Archives pour la catégorie 'Critiques'

 

La journée épique de l’homme du match

16 août 2015 in Critiques

EPIC DAY est sorti le 4 mars. Il fallait bien se laisser un peu de temps pour écouter et écouter encore ce 19ème album de B’z. En sachant qu’entre-temps est sorti RED, tout dernier single en date.

Comme toujours, une critique doit se baser sur des éléments de comparaison. Et comme on ne peut comparer avec les futurs albums qui n’existent pas encore, on doit bien entendu se retourner et comparer avec ce qui a déjà été fait. L’exercice est encore assez simple quand on parle de groupes qui viennent de sortir leur deuxième album, mais le même exercice devient périlleux lorsqu’on doit critiquer, ou au moins commenter, le 19ème album.

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L’utopie est le noeud du problème dont les questions demeurent sans réponses

12 juin 2013 in Critiques, Nouvelles

HEAT, Kakushin (le noeud du problème), Q&A et Utopia sont donc les titres des quatres chansons inédites bonus venant s’ajouter aux 50 singles des compilations The Best XXV.

Le fait de placer en fin des deux compilations deux titres inédits est évidemment un acte commercial, pas choquant en soi, mais critiquable pour deux raisons.

Tout d’abord, le premier volume comporte tous les singles sortis entre 1988 et 1998, commençant donc par Dakara sono Te wo hanashite, et se terminant par HOME. Ces deux titres bien connus des fans représentent justement l’évolution musicale de B’z sur cette période de dix ans, allant d’une recherche d’identité, d’une musique au synthétiseur, à un rock affirmé et une forte identité.

Comment peut-on alors passer de HOME de 1998 à HEAT de 2013 (ou plutôt de 2012 en considérant la sortie du single de Kim Hyung-joon) ?

Autant on peut trouver logique de retrouver des inédites de 2012/2013 à la fin du volume 1999-2013, autant ici c’est inapproprié.

La deuxième raison, et pas des moindres, tient au fait du titre HEAT lui-même. Car il faut être totalement honnête, HEAT est la première mauvaise chanson de B’z en 25 ans. On nourrissait un léger espoir après avoir appris que B’z possédait sa propre version de cette chanson écrite pour la starlette coréenne Kim Hyung-joon. On se disait que la version de Matsumoto et Inaba ne pouvait pas être aussi mauvaise, que forcément Inaba lui-même allait relever le niveau zéro du chant du Coréen, et que Matsumoto allait retoucher son instrumentation, voire la mélodie elle-même.

Hélas, après avoir pu écouter la version entière, force est de constater, sauf erreur, que HEAT version B’z ne comporte aucune différence avec HEAT version Kim, la voix d’Inaba mise à part. Ce sera notre seul lot de consolation. Ce qui fait finalement que B’z n’est pas un groupe japonais comme les autres, son chanteur, vient tout juste sauver l’honneur. Mais ce qui fait aussi que B’z n’est pas un groupe japonais comme les autres, sa mélodie entraînante, son instrumentation et sa ligne originale, tout cela semble absent de HEAT, ou du moins beaucoup plus faible qu’habituellement. On croit un instant percevoir un lien de parenté avec ultra soul. Mais on se sent bien triste à la fin. Alors que B’z s’est toujours démarqué de la pop japonaise commerciale basique en créant ses propres standards, il semblerait que B’z se soit essayé pour une fois à la pop commerciale japonaise…

Bien sûr, écoutez HEAT trois, quatre fois, et la chanson vous restera dans la tête, mais le plaisir et l’énergie ressentie habituellement seront absents.

Heureusement, les trois autres chansons inédites viennent sauver la baraque !

Dans des styles différents, Kakushin, Q&A et Utopia renouent avec ce qui fait B’z. Kakushin, sorte de ballade dynamique, propose une variation guitaristique du titre MAGIC.

De son côté, Q&A semble se présenter comme le 51ème single officieux, dans la lignée des singles rock rapides de ces dernières années, simples mais efficaces (GO FOR IT, BABY; Sayonara kizudarake no Hibiyo, DIVE, BURN etc…). En plus de servir de nouveau générique de début à la série Détective Conan, Q&A bénéficie paradoxalement d’un clip original dans l’univers b’zien. Mettant en scène un samouraï, le clip offre un cliché de la culture japonaise, il devrait plaire à un public étranger (mais comme B’z ne s’adresse à aucun public étranger…).

C’est enfin le titre Utopia qui apporte un vrai vent de fraîcheur, tant dans la rythmique plus posée et plus approfondie, que dans son clip tout à fait inhabituel. En effet, le clip démarre sur un plan-séquence d’une minute et 6 secondes, ce qui est conséquent dans ce genre de vidéo. Plus encore que Q&A, Utopia raconte une histoire en montrant Inaba effectuer des gestes simples et banals dans un lieu réduit et fermé, aux côtés de Matsumoto posé tranquillement à la guitare. Bref, un régal !

En attendant le clip de HEAT, mais là on n’est déjà plus sûr de vouloir encore l’attendre…

 

Gloire et déception

10 oct 2012 in Critiques, réflexion

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LA GLOIRE

Ainsi, B’z a terminé sa 5ème tournée nord-américaine dimanche soir 7 octobre au Gibson Theater de Los Angeles, devant un auditoire comble, lequel comptait notamment certains amis du groupe, entre autres Yogi Lonich et Josh Gooch qui ont joué avec Inaba en 2010.

Ainsi, une année faste et festive fut lancée, celle des 25 ans du groupe, de la plus belle des manières, sur un triomphe américain devant des milliers d’internautes. B’z était donc dimanche soir (et lundi matin en Europe et au Japon) au faîte de sa gloire.

La gloire est une habitude chez B’z, puisque GLORY DAYS était le nom d’un titre et d’une tournée en 2008, année des 20 ans du duo. Mais à la différence d’autres groupes tels que X-Japan ou les Pixies qui se comportent comme des rentiers de leur gloire passée, B’z perpétue la sienne en se maintenant au top de la créativité et de la performance scénique. Surtout, B’z parvient à systématiquement maintenir ses fans en haleine avec un calendrier de nouvelles et nouveautés habilement maîtrisé. Une fois devenu fan de B’z, on est constamment en alerte, toujours aux aguets de la prochaine information. Car on sait la constance du groupe, on sait qu’il ne va pas se séparer sur un coup de tête ou provoquer un scandale quelconque. Non, B’z est fait pour durer et perdurer. Et ses fans en ressentent d’autant plus de plaisir.

