A propos

Traductions, news et critiques sont les trois principaux thèmes abordés sur ce site. Nous espérons que vous y trouverez votre bonheur. N’hésitez pas à revenir, le site se remplira progressivement en contenus et traductions.

1. A propos de B’z : La bataille
2. A propos de B’z : 20 ans en l’an 2008
3. A propos de la traduction
4. A propos de B’z : Tourments
5. A propos de B’z : L’hybridité, les styles B’z et la controverse, et encore le style

A propos de nous :
Il y a tout d’abord un motard qui aime à prendre des photos et qui est devenu maître es web, on l’appelle David, mais il réagit aussi au nom de webmaster.
Il y a l’énigmatique Hermann Suzuki qui aime à faire flotter des oignons sur les cours d’eau en chantonnant les airs de TIME ou de Warp.
Il y a Odon qui après avoir croisé David et Hermann dans un vallon les a emmenés en haut d’un mont où ils ont commencé à regarder la spirale se rapprocher.
Et enfin il y a la princesse aux pieds nus, Sonoko, qui sait garder les pieds sur terre quand tous les autres se sont déjà envolés.

A bientôt,

Odon Vallon & David

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Les autres sites des auteurs :
www.dmasson.fr – Photoblog
Nihon no Shashin – Blog sur le Japon, la photo, les jeux vidéos, etc…

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1. A propos de B’z : La bataille

C’est à l’occasion des vingt ans d’existence de B’z que nous nous proposons de présenter un site de traductions en français pour les francophones curieux de découvrir ce groupe notamment à travers ses textes.

En vingt ans, B’z a battu de nombreux records et a atteint des sommets pour s’y installer durablement, mais ces records et ces sommets demeurent purement japonais. Que B’z soit le groupe ayant vendu le plus grand nombre de disques de tous les temps sur l’archipel, bien loin devant les références internationales anglophones, ne change rien au fait qu’en dehors du Japon et de l’Asie ils reste un groupe quasi inconnu.

Mais un tel phénomène peut-il rester inconnu du monde entier dans cette époque dénommée mondialisation, où tout s’échange et se télécharge sans contraintes ?

Une chose est certaine, si les écrivains japonais ont su se rendre célèbres en Occident, ainsi que leurs homologues cinéastes, impressionnant par leur génie et ayant pour eux cette touche d’exotisme dont les Occidentaux raffolent et qui avait su faire avant eux le succès des estampes, succès aujourd’hui remporté mondialement par les mangas, on ne peut que constater que les musiciens japonais n’ont pas encore dépassé leurs frontières nationales.

Quelle en serait la raison ? En effet, pourquoi lit-on des livres de Mishima, des mangas de Toriyama, pourquoi regarde-t-on des films de Nakata et de Miyazaki et pourquoi n’écoute-t-on pas la musique de Matsumoto ou encore de Nagabuchi ? La question reste entière.

D’autant qu’une firme mondiale telle que Sony, japonaise, surpuissante dans le domaine audiovisuel, ayant racheté une entreprise américaine telle que Columbia et possédant ainsi les droits d’artistes gigantesques tels que Bob Dylan, ne fait rien pour promouvoir la musique japonaise en-dehors de l’Asie. Cela prouve bien que la théorie de l’envahissement programmé de la culture japonaise est infondée et que les Japonais n’exportent dans le domaine culturel que ce que nous importons.

Nous aimons le cinéma ? Nous sommes allés voir ce que les Japonais faisaient. Nous aimons la littérature, idem. Nos rubriques jeunesse pour la télévision manquaient cruellement de contenu ? Nous sommes allés en emprunter et nous sommes nous-mêmes inondés de dessins animés japonais, découvrant par la suite que ces mêmes dessins animés étaient bien souvent adaptés de bandes dessinées, dites manga, et nous aimons la bande dessinée, alors nous avons commencé à importer quantité de mangas.

