballades, il ne faudrait pas oublier son sens qui entre dans le contexte décrit plus haut. Homebound, c’est la ligne de train du retour chez soi, du retour à la maison. Réunis sous un drapeau commun, les Japonais peuvent rentrer chez eux, c’est-à-dire se concentrer sur eux-mêmes et leur destin.

Il ne faudra pas voir dans cet article de changement d’avis de la part de fans indéfectibles qui veulent à tout prix défendre le groupe qu’ils aiment, mais bien une réflexion suite à une relecture. Il peut arriver que les choses aient un sens caché ou difficile d’accès. Il se peut que le lecteur manque des clés pour le comprendre. En tout cas, nous aurons l’occasion de reparler de ce nouvel album, C’mon.

A bientôt !

B’z et une certaine prémonition

22 mar 2011 in réflexion

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Ce sont des jours terribles que traverse le Japon et que nous vivons, même de loin, avec lui. Il plane comme un parfum d’Histoire, d’Histoire tragique, alors que le printemps était annoncé comme le Printemps des révolutions arabes. Tandis que le Japon est frappé de plein fouet par une triple catastrophe aux lourdes conséquences sur le long terme, l’actualité nous fait vivre en direct un nouveau conflit aux portes de l’Europe.

Fin 2009, un an après la crise financière qui sévit encore aujourd’hui dans le monde entier, B’z sortait l’album MAGIC. Nous l’avions analysé comme la volonté de sortir de la crise par l’enchantement, en pénétrant un monde merveilleux à la façon d’Alice. On ressortait d’ailleurs de ce monde factice par l’énormissime chanson finale Freedom Train et par la tournée dont le nom annonçait sans détour que la magie n’existait pas : Ain’t No Magic.

On se rappelle que la pochette de MAGIC, telle un tiroir à secrets, mettait en scène Matsumoto et Inaba aux portes d’une ville aux contours incertains. On la devinait en ruine et les nombreuses grues laissaient penser qu’une reconstruction était en cours.

Rappelons-nous aussi le tout dernier single précédant la sortie de MAGIC : MY LONELY TOWN. Le clip nous emmenait sur l’île de Gunkanjima, interdite au public. On découvrait un lieu fantomatique, une île surexploitée par l’homme jusqu’au dernier millimètre carré. Là, il n’y a plus que ruines et âmes perdues.

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Tout cela s’entrecroise aujourd’hui avec les images de destruction qui nous parviennent du Japon. Bien sûr, on ne peut confondre les destructions infligées par la nature et l’autodestruction des hommes par les hommes. Mais placer une centrale nucléaire au bord de l’océan, sur l’une des zones sismiques les plus dangereuses au monde, n’est-ce pas provoquer la nature ? On ne sait rien de la ville sur la pochette de MAGIC. Peut-être a-t-elle été usée par le temps, peut-être a-t-elle été ravagée par un raz-de-marée, ébranlée par un séisme monumental ? Tout est ouvert, tout est en suspend.

Une chose est sûre, c’est que ce que B’z nous montrait et qui ressemblait à une morale, à la morale de l’histoire, ressemble aujourd’hui à une prémonition, à la prémonition d’événements fatalement appelés à se répéter toujours.

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Les images de destructions qui nous parviennent sont toutes plus terrifiantes les unes que les autres. Toutes ces maisons broyées, toutes ces voitures renversées, transportées sur des centaines de mètres, sur des kilomètres. Les voitures que l’on retrouve dans toutes les positions, sont une composante forte de toutes ces images. La voiture est un symbole de la puissance individuelle de l’être humain à l’époque moderne. La voiture rend l’homme libre, rapide, elle lui donne un sentiment de puissance.