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A ce stade de la carrière du groupe, la tournée Into Free et le concert final en direct au Gibson Theater étaient donc un sommet. On garde encore fraîchement en mémoire le concert du 25 juillet 2011, et on a le sentiment que le groupe a encore progressé depuis l’an dernier, proposant de nouvelles habitudes et de nouveaux rituels, offrant le spectacle d’un groupe de 6 musiciens foncièrement unis, quatre d’entre eux soutenant à la perfection les deux stars, et les deux stars restant toujours avec humilité au même niveau que leurs quatre accompagnateurs et amis.

Il se dégage ainsi une humanité saisissante au sein de ce groupe dont on ne sait plus aujourd’hui s’il s’agit réellement d’un duo. Alors que Matsumoto a joué avec le maître Larry Carlton, jusqu’à remporter un Grammy Award, alors qu’il est le seul musicien du continent asiatique à posséder une signature Gibson, le plaçant à égalité avec Slash, on le voit aujourd’hui offrir généreusement la réplique à Shinichiro Ohta, le second guitariste.

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Un néophyte ne se rendra pas compte de l’importance d’une telle scène. S’il est courant qu’Inaba disparaisse au profit de séances instrumentales, pour mieux réapparaître, puisque c’est lui le véritable objet de désir des fans (et surtout des fans japonaises), il est absolument surprenant de voir Matsumoto former un deuxième duo avec Ohta, ce dernier prenant symboliquement la place d’Inaba ! Et l’on sent à quel point leur entente guitaristique est sincère, il est des sourires et des attitudes qui ne trompent pas.

Ohta, encore lui, depuis 2011, semble créer du lien sur scène. On le voit prendre un plaisir fou en compagnie du bassiste Barry Sparks. Ainsi, ils se voient de plus en plus souvent mis sur le devant de la scène. Au Gibson Theater, on a pu les voir saluer le public serrés l’un contre l’autre, comme deux vieux de la vieille, repartant hilares dans les coulisses.

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Ce sont donc 17 titres plus énergiques les uns que les autres que B’z nous a livrés, sur un rythme d’enfer, avec des instants d’anthologie comme l’énorme solo sur negai, l’hymne américain en fin de concert, le duo Matsumoto-Ohta au début du rappel, un jeu de chants et cris entre Inaba et le public sur juice, des versions au top de MOTEL, ZERO ou encore BLOWIN’, sans oublier cet incroyable intermède encore en plein negai : Barry Sparks qui lance la ligne de basse de la chanson DAZED AND CONFUSED de Led Zeppelin ! On a ainsi à un véritable hommage instrumental au groupe culte britannique en plein milieu d’un titre culte de B’z.

Quelques surprises comme Brighter Day, même s’il s’agit d’un titre originellement en anglais et déjà présent sur le tout premier EP iTunes de 2007, IT’S SHOWTIME!! ou encore Shodo.

Enfin, on a eu droit à un Koshi Inaba en très grande forme. Les années passant, on sent le groupe désormais plus à l’aise sur les scène à taille humaine. Non pas que les grands shows dans les stades n’aient plus d’intérêt, bien au contraire, il suffit de voir le dernier DVD/Blu-ray pour s’en convaincre, mais les deux compères ne courent plus autant et dans tous les sens que dans les années 1990. Cependant, sur une scène à peu près normale, Matsumoto et surtout Inaba peuvent faire ressortir toute leur puissance. A la façon d’un Ohta, on pouvait sentir Inaba franchement heureux d’être sur scène, sûrement plus que lors du concert de charité devant le public de Linkin Park, un an auparavant.

LOVE BOMB
GO FOR IT, BABY -kioku no sanmyaku
Ultra Soul
Splash
Brighter Day
Easy Come, Easy Go!
MOTEL
Mô ichido Kiss shitakatta
ZERO
Mienaï chikara – Invisible One
Negaï [DAZED AND CONFUSED]
Into Free – Dangan
Juice
IT’S SHOWTIME!!
Shodo [Hymne américain]

Rappel

Duo Matsumoto-Ohta
Home
BLOWIN’

LA DECEPTION

La déception ? Vous devez vous demander de quoi je veux parler après une première partie si élogieuse. Et pourtant, c’est bien le sentiment qui m’habitait, paradoxalement, à la fin du concert donné au Gibson Theater.

Pour cela, il faut comprendre certaines choses en amont. Nous sommes selon notre propre appellation des « fans internationaux » de B’z, c’est-à-dire des fans non Japonais d’un groupe japonais. La particularité vient du fait que ce groupe, comme la plupart des groupes japonais, n’est pas venu à nous, mais que nous sommes allés à lui. C’est la curiosité ou le hasard qui nous ont amenés un jour à découvrir un groupe japonais, en l’occurence B’z, en l’occurence le plus grand groupe de l’archipel.

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Une fois le sentiment d’exotisme consommé et digéré, une fois la langue et le style imprégnés en nous, une conviction s’est formée peu à peu, toujours en nous. B’z n’est pas qu’une curiosité exotique, B’z a un potentiel d’universalité. Nous sommes convaincus que B’z peut autant toucher le public mondial que n’importe quel groupe anglophone. B’z vaut autant que Muse ou Coldplay. Evidemment, B’z n’est pas né du bon côté de la barrière, B’z est et demeure un groupe japonais, et les grands réseaux mondiaux de diffusion musicale ne s’intéressent pas à la musique japonaise.

Pourtant, nous sommes certains qu’autant C’mon que LOVE PHANTOM auraient leur place sur les ondes de nos radios, autant que Yellow Submarine des Beatles que Satisfaction des Rolling Stones.

Alors, évidemment, forts de cette conviction, nous nous sommes intérieurement (et parfois extérieurement) réjouis lorsqu’en janvier le groupe annonçait : « 2012, Into the Beginning » Pour nous, il ne pouvait s’agir que d’un lancement clair d’une carrière internationale. Et les mois suivants nous donnèrent en partie raison.

Mais tout fut fait à moitié. La chanson Into Free – Dangan pouvait bien être excellente, quel est l’impact réel de son utilisation comme chanson titre au jeu Dragon’s Dogma de Capcom ? Certes, quelques joueurs ont dû l’apprécier, d’autres sont allés chercher le nom du groupe, mais au final combien sont venus réellement à B’z ? Car il n’y a eu aucune promotion du groupe autour d’Into Free – Dangan, rien.