Sans nos passions, les Japonais n’auraient jamais pris la peine de nous faire part de leurs géniales créations. Sans notre curiosité, les Japonais seraient restés seuls à se faire plaisir entre eux et à oublier entre eux leurs propres classiques.

Mais un domaine a échappé à notre curiosité insatiable, le domaine musical. On trouve bien ici et là dans les douteux bacs « Musiques du monde » quelques disques de musique folklorique, voire folklo, mais qu’en est-il de la vraie musique, de la musique que les vraies gens écoutent dans leur pays ? Cette musique qui passe quotidiennement à la radio et qui fait s’émouvoir ou qui laisse indifférents des millions d’individus ? De cette musique là , les bacs de « Musiques du monde » ignorent tout. Sûrement que dans leur grande indulgence, les penseurs de ce concept se sont dits que cela nous ne intéresserait pas, car, subtil argument maintes fois répété, on ne comprendrait pas les paroles. Ne dit-on pas pourtant de la musique qu’elle est la langue universelle ? N’est-ce pas par elle que les hommes parviennent à communiquer avec les extra-terrestres dans le film « Rencontre du troisième type » de Spielberg ?

Alors oui, je ne comprends pas toujours les paroles de Bob Dylan, aussi bien dans leur forme nasillarde que dans leur fond poétique, mais cela ne m’empêche pas de l’écouter. Car rien n’arrête la fascination. Qu’y puis-je si Dylan me fascine rien que par sa façon d’être en chantant sans même que je comprenne forcément ce qu’il dit ? Alors, pourquoi n’aurais-je pas le droit de me laisser fasciner par des chanteurs japonais dont je ne comprends pas mieux les paroles ?

Il serait difficile d’affirmer que les choses vont changer. La variété internationale reste la chasse gardée des artistes anglophones, et pour découvrir le reste du monde, même mondialisé, il faut batailler.

Alors bataillons.

Nous nous proposons de faire découvrir le groupe B’z que nous aimons particulièrement. Il s’agit d’un duo composé d’un guitariste compositeur et d’un chanteur parolier. Le premier, Takahiro Matsumoto, communément Tak, est l’initiateur du groupe. Alors qu’il jouait déjà régulièrement avec d’autres musiciens dits professionnels dans les années 80, il se lança à la recherche d’un chanteur avec lequel il aurait suffisamment d’affinité pour créer un groupe particulier. C’est alors que la chance frappa à sa porte, comme pour une grande partie des gens talentueux qui réussissent. Un jeune homme du nom de Koshi Inaba et jusqu’alors professeur de mathématiques vint se présenter à lui. On ne parle pas de coup de foudre en amitié, mais il semble que ce soit ce qui s’est produit. Leur entente fut immédiate, ils avaient les mêmes goûts, notamment pour les Beattles ou Led Zeppelin, ils avaient le même rythme et ils avaient la même ambition.

Il existe une myriade d’explications au nom « B’z ». Même si nous connaissons l’originale, nous laissons le plaisir aux curieux de la découvrir par eux-mêmes. Quoi qu’il en soit, le guitariste bientôt numéro Un du Japon et le prof de maths à la voix inimitable allaient devenir célèbres. Le premier aurait fini de jouer pour les autres, et le deuxième en aurait terminé de donner des cours dans un lycée où le proviseur lui reprochait d’avoir les cheveux longs, cela étant contraire au règlement et indigne d’un enseignant modèle.