Shintarô Ishihara, célèbre maire de Tokyo, frère d’un acteur à succès, lui-même écrivain populaire, et connu pour ses déclarations intempestives, a déclaré le jour même du tremblement de terre et du tsunami que “c’était une punition divine”. Il s’est ensuite excusé. Mais son âme d’écrivain, dans la lignée d’un Yukio Mishima, dénonçait le mode de vie des Japonais, le Japon moderne, ce Japon qui depuis 1945 ne s’est préoccupé que d’économie et de confort matériel, délaissant toute préoccupation spirituelle. Ainsi, selon lui, les dieux rappelaient aux Japonais qu’un peuple ne peut vivre sans esprit, sans ligne directrice.

On peut discuter cette vision. Quoi qu’il en soit la réflexion sur la finitude de l’homme semble se poser plus que jamais, à l’heure où les hommes pensent pouvoir tout posséder, aller partout, instantanément et à répétition. On se rappelle les passagers insatisfaits dans les aéroports du monde entier, lorsqu’un volcan en Islande par son éruption les bloquait au sol. Ils semblaient ne pas comprendre qu’on ne puisse pas éteindre ce volcan d’un coup de formule informatique.

La nature se rappelle au bon souvenir des hommes, divinités ou non. Alors, toutes ces voitures vont finir entassées, dans des casses. Et cela nous rappelle étrangement le clip d’Ichibu to Zenbu… qui se déroule exactement dans une casse automobile, parmi des centaines de carcasses de voitures détruites…

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On pense encore au dernier single d’Inaba, Okay, et à sa très forte évocation de la mort, du moins d’un monde dont on a soi-même disparu. On peut bien penser tous les jours à la mort, n’y pense-t-on pas encore plus lorsque l’on est confronté à une telle catastrophe ?

Revenons-en au single actuel : Sayonara Kizudarakeno Hibiyo. Adieu jours pleins de blessures.

Le titre se voulait certainement comme la suite immédiate de MAGIC. Il fallait se débarrasser des crises et des soucis, leur dire adieu. Ainsi, ce titre prend une toute autre ampleur au jour de la triple catastrophe japonaise. Sa sortie prévue au 30 mars a été logiquement repoussée. On pourrait même penser que ce single devrait sortir beaucoup plus tard, quand on commencera à voir plus clair, quand on saura où l’on en est avec la centrale de Fukushima.

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Car les jours actuels sont réellement pleins de blessures. Ces douleurs ne sont pas uniquement métaphoriques, elles sont vraies.

Disons-le, Sayonara Kizudarakeno Hibiyo est un titre prémonitoire. C’était involontaire mais cela tombe en plein dans le mille. Disons-le, ce nouveau single de B’z est en même temps l’un des meilleurs du groupe depuis des années. On attend sa face B avec impatience, on attend le Dawn Runner, le coureur de l’aube. L’aube, l’orée du jour, quand tout s’apprête à recommencer, à prendre un nouveau départ. Le premier ministre japonais, Naoto Kan, n’a-t-il pas parlé de reconstruire “un nouveau Japon” ? Là encore, le titre tape dans le mille.

Et pour une fois, nous vous encourageons à acheter le disque, à acheter B’z comme un geste pour le Japon. Car nous en sommes persuadés, le Japon, entre ses voitures, ses jeux vidéo et ses mangas, peut aussi exporter B’z et tous ses groupes de qualité.

Achetons tous Sayonara Kizudarakeno Hibiyo pour un nouveau Japon !

Mais ce nouveau Japon ne devra pas oublier ce qui lui est arrivé, car le Japon sait très bien oublier. On peut craindre que très vite les images de sinistrés et de zones contaminées par la radioactivité laissent la place de manière irrémédiable aux AKB et autres machines à laver le cerveau dont ce pays regorge. C’était la crainte que notre ami Hermann Suzuki nous exprimait encore hier.

Ajout du 23 mars : comme le rapporte Off The Lock, la fondation de Linkin Park, Music for Relief, offre une liste de 14 chansons en contre-partie d’un don de 10 dollars qui seront reversés aux victimes du tremblement de terre et du tsunami du 11 mars. Parmi ces 14 titres, on retrouve notamment Home de B’z (la version anglaise de HOME, déjà disponible sur i-tunes USA et sur ULTRA Treasure).

http://japan.downloadtodonate.org/tracks/