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Le mini album paru sur iTunes et dont nous avons fait une critique, la encore, est une chose à moitié faite. Car absolument aucune promotion n’est venue épauler cet album qui aura eu le mérite d’exister. Un groupe, quel qu’il soit et aussi bon soit-il, si personne n’en parle nulle part, personne ne peut le connaître. D’ailleurs, à quoi bon un tel album ? Pourquoi ne pas offrir directement toute la discographie de B’z sur tous les iTunes ? Il faut se rendre compte qu’au Japon il est possible de se procurer tout B’z sur iTunes et qu’en France ou en Allemagne on ne peut acheter que le single Into Free – Dangan et le mini album dénommé B’z EP.

Quitte à faire connaître le groupe, pourquoi ne pas avoir au moins proposé une anthologie des vingt dernières années ?

Au regard des interviews çà et là de Matsumoto et Inaba, ce mini album exclusivement en anglais aurait volontairement été créé afin de faire mieux connaître B’z aux Etats-Unis et dans le monde. Nous avions déjà émis des réserves quant à cette vision des choses, car nous pensons que des gens intéressés par un groupe japonais ne verront pas l’intérêt d’écouter ce même groupe en anglais alors qu’il chante habituellement en japonais…

Et c’est là que nous revenons au Gibson Theater du 7 octobre. La salle est donc pleine, à guichets fermés, oui, mais pleine de Japonais ou d’Américains d’origine japonaise. Que devons-nous en penser si ce n’est donc que la stratégie d’un album international en anglais n’a servi strictement à rien ? Car nous ne nous voilons pas les yeux, les six autres dates de la tournée ont été identiques, à chaque fois le public aura été à plus de 90% japonais ou d’origine japonaise. Où sont les autres ?

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Les autres n’existent pas, à part une poignée d’acharnés comme nos amis du groupe Z:RO (deux Américains de Boston reprenant avec justesse et talent des chansons de B’z) et Tobias d’Off The Lock, parti tout seul à l’assaut de New York. Il y a bien sûr ceux qui n’auront pas pu se déplacer, pour des raisons de distances ou d’argent. Mais la réalité est là , glaciale et implacable : B’z n’a presque pas de fans internationaux, du moins pas assez aux Etats-Unis pour remplir à moitié une salle comme le Gibson Theater.

Ainsi, les Etats-Unis deviennent pour B’z une extension du territoire japonais qu’ils dominent en maître. Tokyo, Los Angeles, New York. La différence entre les concerts américains et japonais ? Les concerts américains ressemblent donc à des séances de luxe où les rares élus jouissent de voir de très près leurs stars dans un lieu lointain et inhabituel.

En lisant les articles de Tobias et de l’Examiner, on se rend compte du fossé qui sépare les fans japonais des fans internationaux, les premiers se comportant comme des consommateurs d’idole dédaignant les seconds. BAD COMMUNICATION. Il suffit de lire l’Examiner qui rapporte qu’alors qu’Inaba s’exprimait en anglais, quelqu’un dans la salle lui a lancé : « En japonais s’il vous plaît ! » Comme si New York, le temps d’un concert de B’z, n’était plus un territoire anglophone. Le fan japonais ne s’adapte donc pas à l’extérieur, au monde globalisé, c’est le monde qui doit s’adapter à lui. Dans ce contexte, on se demande le sens de cette reprise de l’hymne américain en fin de concert, à moins que ce ne soit un clin d’oeil à Jimmy Hendrix…

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Surtout, les fans japonais emportent et importent avec eux leurs habitudes de spectateurs. Ils sont la majorité qui impose sa façon d’être, avec écharpe et bras droit au mouvement robotique balancé tout le long du concert. Aucun auditoire international n’a la possibilité de s’exprimer, puisque les quelques spectateurs non Japonais sont noyés dans la masse qui ne s’occupe de toute façon pas d’eux.

là où l’année 2012 aurait pu consacrer les vrais débuts internationaux de B’z, là où une vraie promotion américaine aurait pu enclencher un mouvement de fond, il n’y a en fait rien eu. Alors que le concert final du Gibson Theater aurait pu être une grande fête entre fans japonais et internationaux, entre fans de toujours et nouveaux, il n’y a rien eu, si ce n’est une grande fête de fans japonais se payant le luxe de voir le groupe de leur vie à Los Angeles plutôt qu’au Tokyo Dome. Le sentiment d’exclusion était réel.

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Que les choses soient claires. Si l’on parlait d’un petit groupe japonais ne tournant qu’au Japon, les petits Occidentaux que nous sommes ne pourraient que rêver de se payer un billet d’avion et d’aller les voir dans leur contexte japonais originel. Ici, nous parlons d’un groupe immense dont nous sommes convaincus qu’il mérite une plus grande popularité mondiale que Lady Gaga, qui prétend vouloir se faire connaître à l’international et qui nous donne des espoirs implicites de tournées mondiales.

Je ne pense pas représenter tous les fans qui auront pu regarder le concert sur Ustream dimanche soir ou lundi matin. Peut-être même suis-je le seul à avoir ressenti une telle déception. Pourtant, il me semble que cette déception est à la hauteur des espoirs suscités cette année par le plus grand groupe de l’archipel. Les choses peuvent encore évoluer, évidemment, mais qui y croira vraiment ? La planète va continuer de tourner, B’z va perpétuer sa gloire aussi longtemps que possible, retournera aux Etats-Unis devant des salles remplies de Japonais. Et ce sera tout.

Pour conclure, puisqu’Inaba semble avoir déclaré à plusieurs reprises vouloir chanter « partout dans le monde », accordons-nous le bénéfice du doute. Et disons-nous que si jamais B’z venait jusqu’à Paris, nous devrions mettre un point d’honneur à ce que la salle, quelle qu’elle soit, soit constituée en majorité d’Européens, qu’ils soient fans du groupe, fans de musique japonaise, fans de culture japonaise en général, fans de Larry Carlton (pourquoi pas ?) et curieux tout simplement. Rien qu’avec les fans français de culture japonaise, on pourrait remplir le Stade de France ! Et ce, afin que, si Inaba s’évertuait à nous parler en anglais et à tenter quelques mots de français, personne ne se permette de lui dire : « En japonais s’il vous plaît ! »

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"B'z", un grand mini-album ?

16 août 2012 in Critiques

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Voilà trois semaines que « B’z » est sorti dans 63 pays par l’intermédiaire d’iTunes. Il est temps de nous pencher sur ce premier mini-album international.