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2. A propos de B’z : 20 ans en l’an 2008

Vingt ans ont passé et les deux compères sont devenus des modèles de réussite. Leur réussite commerciale est indéniable dans un pays où la production culturelle dépend quasiment systématiquement de la rentabilité. Les singles et les albums se succèdent à un rythme effréné, toujours en suspens dans le top Oricon, tous lancés dans une course-poursuite acharnée et dans une concurrence sans pitié pour ceux qui faiblissent et ceux qui vieillissent. Les artistes suivent le même modèle de société que les autres. Les employés comme les ouvriers travaillent d’arrache-pied, c’est une chose que l’on sait souvent du Japon. Mais c’est toute la société qui est concernée par ce rythme infernal où les individus ne se reposent jamais et prennent rarement le temps de faire le point sur leur existence et sur l’état du pays. Tandis qu’un groupe occidental se tourmentera ou se prélassera après un succès mérité ou non, un groupe japonais repartira de plus belle au charbon, car il n’y a pas de temps à perdre, car le temps, ça aussi c’est bien connu, c’est de l’argent. Le système est pervers. Un musicien qui voudrait faire une pause se verra pressé par sa maison de disques, on lui fera bien comprendre que de lui dépendent nombre de gens travaillant à son service, des musiciens de studio aux vendeurs des supermarchés en passant par le producteur et les publicitaires. Comment prendre une pause dans sa vie alors que tant de gens comptent sur lui ? Il faut alors se remettre au travail, encore et toujours. Récemment, un duo nippo-américain s’est dissout pour cette raison. Après un énorme succès, le Japonais voulait continuer sur la lancée et l’Américain voulait se reposer. Impossible de continuer à deux dans ces conditions. Le Japonais continuera tout seul.

Je me demande toujours quelle peut être la démarche artistique d’une formation musicale lorsqu’elle est en création constante sans jamais s’arrêter ? Car, sans arrêt il semble difficile de posséder du recul sur soi, et ainsi de chercher de nouvelles voies. Les artistes japonais sont-ils alors condamnés à produire sans cesse et sans ligne de progression ?

Cela est bien possible. Et je ne chercherai pas à démontrer que B’z échappe à cette logique. Les évolutions se font dans la durée, par touche. Il n’y a pas de révolution fulgurante, pas de Dylan passant subitement de la guitare accoustique à la guitare électrique, jouant ainsi les icônoclastes, pas de Radiohead passant du summum du rock avec « Ok Computer » au monde de l’électro avec « Kid A ». Les chansons sont à l’image de leurs créateurs, elles ne sont jamais engagées. Elles ne parlent pas de politique ni d’histoire-géographie, et on l’aura compris, pas de mathématiques, même si peu de chansons parlent de cela habituellement dans le monde.

Alors, tout comme on ne demande pas son avis à Monsieur Untel dans la rue, on ne demande pas son avis au chanteur. A-t-il une opinion ? Que pense-t-il de la politique du gouvernement ? Est-il d’accord avec les moeurs et les traditions de sa société ? Nul ne le sait, et nul ne le saura jamais. Le sait-il d’ailleurs lui même ?

Les chansons parlent le plus souvent d’amour, de relations terminées ou sur le point de commencer, à condition que le héros de la chanson suive les conseils du chansonnier. Elles parlent de vie quotidienne qui défile et dont on apprécie certains instant privilégiés. Elles sont le plus souvent pleines d’entrain et de vitalité, loin, bien loin des chansons réalistes à la française. Elles sont pleines d’énergie et parfois de nostalgie, écrites à partir d’un souvenir à la Marcel Proust. La grande ville, sûrement Tokyo ou Osaka, est leur décor de prédilection. C’est dans cette ville que les amoureux vivent leurs aventures et se rappellent leurs souvenirs, parfois quand les lumières de la nuit scintillent. Le chanteur est un citadin qui s’adresse à des citadins. Ils doivent se comprendre même si les deuxièmes ne font pas vraiment attention aux textes des premiers.

Le chanteur est par essence un homme beau, et la chanteuse une femme belle, et ils s’adressent à des gens qui essaient de leur ressembler. Y parviennent-ils ?

Koshi Inaba est beau, très beau, et il chante très bien. Tak Matsumoto est un peu plus banal mais qui peut rivaliser à la guitare avec lui ?