Cinq titres pour notre bonheur, ou plutôt cinq titres pour pénétrer les oreilles internationales qui n’ont jamais entendu B’z auparavant. Très clairement, le groupe a joué la carte de la prudence en proposant un album court, peut-être trop court. Ce « B’z » ressemble finalement plus à un album de démonstration qu’à un véritable mini-album. En cinq titres, le plus grand groupe du Japon veut montrer de quoi il est capable avec des titres rock entraînants et puissants. On notera tout de même l’absence notable de ballade, B’z étant un grand spécialiste en la matière. Peut-être pour une prochaine fois.

Si nous regrettons l’absence de chansons cultes et chantées en 2011 aux Etats-Unis telles que Brotherhood, Home ou encore l’absence de titres récents tels que C’mon ou GO FOR IT, BABY -kioku no sanmyaku dont nous aurions pu éventuellement apprécier des réécritures en anglais, il nous faut reconnaître que les cinq titres retenus sont tout à fait judicieux.

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Love Bomb, nouvelle version d’Aï no Bakudan (2005, sur l’album THE CIRCLE), Splash, nouvelle version de SPLASH! (2006, sur l’album MONSTER), Juice, nouvelle version de juice (2000, sur l’album ELEVEN), Ultra Soul, nouvelle version d’ultra soul (2001, sur les albums GREEN et C’mon, et enfin Into Free -Dangan-, nouvelle version de Samayoeru aoi Dangan (1998).

Love Bomb, en plus de servir à la nouvelle publicité estivale de Pepsi Nex, ouvre donc le bal de B’z International. Le suspense ne sera pas long : si l’on apprécie le remixage et la nouvelle production musicale d’un titre déjà énergique à l’origine, on reste quelque peu perplexe quant à la voix d’Inaba. Que lui est-il arrivé sur ce morceau ? On le reconnaît à peine tellement sa voix semble avoir été retravaillée. Le plus gênant étant cette impression d’écouter à certains moments un groupe punk californien acidulé pour ados incultes. Nous sommes sévères, mais qui aime bien châtie bien. Et si Love Bomb s’écoute quand même, les fans et les puristes de B’z auront sans doute quelques fois du mal, sans parler des fans d’Inaba (mais y a-t-il un seul fan de B’z qui ne soit pas fan de son chanteur ?).

On notera tout de même qu’en choisissant ce titre, « la bombe de l’amour », « la bombe d’amour », B’z veut s’imposer au niveau mondial comme un groupe positif et pacifique. De quoi regretter encore plus Brotherhood… Il nous restera encore à trouver d’où provient l’extrait de discours à 2″50, car c’est pour le coup inhabituel chez B’z et bien trouvé.

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Splash, que l’on avait eu l’occasion d’entendre l’année dernière lors de la tournée américaine, est déjà d’un autre niveau. Musicalement peu modifiée par rapport à l’originale, on se concentre donc sur Inaba dont la voix est cette fois plus reconnaissable même s’il demeure des passages un peu étranges. Surtout, le débit des paroles en anglais s’accorde très bien avec la mélodie et égale la version originale japonaise. Et on jubile à chaque fois qu’on arrive à « California Splash! ». Cette nouvelle version de SPLASH! est donc très réussie et s’écoute avec plaisir.

Mais le meilleur est encore à venir. En effet, Juice, quasiment identique musicalement à son illustre modèle, conserve donc sa puissance jouissive de chanson hard rock. Et là , la voix d’Inaba et son débit collent parfaitement à la musique. La phrase à peine sexuelle d’origine « atsui juice furishiboru »(un jus chaud coule) trouve un formidable équivalent : « I’ve got a juice to give it to you ». Voilà un titre qu’on écouterait en boucle ! On en redemande !

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On arrive alors au titre majeur de cet album, la chanson devenue incontournable lors des concerts : Ultra Soul. Il existe de nombreuses versions d’ultra soul depuis l’originale de 2001, mais si l’on excepte la version quasi expérimentale en face B du single GOLD la même année, la forme de la chanson a évolué avec les concerts et surtout grâce au public. En effet, c’est une chanson particulièrement communicative et le public s’est emparé des « ultra soul! » et autres « hey! ». Ainsi, cet dernière version anglaise d’ultra soul est elle-même proche d’ultra soul 2011 sortie sur l’album C’mon, elle-même proche d’Ultra Soul, version alternative sortie sur le fameux B’z EP en 2007 sur iTunes (et dont on a parlé récemment), elle-même inspirée des versions jouées en concert dans les années 2000.

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Si on peut considérer ultra soul comme l’un des chefs-d’oeuvre de B’z, ce ne sera pas le cas de cette nouvelle version, car justement, et au contraire de Juice, c’est l’anglais qui pêche. là où le japonais frappait de toutes ses syllabes dans l’originale, l’anglais est ici à la peine. Inaba ne semble pas avoir réellement trouvé les bons mots, le bon rythme. On apprécie de retrouver le fameux YU :

Yume janai are mo kore mo (originale)

You got the key to unlock the door

Mais justement ! La version japonaise originale était percutante avec 11 syllabes (un quasi alexandrin…) tandis que la phrase anglaise avec ses 9 syllabes a du mal à passer. Inaba doit laisser traîner certaines syllabes quand les syllabes japonaises s’enchaînent et créent une osmose avec la mélodie. D’ailleurs, on ne s’y trompe pas, ils ont bien gardé le fameux U.RU.TO.RA SOUL où le mot ultra est épelé à la japonaise, preuve qu’une version anglaise de ce gigantesque titre était superflue.

Et c’est bien ce qu’on se dit : d’accord pour un mini-album de démonstration 5 titres, mais pourquoi ne pas avoir gardé un ou deux titres en japonais ? Ultra Soul y aurait gagné en conservant sa force initiale.

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Quoi qu’il en soit, ce mini-album B’z contient tout de même un petit chef-d’oeuvre maison. Il s’agit de la chanson finale, héritière d’un titre pas moins culte qu’ultra soul : Into Free -Dangan. En réalité, cette chanson finale est l’héritière de deux chansons : Samayoeru aoi Dangan (1998) et de sa version alternative Dangan (2007) que l’on a pu trouver à une époque sur le B’z EP d’iTunes. Sachant que ce premier EP a disparu du catalogue iTunes, pourquoi avoir voulu conserver le nom Dangan ? En référence à la chanson de 1998 ou à cette version aujourd’hui officiellement introuvable ? Car en soi-même, le titre Into Free n’a rien de commun avec Samayoeru aoi Dangan (la balle bleue vagabonde).

Et c’est là la force d’Into Free, B’z a su l’émanciper de la « chanson-mère », B’z a su produire une nouvelle chanson originale. Ici, l’anglais semble naturel, rejoignant Juice dans ce domaine. Mais tout a été repensé dans le moindre détail, même si Into Free conserve évidemment la ligne initiale de son aînée. Une nouvelle introduction lancinante quand l’originale était énergique avec une rythmique asiatique. Une fin beaucoup plus longue aussi, à l’image de l’introduction, conférant à la chanson un caractère romantique. Sur le plan linguistique, aucun problème de rythme n’est à déplorer et pour donner un exemple de réécriture, on peut prendre la phrase de fin :

Motto, motto, motto hayaku (originale)

Flying, flying, flying into free

Les « motto hayaku » et « flying into free » possèdent exactement le même nombre de syllabe (sans avoir le même sens). Tout coule de source et on a dans chaque version un sentiment de plénitude.

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Le débat est ouvert chez les fans et les nouveaux venus de l’univers de B’z pour déterminer laquelle des deux est la meilleure. Si les fans plus anciens préféreront certainement l’originale, ils devront reconnaître qu’Into Free est une vraie réussite. Cette réussite est sûrement due au jeu Dragon’s Dogma dont Into Free est le thème principal. Le jeu était très attendu depuis longtemps, Capcom ne pouvait se permettre de proposer un titre à moitié réussi, il fallait quelque chose de fort et de beau. De son côté, B’z savait que cette chanson serait une première pour des milliers de joueurs. Le groupe ne pouvait donc se permettre de passer à côté. Le coup est parfait, et l’on s’amuse des commentaires de joueurs disant qu’ils ont du mal à quitter le menu tant que la chanson n’est pas terminée.

Into Free suffira-t-elle à faire connaître B’z à elle-seule ? Ce n’est franchement pas sûr. En tout cas, elle clôt magnifiquement ce mini-album « B’z ».

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Pour finir, Matsumoto et Inaba se sont lancés prudemment, en essayant de plaire à un public occidental théorique. Un public suffisamment curieux pour écouter un groupe japonais mais pas encore assez ouvert pour l’écouter justement en japonais. Nous pensons que c’est une erreur, que B’z aurait dû conserver sa langue, évitant par là même d’affaiblir un titre comme Ultra Soul. Que B’z chante de temps à autre en anglais n’est pas gênant, que l’anglais soit l’unique langue de la carrière internationale du groupe, nous disons non.

Ce mini-album est donc un bon album mais n’est pas encore du niveau du grand B’z. Espérons que le groupe soit motivé à continuer l’aventure et qu’il comprenne qu’il n’a pas besoin de se dénaturer pour nous plaire.

La question du serveur iTunes, unique vendeur officiel, est aussi posée. Les albums solo de Matsumoto, notamment les deux derniers, Take your pick et Strings Of My Soul, se trouvent autant sur iTunes que sur amazon en téléchargement, sans compter qu’ils existent en version physique classique. Pourquoi limiter B’z à iTunes uniquement ?

Les rêveries du chanteur solitaire…

20 fév 2012 in Critiques, Traductions

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… qui en réalité n’est pas seul.

C’mon / Allez !

Tandis que je m’éloigne
Les lumières de chez moi s’estompent peu à peu dans le lointain
Mais je n’ai pas oublié ton signe
La façon dont tu t’es retournée vers moi, toi qui m’as soutenu tout ce temps

Même si nous perdons les choses qui nous sont précieuses
Tant que nous nous avons l’un l’autre, alors…

Sourions encore une fois toi et moi mon amour
Cela ne me gêne pas que tu me le dises avec une voix stridente, fais-la-moi entendre
Les occasions ne vont pas cesser de se présenter
Tu peux le prendre en douceur
Alors, allons-y ! C’mon!

Il n’est pas possible de tout faire par soi-même
Il est temps que je te le fasse savoir
A travers le vent me sont parvenus les pleurs de quelqu’un
Vais-je me boucher les oreilles comme toujours ?

Même si je prie en me mettant à genoux, cette époque révolue ne reviendra pas, alors…

Sourions encore une fois toi et moi mon amour
En déshaltérant ces coeurs assoiffés
Les instants précieux commencent maintenant
Il nous reste encore une longue route
Mais ça ira en marchant doucement
Alors, allons-y ! C’mon!

Il n’y a rien de mal à répandre des complaintes
Et si tu es trop fatiguée, alors…

Sourions encore une fois toi et moi mon amour
En déshaltérant ces coeurs assoiffés
Je prends ta main et si nos souvenirs passés
Brûlent encore aujourd’hui, alors nous ne perdrons pas
Alors, allons-y ! C’mon!

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A propos de la chanson C’mon : Apparue à l’été 2011, soit quatre mois après le 11 mars, cette chanson fut donc choisie pour être utilisée dans une publicité pour Pepsi, mais aussi et surtout comme chanson d’ouverture de l’album éponyme.

On peut dire que le 11 mars 2011 aura changé le cours de choses. Sans lui, le single Sayonara Kizudarakeno Hibiyo n’aurait pas été repoussé, le 18ème album de B’z ne serait sûrement appelé C’mon, et la chanson elle-même n’aurait sûrement pas vu le jour. Peut-être aurait-elle existé, mais sous une autre forme et surtout avec un autre titre.

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D’emblée, C’mon possède une force qui lui est propre. Je me rappelle qu’à la première écoute j’ai eu cette pensée que B’z tenait là un très grand morceau. Si l’on retrouve les ingrédients qui font la marque de B’z, C’mon possède une touche en plus. L’introduction de la chanson s’enracine dans une tradition pop-rock anglo-saxonne à laquelle se mêlent ses aspects b’ziens. Si B’z est justement caractérisé par des mélodies entraînantes et de puissants refrains, lesquels sont amenés par des montées en puissance, C’mon offre la particularité que les refrains sont eux-mêmes des montées en puissance. Dans cette chanson, la libération, le cri de rage, de délivrance, n’arrive qu’au bout d’une minute 31 : Come on!!