B’z va traverser plusieurs époques jusqu’à aujourd’hui. La fin des années 80, des années kitsch par excellence où les Japonais apprennent à avoir la classe. Mais ils apprennent très vite, et ils vont de plus en plus avoir la classe dans les années 90, jusqu’à devenir des experts dans les années 2000. On ne parle pas plus de problèmes sociaux dans les textes, même s’il y en a de plus en plus dans la société, mais on essaie de suivre la mode. La mode est terrible. Elle rajeunit les stars et fait chanter les femmes à l’identique avec les mêmes voix et les mêmes tons. On se passionne pour les boys bands d’adolescents plus beaux que la moyenne. On se trémousse devant des fillettes en mini-jupes et des jeunes femmes aussi en mini-jupes portant toutes le même sourire légèrement niais et faisant preuve d’une irréductible superficialité.

Qu’advient-il de ceux qui vieillissent ? On les laisse mourir dans leur coin, à moins qu’ils aient assez de ressources.

B’z a connu le succès rapidement, dès sa deuxième année d’existence environ, et ensuite a monté en flèche jusqu’à la fin des années 90 pour ne plus jamais retomber. Sacrée performance.

Mais une question me tourmente. « Que reste-t-il de nos amours ? » chantait Charles Trenet. Alors oui, que restera-t-il de tout cela ? Que restera-t-il de ces centaines de chansons si populaires à l’aube du XXIème siècle ? Les singles vendus par millions tels que « Love Phantom », « Time » ou encore « Itsuka no Merry Christmas » ? Alors que déjà nombre de Japonais que je rencontre me disent ignorer ces titres ou à peine les connaître, qui s’en souviendra dans cent ans ?

Moi sûrement. Et vous peut-être.

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3. A propos de la traduction

Il est courant de dire qu’il n’y a pas de traduction sans trahison, et bien qu’animés par la passion, nous ne pourrons jamais totalement échapper à cette cruelle réalité.

L’auteur de chansons japonais jouit d’une remarquable liberté formelle d’écriture, pouvant faire varier ses textes grâce aux trois systèmes d’écriture que propose la langue japonaise. Ainsi, et même si cela n’a aucune influence sur la prononciation ou le chant, il pourra marquer des nuances sur les mots selon qu’il emploiera telle ou telle écriture. La langue japonaise utilisant aussi couramment l’aphabet latin, l’auteur pourra se saisir de cette quatrième possibilité, avec une liberté totale concernant les minuscules et les majuscules. On trouve ainsi nombre de titres de chansons écrits en majuscules sans que cela semble signifier une insistance particulière. Ainsi, un titre tel que « ALONE » ne devra pas être vu comme plus spécial qu’un autre tel que « Bad Communication ». Et il semble en être de même dans les paroles. Lorsque Inaba écrit « nanchu LOVE! » dans la chanson « love me, I love you », le mot en majuscule pourrait très bien être écrit en minuscule sans qu’il y ait une différence de sens. Il semble qu’il ne s’agisse que d’une simple fantaisie orthographique. Encore, le mot « zéro » de la chanson du même nom sera écrit en katakana, mais il aurait très bien pu aussi l’écrire en hiragana et bien sûr en lettres latines.

Dans une chanson comme « Hadashi no megami », on peut entendre le mot « dareka » signifiant « quelqu’un » et lire en lieu et place le kanji « tanin », c’est-à-dire « autrui ». Comme si quelqu’un en français écrivait le mot « quelqu’un » et précisait à côté entre parenthèses : (dire autrui).

La liberté d’écriture n’est peut-être pas absolue, mais elle est vaste.

Il est évident que cette variation d’écriture dans sa forme ne peut pas réellement se transcrire en français, à l’exception des minuscules et des majuscules de l’alphabet latin.

Il existe bien d’autres difficultés inhérentes à toute traduction. Ici, on se demandera souvent qui parle, de qui l’on parle, de quel sexe il s’agit, étant donné que les genres n’existent pas vraiment en japonais. Après tout, on s’imaginera souvent que le chanteur homme s’adresse à une femme, peut-être la petite amie du narrateur ou du héros de la chanson, mais on pourrait très bien imaginer qu’il s’adresse tout autant à un homme. Il faut alors s’appuyer sur un contexte parfois dur à cerner.