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Le deuxième « Come on » arrive à 2 minutes 40 et sonne lui-même comme le point de départ du solo de Matsumoto, l’un de ses solos les plus inspirés de ces dernières années. Surtout, ce n’est pas le seul, puisque C’mon se termine en toute beauté sur trois « Come on!! » d’Inaba et un deuxième solo virtuose de Matsumoto, nous rappelant une époque lointaine quand il terminait certaines chansons sur un solo (HOT FASHION ! 1990 !). Ainsi, Matsumoto démontre qu’il a repris les rênes, même s’il ne les avait jamais donnés. Mais entre-temps, il a fait un album génial avec Larry Carlton, avec lequel il a remporté un Grammy Award. On sent bien que la guitare reprend le dessus. Elle semble à nouveau donner le change à Inaba. Elle n’est pas qu’un élément technique indispensable (touche b’zienne oblige), elle raconte une histoire à son tour, se fait le passeur de sentiments que seule une guitare électrique peut transmettre. Le duo B’z fonctionne alors de nouveau à la perfection.

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Concernant les paroles, Inaba n’a pas écrit de texte tout à fait singulier qui ferait explicitement référence à la catastrophe du 11 mars. On retrouve des thèmes récurrents chez lui, comme la perte des choses matérielles, fussent-elles précieuses, l’essentiel étant de toujours garder en soi une flamme, que ce soit l’espoir ou l’amour. En réalité, c’est le style d’Inaba qui trouve une résonnance particulière dans ce contexte. Il s’éloigne de chez lui, délaisse sa maison dont les lumières s’estompent. Ces images semblent faire écho aux images de destruction suite au tsunami, mais aussi à l’idée que l’on peut se faire de quelqu’un quittant sa maison car se trouvant dans une zone de radiations. Dans ce cas-là , on part de chez soi en sachant que l’on ne reviendra pas. Mais l’essentiel, ce ne sont pas les murs ni toutes les choses que l’on délaisse derrière soi, c’est bien la ou les personnes que l’on aime et que l’on a près de soi.

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Le monde entier s’est étonné du caractère digne des Japonais face au désastre. Les commentateurs les plus lointains ont loué l’extraordinaire force de caractère d’un peuple qui encaisse les coups sans se plaindre, les observateurs plus méticuleux, connaisseurs de ce pays, sauront certainement analyser la situation de manière plus subtile. Cependant, Inaba lui-même semble confirmer cette force de caractère :

« Même si je prie en me mettant à genoux, cette époque révolue ne reviendra pas, alors.. »

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En effet, il est inutile de pleurer sur ce qui n’existe plus et ne reviendra plus. Il faut se relever et continuer à avancer. Voilà une grande caractéristique japonaise. On oublie tout et repart de zéro. Comme si le fait de vivre en sachant que l’on peut périr d’un instant à l’autre dans un tremblement de terre avait fait de ce peuple un peuple superficiel concentré uniquement sur l’instant présent. Et après tout, si tout est détruit mais que l’on est toujours vivant, c’est bien là le plus important.

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Pourtant, Inaba introduit un thème qui revient souvent dans ses textes, à savoir l’individualisme si ce n’est l’égoïsme :

 » Il n’est pas possible de tout faire par soi-même
Il est temps que je te le fasse savoir
A travers le vent me sont parvenus les pleurs de quelqu’un
Vais-je me boucher les oreilles comme toujours ? »

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Effectivement, dans cette situation, quand tout est détruit et que tout est désespéré, on ne peut plus compter seulement sur soi-même si l’on veut s’en sortir. L’individualiste, s’il veut survivre, doit savoir accepter la main qu’on lui tend. Quand à l’égoïste, il doit aussi apprendre à tendre la main. Inaba, en tant que narrateur, se pose souvent en personne égoïste. Et c’est encore le cas ici. J’entends quelqu’un pleurer, vais-je aller voir ce qui se passe ? Vais-je aider cette personne ? Ou vais, comme à mon habitude, me contenter de fermer les yeux et passer mon chemin ?

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Enfin, Inaba est bien conscient que les Japonais vivent à l’instant présent sans trop se soucier du passé. Ce n’est pas pour rien que la chanson se termine sur les souvenirs du passé. S’ils brûlent encore, dit-il, si l’on fait l’effort de se les remémorer, alors on pourra avancer. Car si l’on peut repartir de zéro, on ne peut pas effacer d’un trait d’où l’on vient et ce que l’on a vécu. Tout est détruit, certes, mais il nous reste notre mémoire, et avec un peu de chance l’amour et l’espoir.

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A propos du clip : Nous l’avons dit récemment, le clip de Sayonara Kizudarakeno Hibiyo était un petit chef-d’oeuvre. Nous n’avons pas parlé du clip de Don’t Wanna Lie dont l’intérêt essentiel est sa grande réussite formelle. En effet, si Don’t Wanna Lie contient peut-être un message, ce n’est pas le cas du clip. Pour autant, la réalisation et le montage de ce dernier étaient suffisamment réussis pour le rendre excellent.

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Qu’en est-il de C’mon ? Ici, il semble bien y avoir quelque chose à saisir, même si ce n’est pas évident. Inaba est seul dans la nature, marchant d’un pas tranquille, alternant le chant et la contemplation de l’espace qui l’entoure. Il n’y aurait qu’un pas pour faire une comparaison avec les romantiques du 19ème siècle. Pendant ce temps, Matsumoto joue enfermé dans une sorte de cube blanc, tout comme le batteur Shane Gaalaas et le bassiste Barry Sparks.

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D’ailleurs, on se rend vite compte que des plaques blanches tentent d’enfermer Inaba à son tour, mais en vain. Les trois musiciens ne restent pas non plus enfermés longtemps. A croire que les cubes ne peuvent résister à la force de la musique. Durant le clip, des lignes droites et composées d’angles droits s’échappent des instruments et partent à la recherche d’Inaba qui semble tenir un rôle d’éclaireur. Ces lignes sont accompagnées de chiffres qui défilent à vive allure. Tout cela demeure bien énigmatique.

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Quoi qu’il en soit, les trois musiciens parviennent sans peine à sortir de leurs « prisons » désormais décomposées et rejoignent Inaba dans une clairière. A cet instant, ils forment un quatuor. Il est intéressant d’observer qu’à 3 minutes 10, c’est Shane Gaalaas qui relance la chanson d’un coup sur sa batterie. Dans le clip, cela se traduit par une réapparition des lignes qui désormais vont par quatre et de façon courbe. Les chiffres ont disparu. Les quatre hommes se sont retrouvés, la puissance de la musique peut désormais librement s’exprimer. Moralité : l’union fait la force.