En ce qui concerne les titres, nous ne traduisons pas, à quelques exceptions près, les titres anglais. Souvent compréhensibles pour des francophones contemporains, ils peuvent aussi bien titrer des chansons complètement ou partiellement écrites en japonais comme des chansons entièrement en anglais. Représentant souvent un bilinguisme plus ou moins exotique à l’oreille japonaise, nous tenons à respecter ce bilinguisme du titre.

Les titres se voient souvent répétés à la manière d’un refrain comme dans la chanson « ALONE ». Ainsi, le mot anglais « alone » n’ayant pas de rapport grammatical direct avec les phrases japonaises qui l’entourent, mais étant plutôt scandé, nous préférons le laisser tel quel, respectant de cette façon dans la traduction française le bilinguisme de la chanson japonaise.

Au contraire, nous traduisons « easy come, easy go » qui a un rapport grammatical avec la phrase japonaise tout en laissant le titre à l’identique.

Nous tentons de respecter les strophes et les lignes originales, même s’il arrive que la phrase française impose une inversion pour des raisons de rythme ou simplement de compréhension.

Concernant la ponctuation, nous nous permettons de prendre certaines libertés par rapport au texte original qui en présente rarement. Parfois, une virgule va s’imposer pour que la phrase française prenne sens, là où aucune virgule ne sera visible dans le texte original. Aussi, il est rare de lire des points d’interrogation dans le texte d’origine, mais l’expression interrogative étant fortement ressentie en japonais, ces points d’interrogation s’imposeront donc en français.

Etc…

Evidemment, nous ne revendiquons aucune perfection dans ce genre d’exercice. Et comme cet exercice n’est jamais définitif, notamment dans le domaine littéraire et de la chanson, fût-elle populaire, notre aspiration sera de toujours faire mieux.

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4. A propos de B’z : Tourments

La production artistique japonaise est énorme. Alors que la France se complaît à ressasser des vieilleries des années 70 sur ses ondes et s’extasie devant des rétrospectives spéciales années 80, le Japon, lui, avance impitoyablement en produisant à outrance et en oubliant rapidement.

« Let’s run, run for your life » chante Inaba au début la chanson « RUN ». Mais courir, ou fuir, pour aller où ? Jusqu’où tout cela va-t-il nous mener ? Comme s’il semblait dire : « Nous allons disparaître dans l’oubli, alors autant courir autant que possible et aussi loin que possible »

Après des débuts à la recherche du style, B’z s’impose dès 1990 avec le mini album « Bad Communication » et va monter en puissance jusqu’à l’année 1998 où le groupe battra tous les records de vente d’albums avec «The Best Pleasure », album compilant 13 chansons successivement numéro 1 au top Oricon. Avec plus de 5 millions de disques vendus et presque autant pour la deuxième compilation «The Best Treasure » sortie la même année, le groupe boucle le siècle avec les honneurs. B’z aura marqué les années 90 de son empreinte, notamment avec des singles tels que « Ai no mamani wa ga mamani boku wa kimi dake kizutsukenai », « love me, I love you » ou encore « Koi Gokoro ».

1998 est donc un paroxysme, après 10 ans. Un an avant, Inaba a débuté une carrière solo dans laquelle il va peut-être s’émanciper de son alter-ego Matsumoto qui de son côté avait déjà commencé une carrière personnelle au même moment que B’z.

Qu’en est-il dix ans plus tard, en 2008 ?

Il semble que lorsqu’on atteind le paroxysme il est difficile de savoir quoi en faire. Pourtant B’z parvient à le côtoyer jusqu’en 2003 et l’album « Green » contenant vraisemblablement son dernier très grand single à ce jour « Ultra Soul ».

Le succès du groupe depuis lors semble s’éroder sans pour autant que son piédestal soit encore ébranlé. Quelle en est la raison ? Est-ce la cause au téléchargement illégal qui fait du tort à un groupe qui depuis quinze ans vendait au minimum systématiquement un million d’exemplaires de ses singles et albums à chaque sortie ?

Est-ce une lassitude du public, qui après s’être extasié dans les années 90, est passé à autre chose ? Est-ce que le bel Inaba et le guitar hero Matsumoto sont déjà trop vieux, à peine dépassé la quarantaine ? Est-ce qu’une partie des admirateurs s’est détournée, déçue de l’évolution du groupe, un peu à l’image de mon ami H. Suzuki qui s’expliquera sur le sujet ? Est-ce tout cela à la fois ?

De tous ces tourments, la grande majorité des Japonais se moquent. Fan, admirateur français d’un grand groupe japonais, je continue à me poser seul toutes ces questions auxquelles je finis peu à peu par trouver des réponses. Cela prend du temps, mais cela n’est pas une cause désespérée.

Mais je ne sais ce qui est le plus compliqué. Réussir à faire partager un peu de mes questionnements aux Japonais ou réussir à faire découvrir et apprécier B’z à tous les autres ?

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5. L’hybridité, les styles B’z et la controverse, et encore le style

B’z appartient à un monde musical appelé familièrement J-pop, pour « japanese pop » vraisemblablement. Cette sorte d’appellation, toujours terriblement réductrice, de même que « Variété française », « Variété internationale » ou « Musiques du monde », n’aidera personne à définir ou décrire le style b’zien à quiconque n’en aurait jamais entendu.

En effet, s’il existe des codes communs aux artistes japonais, B’z n’appartient pas pour autant à un moule.
La chanson japonaise dite pop est une production de son temps. Les chanteurs et leurs publics se renvoient des fantasmes et des rêves. L’un d’eux est l’Amérique. Un peu à la façon de ces chanteurs français comme Eddy Mitchell ou Dick Rivers qui dans les années 60 prirent des pseudonymes anglophones et imitèrent leurs modèles américains tout en chantant en français, les Japonais vivent dans un monde hybride, fait de culture ancestrale propre et de culture occidentalo-américaine porteuse de modernité dont la langue véhiculaire serait quasi exclusivement l’anglais.

Ainsi, l’on vit avec le concept d’être « cool ». Ce qui est américain est cool, la vie américaine est cool, l’anglais est cool. On vit dans une société avec des codes originels forts et des sonorités et des mots que l’on aime, mais on leur ajoute un esprit américain cool. Cette Amérique n’a rien à voir avec l’Amérique réelle, elle n’est qu’un fantasme ou un espoir. On vit « à la façon de » tout en vivant de sa propre manière. Cette hybridité se retrouve fortement dans la chanson pop japonaise. Les titres seront très souvent des titres en anglais, et les textes seront parcourus de mots anglais ou d’expressions anglophones. On écrit parfois des chansons entières en anglais en espérant sûrement quelque part qu’elles ressemblent à des modèles du genre occidentaux.

Cependant, l’hybridité ne se fait pas uniquement avec la culture anglophone. En effet, la France a parfois aussi son mot à dire dans cet univers, et il n’est pas rare de trouver des noms à consonnance francophone ou même des noms français. L’exemple le plus célèbre est le groupe très populaire L’Arc en ciel. On trouvera aussi une forte influence gothique dans certaines branches plus ou moins confidentielles où les apparences extravagantes voleront quasiment la vedette à la musique.

Les titres sont variables, tantôt complètement originaux, tantôt repris inlassablement par tout le monde. On ne comptera pas le nombre de chansons dénommées « Run » ou « Tokyo » tandis que « Ai no mamani wa ga mamani boku ha kimi dake kizutsukenai » n’appartiendra qu’à B’z.