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Et tout comme dans le clip de Don’t Wanna Lie, Gaalaas et Sparks se voient jouer un rôle assez important, même s’ils restent évidemmment en retrait. Dans C’mon, ils sont de réels acteurs à part entière, montrant bien l’importance que le Canadien et l’Américain occupent aujourd’hui chez B’z.

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En conclusion, nous ne considérons pas C’mon seulement comme un excellent titre de B’z, nous le plaçons aux côtés des grands classiques. Selon nous, en plus du contexte tout à fait particulier dans lequel ce morceau a été écrit, C’mon a le potentiel pour devenir une chanson incontournable, à la manière de BAD COMMUNICATION, ultra soul, Hadashi no Megami et tant d’autres. L’avenir nous le dira.

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"Adieu jours pleins de blessures", de B'z

22 jan 2012 in Critiques, Traductions

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Nous allons tout d’abord nous réjouir d’apprendre que les French J-music Awards auront bien lieu cette année, après pourtant la décision de Shito, leur créateur, d’abandonner ce projet. Nous saluerons au passage notre amie Angela qui fait partie de l’équipe ayant repris ce sondage. Puis nous allons immédiatement déplorer l’absence cruelle d’un des albums japonais de l’année parmi les nominés : C’mon de B’z ! Impensable pour nous, évidemment.

Pour autant, on reconnaîtra la bonne idée des organisateurs de limiter le nombre de nominations à 10 ou 12 par catégorie, rendant le sondage plus lisible. On comprendra que dans ces nouvelles conditions, le choix des nominations était difficile. Cependant, si en 2008 on avait seulement regretté l’absence de l’album ACTION, en 2012 on considérera l’absence de C’mon comme une faute. Mais allez, personne n’est parfait. Voyez, C’mon est sorti fin juillet 2011, et B’z no bise n’en a toujours pas présenté de critique début 2012 ! Enfin, nous allons nous réjouir de la nomination du single de l’année, Sayonara Kizudarakeno Hibiyo.

Foncez donc et votez pour le plus grand groupe du Japon qui s’apprête cette année à sortir de ses frontières. Vous avez jusqu’au 2 février !

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Sayonara Kizudarakeno Hibiyo / Adieu jours pleins de blessures

J’en ai eu assez de cette situation
Dans laquelle je me trouvais
Ta silhouette est partie, loin, bien loin
Au final j’ai acheté tant de choses non nécessaires
Ma chambre en est pleine à craquer
Quelqu’un pour la nettoyer s’il vous plaît

Adieu jours pleins de blessures
Je vise un monde nouveau
Je ne serai plus ici quand demain viendra
L’adieu est une chose nouvelle et douloureuse
Vole et glisse avec le vent invisible

J’ai réalisé que
Le seul à me blesser,
C’était moi
Oui chérie, c’est vrai, tellement triste

Le miroir est rempli de moi-même
En le regardant j’arrête de chanter des chansons de haine
Et je sors

Adieu jours pleins de blessures
Je vise un monde nouveau
Même si mon premier pas devait être tremblant
Couvert de poussière, il va me falloir connaître l’amour en ressentant le toucher d’autrui
Vole et glisse avec le vent qui te coupe les joues

Adieu jours pleins de blessures
Je vise un monde nouveau
Je ne serai plus ici quand demain viendra

Merci jours pleins de regrets
Je peux le dire maintenant
Les gens ne changent pas si facilement
Mais un jour ils connaîtront l’endroit où ils peuvent retourner
Vole et glisse avec le vent invisible

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A propos de Sayonara Kizudarakeno Hibiyo : On avait quitté B’z en 2009 sur l’énormissime chanson de fin de l’album MAGIC : Freedom Train, dont voici le dernier couplet :

Le bonheur ne vient pas de n’importe où
Nous sommes dans le Train de la Liberté, Il se trouve en toi
Les choses posées sur les rails et que toi seul a choisies
Tu es dans le Train de la Liberté, C’est cela la liberté

Il est évident que ces deux chansons demeurent dans le même état d’esprit. Nous avions analysé MAGIC comme un faux-semblant, comme la promesse d’un monde merveilleux permettant d’échapper à un monde en crise, mais ce monde magique était vain, et la chanson finale offrait une porte de sortie de ce monde illusoire. On s’embarquait alors sur le Train de la Liberté et on repartait affronter la dure réalité. « Adieu jours pleins de blessures » s’inscrit donc dans une continuité thématique : partir afin de découvrir un ailleurs ou un nouveau soi-même, pour mieux revenir. Et au fond, à quoi dit-on adieu ? Au matérialisme d’une chambre pleine à craquer de choses futiles, et à un miroir reflétant un égo et un individualisme exacerbé. Quand on associe cette chanson aux terribles images de la catastrophe du 11 mars 2012, on saisit mieux le sens prémonitoire de ces paroles. Et en effet, ces paroles prennent un écho tout à fait singulier :

Adieu jours pleins de blessures
Je vise un monde nouveau
Je ne serai plus ici quand demain viendra

Musicalement, si Freedom Train s’imposait comme un titre hard-rock puissant, Sayonara Kizudarakeno Hibiyo n’est pas en reste. Ce single nous aura surpris par son riff agressif (et quelque peu emprunté à Humans Being d’Eddie Van Halen, ami de Matsumoto au passage). Voilà un titre b’zien sans concession comme on les aime. Surtout, « Sayonara… » marque vraiment le retour des grands solos de Matsumoto. Sa guitare semble reprendre ses droits, ce qui se confirmera par la suite sur Don’t Wanna Lie et C’mon, là où le guitariste semblait s’être effacé sur les singles précédents, n’offrant plus que des solos guitarre trop courts. Ainsi, même si l’on garde un bon souvenir des singles de 2009 tels qu’Ichibu to Zenbu, DIVE et MY LONELY TOWN, on peut affirmer sans crainte que « Sayonara… » leur est largement supérieur.

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Un petit chef-d’oeuvre de clip, ou une parabole de fin du monde, à laquelle on peut résister.

B’z tient avec le clip de son 48ème single un petit chef-d’oeuvre de réalisation faisant oublier les précédents. B’z se plaît depuis MY LONELY TOWN à fréquenter les lieux déserts, Inaba aussi dans le clip de Hadou. Ici, c’est plus que ça. On est témoin d’une sorte de fin du monde nous rappelant furieusement Dragon Ball et le chapitre culte du combat opposant Gokû à Freezer sur la planète Namek en train d’exploser.

Ici, B’z n’affronte pas Freezer mais la manière de jouer de Matsumoto et de chanter d’Inaba évoque un combat. Un combat contre les éléments déchaînés. là encore, le clip a quelque chose de prémonitoire par rapport au 11 mars. Cependant, les deux héros de B’z semblent totalement imperturbables, indestructibles.

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Dawn Runner / Le coureur de l’aube

Je me réveille vers trois heures, frotte mes yeux ensommeillés et lave mon visage
Si mes baskets sont bien attachées, elles me permettront de garder ma vitesse

J’écrase des tas mouillés de feuilles mortes

Je veux me baigner dans le soleil matinal
Et me sentir comme si des parties brûlantes de ma vie étaient en train de fondre
Même si ce n’était que l’illusion de l’autosatisfaction
Je veux me sentir comme si je renaissais

Dans une vie quelque peu nouvelle

Si je prends la voie de la solitude, les autres ne signifieront plus rien pour moi
Rien ne reviendra, ma passion court dans une seule direction

Même si je suis trahi, je m’en moque

Je veux me baigner dans les applaudissements et je veux la gloire
Bien que j’aie de mauvaises intentions
Il est vain de se soucier de ma propre valeur
Car lorsque je cours mes illusions se font secouer

Par une vie quelque peu simple

Je veux me baigner dans le soleil matinal
Et me sentir comme si des parties brûlantes de ma vie étaient en train de fondre
Je n’arrête personne, je n’incite personne
Je dois m’arrêter, ça va pour moi
Alors que des rythmes non troublés me traversent
Je vais voir des choses non vues jusque-là

Dans une vie quelque peu nouvelle
Dans une vie subitement qui déferle

Je veux me baigner dans le soleil matinal

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A propos de Dawn Runner : On a appris que le titre intial était The Runner et surtout que c’était une chanson destinée à l’origine à l’album ACTION. Finalement laissé de côté, ce titre est donc réapparu en face B, le groupe considérant qu’il complétait bien Sayonara Kizudarakeno Hibibyo. Et effectivement, les deux morceaux s’emboîtent à merveille, conférant au disque une atmosphère toute particulière, tout à la fois sombre et emplie de puissance. On peut aujourd’hui se demander pour quelle raison The Runner a été délaissé en 2007, tant ce titre est excellent. ACTION comportait 17 chansons, et on n’aurait aucun mal à remplacer FRICTION -LAP 2- par Dawn Runner. Mais ainsi en va la vie des albums. Leurs concepteurs doivent prendre des décisions qui peuvent paraître étonnantes aux amateurs. Dans le même genre, mais en plus célèbre, on peut penser à la géniale Blind Willie McTell de Bob Dylan, enregistrée en 1983 pour l’album Infidels, écartée par son auteur et redécouverte près de dix ans plus tard sur un album Bootlegs. Cela donne à espérer que B’z possède d’autres petits joyaux en réserve, et qui sait, un jour à la manière du grand Bob, le grand B’z sortira aussi ses bootlegs des cartons, pour notre plus grand plaisir.

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Si Dawn Runner est un régal musical, on se demande si les paroles ne sont pas à l’origine du retrait de l’album ACTION. Même si on se rappelle que le titre Kuroi Seishun, sur le même album, était particulièrement sombre, on doit reconnaître que ce Dawn Runner n’est pour le coup pas une chanson d’espoir comme B’z en a fait souvent. Il est toujours étonnant de voir B’z, groupe pop et rock qui a su conquérir les sommets des ventes de disques, proposer des titres aux textes si peu évidents. Comme souvent, Inaba parvient à nous raconter une histoire avec une situation de départ toujours intelligemment décrite. Quand on réécoute la chanson, on se prend à imaginer ce personnage taciturne se lever vers 3h du matin… et ressasser ses pensées tout au long de sa course…

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Sayonara Kizudarakeno Hibiyo était donc en 2011 le grand single b’zien que l’on attendait, n’enlevant rien aux qualités des singles précédents, mais possédant cette touche, ce fond d’âme supplémentaire qui fait la marque des grands singles. Single historique par son aspect prémonitoire, ce disque restera comme l’une des grandes étapes d’une année 2011 exceptionnelle pour le plus grand groupe du Japon. Quelque temps plus tard devait sortir le 49ème single de B’z : Don’t Wanna Lie, titre quelque peu inattendu, et tout aussi mémorable mais pour d’autres raisons. Ces deux titres devaient être suivis par la fabuleuse chanson titre de l’album C’mon.

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Evidemment, pour tout cela, nous pensons que Sayonara Kizudarakeno Hibiyo devrait arriver en tête des singles de groupes masculins des French J-music Awards. Cela ne sera sûrement pas le cas, mais allons savoir.

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Et restez connectés ! L’année 2012 ne fait que commencer, et si nos pressentiments s’avèrent justes…

Hadou, 4ème album de Koshi Inaba

07 jan 2011 in Critiques

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Le 18 août 2010, Koshi Inaba sortait son quatrième album solo intitulé Hadou. Les trois premiers albums du chanteur de B’z forment un trio tellement bon que nous attentions depuis plusieurs années ce quatrième opus avec une réelle impatience. Quelques mois après sa sortie, nous allons donc en parler un peu.

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Montons dans le train de la liberté avec B'z !!

23 déc 2009 in Critiques

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En 1990, le troisième album de B’z se terminait sur la chanson STARDUST TRAIN. Près de 20 ans plus tard, la poussière d’étoile est toujours présente en nous et c’est dans un nouveau train que B’z nous invite à monter.

Autant le dire tout de suite, nous faisons partie de ceux que le tout nouvel album MAGIC a enthousiasmés. Et nous allons voir pourquoi.

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De bien jolies larmes

05 nov 2009 in Critiques, Traductions

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Alors que nous en étions restés à la « trilogie » Ichibu to Zenbu / DIVE et National Holiday, Tak Matsumoto et Koshi Inaba nous proposent donc un nouveau chapitre dans la longue histoire de leurs singles : MY LONELY TOWN. Voyons cela de plus près.

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ACTION, 16ème album de B'z

14 jan 2008 in Critiques

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Il s’agit donc du 16ème album en 19 ans de carrière pour B’z. L’avenir proche nous dira si leur 20ème année nous réserve un 17ème album…

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