B’z est depuis ses débuts dans l’hybridité nippo-américaine et ne cache pas ses aspirations à rouler dans les grandes étendues désertiques rappelant les décors de western et de road-movies. Les premiers clips du groupe se déroulent souvent à New York et ses références sont pour la plupart des artistes anglo-saxons. Ils aiment collaborer avec des guitar heroes tels que Steve Vai qui fut l’initiateur de leur passage sur le boulevard Rock Walk à Hollywood ou encore faire un concert géant à Tokyo avec Aerosmith.

A ce propos, il existe autour de B’z une controverse. En effet, certains disent que B’z se serait toujours contenté de copier les standards internationaux, et ainsi n’aurait aucun talent créatif, son succès étant dû à la qualité originale de ce que le groupe aurait copié.
Mais bien entendu, de telles affirmations sont toujours avancées sans preuves et bien souvent par ceux-là mêmes qui connaissent le moins B’z. Car en effet, s’il y a copie, il faut encore le prouver, et je serais personnellement fort curieux de savoir sur quels standards internationaux, c’est-à-dire occidentaux, les plus grands succès de B’z ont été copiés. On peut prendre comme exemple les dix singles les plus vendus du groupe, dans l’ordre :

Ai no mamani wa ga mamani boku ha kimidake wo kizutsukenai / LOVE PHANTOM / BLOWIN’ / Hadashi no megami / Negai / Don’t leave me / love me, I love you / MOTEL / ZERO / Mienai chikara-INVISIBLE ONE-

Alors oui, on peut dire qu’il y a peut-être un clin d’oeil à « Blowin’ in the wind » de Bob Dylan dans « BLOWIN’ », et pourquoi pas dire en ironisant que « Don’t leave me » est la version japonaise d’une chanson de Jacques Brel…

Il faut se rendre à l’évidence, cette histoire de copie n’est qu’une vaste rumeur qui commence toujours et se perpétue sans cesse avec ce début typique de phrase que les incultes aiment à répéter : « Il paraît que… »

A vrai dire, il faut avouer que B’z est plutôt difficile à cerner dans son style. Comme on l’a dit, le duo s’inscrit complètement dans l’hybridité entre culture japonaise et culture américaine mais oscille toujours entre sonorités rock, voire hardrock, et pop, le tout ressemblant à un feu d’artifice de sonorités diverses.

On retrouvera cependant toujours trois fils conducteurs qui nous feront savoir que l’on écoute B’z : la voix unique d’Inaba, la guitare de Matsumoto qui traditionnellement se permet toujours un passage solo et une construction des chansons basée souvent sur des refrains entraînants.

Ainsi, on dénotera plusieurs styles b’ziens dont la liste et les exemples ci-dessous restent ouverts au débat :

Le style pop propre à B’z : love me, I love you / Easy come, Easy go! / Ultra Soul

Le style rock propre à B’z, avec un goût d’aventure dans la mélodie : The Wild Wind / ARIGATO / Sanctuary…

Le style plutôt hardrock, parfois métal : l’album Brotherhood / Black and White …

Les ballades : Itsukano Merry Christmas / ALONE
(on peut d’ailleurs trouver la plupart d’entre elles sur l’album compilation de ballades Love and B’z)

Les chansons au rythme festif : Yume no Youna Hibi / Koi no Summer Session …

Le blues-jazz : le mini album Friends 2 …

Les débuts : l’album B’z …

Les ballades récentes plutôt commerciales : OCEAN / Eien no tsubasa

Et quelques chansons faisant clairement référence à des groupes chers au duo : Amadare blues rappelant Since I’ve been loving you de Led Zeppelin ou encore la fin de Farewell Song rappelant la fin de Hey Jude des Beatles.

Ces titres pourraient me contredire quant à l’affaire de la controverse, mais ils sont trop rares et ne sont pas à l’origine du succès du groupe pour pouvoir conforter la rumeur.

Aussi une catégorie dénommée E.Style qui consiste en une réécriture en anglais de certaines chansons. L’exemple le plus connu étant Bad Communication et Bad Communication E.Style. Ces versions anglaises ne sont pas forcément des traductions et se distinguent ainsi des chansons écrites directement en anglais comme par exemple Real Thing Shakes, Brighter Day ou encore FRICTION.

A vrai dire, certains affirmeront toujours que B’z n’a pas un impact aussi grand que son succès, essayant de prouver que B’z existe plus grâce à ses références qu’il n’est une référence lui-même pour la production japonaise.

Mais ce serait inexact. Matsumoto par exemple est adulé par nombre de Japonais s’adonnant à la guitare et nombre d’artistes reprennent régulièrement les chansons du groupe. On peut même penser à une chanson du groupe Porno Graffitti dans laquelle le chanteur s’amuse à dire « EASY LOVE! EASY COME! EASY GO! » dans une référence assez nette à la chanson « Easy Come, Easy Go! ».

En réalité, le mystère est ailleurs, il tient surtout au fait que B’z est inimitable. Inaba et Matsumoto forment un concentré d’originalité et d’hybridité dont personne ne peut recopier la formule. Cela vient à la fois de la cutlure très rock des deux artistes et de leur envie de faire des chansons populaires, cela tient aussi à la construction et aux arrangements particuliers de Matsumoto, et surtout à la voix sans égale d’Inaba.

Même s’il n’est pas le seul qui chante bien, que sa voix a évolué depuis 1988 et que d’autres chanteurs hommes se distinguent aussi par des voix originales, tous reconnaissent l’excellence des qualités vocales du chanteur de B’z. Comme le chanteur Gackt qui prétend être né en 1540 et a déclaré un jour que la voix d’Inaba était la meilleure.

Car en effet bien souvent, la production musicale brille par ses voix formatées, surtout en ce qui concerne les voix féminines, si ce n’est pas des voix éraillées en ce qui concerne les voix masculines. Dans tout ce fracas, la voix d’Inaba apparaît souvent comme l’une des plus claires et les plus reconnaissables, et surtout l’une des plus agréables à entendre et à suivre dans sa ligne de chant.

En 16 albums et 44 singles à ce jour contenant autant de faces B à découvrir, B’z a su évoluer. Après avoir trouvé une première direction en 1990 et l’avoir affirmée jusqu’à l’album LOOSE de 1995, l’album rock SURVIVE de 1997 et entre les deux un passage fort appréciable par le blues-jazz avec le mini album Friends 2, le groupe fait un virage vers le rock dur en 1999 avec l’album Brotherhood et gardera une tendance très rock dans les années 2000.

On pourra lui reprocher parfois une trop grande hétérogénéité dans certains albums proposant des directions musicales radicalement différentes, comme par exemple THE CIRCLE dont la sublime chanson du même nom n’aura aucun rapport avec la très b’zienne Fly the flag ou encore BLACK AND WHITE.

Très personnellement, je pourrai aussi reprocher au duo de trop vouloir faire plaisir à ses fans et de ne jamais les oublier, s’empêchant ainsi d’explorer des genres nouveaux dont les fans pourraient avoir peur ou de se lancer à fond dans une direction, même s’il leur est tout de même arrivé de le faire. Ce compromis entre création originale et attente du public me dérange légèrement, car les plus grands artistes ne s’encombrent pas de ce que pense le public, ils créent purement et simplement, provoquant volontairement ou non des remises en question dans la musique même et parfois jusque dans la société. Dylan ne se doutait pas dans les années 60 que le public en viendrait aux mains entre les puristes du folk et les adeptes de l’évolution, entre ceux qui décriaient et ceux qui appréciaient son passage à la guitare électrique…

Mais cela est une autre histoire, et pour l’heure je ne connais pas encore de musiciens japonais ayant participé à l’Histoire, la musique japonaise se contentant essentiellement jusqu’à aujourd’hui, me semble-t-il, de donner du plaisir à une société préoccupée par un quotidien surchargé, la guitare électrique étant plus un objet de distraction que de rébellion…

A suivre

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