B’z, Southern All Stars, Kazuyoshi Saitô et le 11 mars

Mercredi, 11 mar 2015 @ 2:34 | réflexion

Quatre ans.

Il y a quatre ans, jour pour jour, nous faisions part de notre émotion suite à l’un des plus grands tremblements de terre de l’histoire du Japon, mais aussi de nos craintes concernant un éventuel accident nucléaire :

http://www.bznobise.eu/2011/03/11/solidarite-avec-nos-amis-au-japon-2/

Quatre ans plus tard, rien ne va.

Politiquement : deux partis principaux rythment la vie du pays depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, le Jiminto au pouvoir de façon quasi ininterrompue et le Minshuto le principal parti d’opposition.
Les centrale nucléaires ont toutes été installées lorsque le Jiminto était au pouvoir. En 2009, les élections législatives offrent une petite révolution puisque le Jiminto est laminé, permettant au Minshuto d’arriver largement en tête.
C’est alors que survient la catastrophe du 11 mars 2011. Les Japonais reprocheront alors au Minshuto et au premier ministre d’alors, Naoto Kan, sa mauvaise gestion de la crise de Fukushima. Et ils remettront immédiatement au pouvoir le Jiminto emmené par Shinzo Abe en 2012 !

L’un des premiers objectifs d’Abe sera de relancer les centrales nucléaires alors que le gouvernement Minshuto les a toutes mises en veille.

Ensuite, Shinzo Abe, déjà premier ministre une fois entre 2006 et 2007, réussit à obtenir les Jeux Olympiques pour Tokyo en 2020 en déclarant que la situation à la centrale de Fukushima « is under control ». Et là, on a envie de hurler la chanson de B’z « Out of control », parce qu’en réalité rien n’est sous contrôle.

Rien n’est sous contrôle ? En fait si, les médias et la liberté d’expression. En décembre 2014, une loi sur les secrets d’Etat entre en vigueur, stipulant que tout ce qui sera considéré comme relevant du secret d’Etat ne pourra plus être discuté publiquement. Et tout ça sans définir ce qui relève du secret d’Etat ! Dès lors, n’importe quoi peut devenir un sujet interdit !

L’objectif est double : ne plus parler de la catastrophe nucléaire, afin de relancer les centrales et d’en construire de nouvelles. Et surtout, permettre la réalisation du grand projet de Shinzo Abe : la réécriture de la Constitution de 1945, cette fameuse constitution pacifique écrite par les Etats-Unis.
Car Shinzo Abe veut « normaliser » le Japon, et selon lui, un pays « normal » doit posséder une armée, ce qui est en réalité déjà le cas du Japon, mais pas seulement pour se défendre, ce qui est le cas du Japon, mais pour pouvoir intervenir dans le reste du monde (et donc forcément et potentiellement faire la guerre…).

Bref, il n’y a aucun rapport avec B’z, me direz-vous, si ce n’est que B’z est le plus grand groupe du Japon. A ce titre, les deux quincagénaires qui le composent pourraient très bien s’exprimer sur le sujet. Mais il n’en sera rien, comme l’écrasante majorité des artistes du monde de la musique japonaise.

Et ce pourquoi nous écrivons ces lignes, c’est bien parce que B’z a décidé de lancer sa nouvelle tournée EPIC NIGHT le 11 mars 2015, soit quatre ans jour pour jour après la triple catastrophe, et que nous sommes à peu près persuadés qu’aucune référence à ce jour tragique ne sera faite. Par référence, je n’entends pas seulement les très consensuels « Come on », « We’ll be alright » et autres « Courage (fuyons) ! », mais bien une prise de position sur le sujet.

Remarquez, le concert de ce soir nous donnera peut-être tort.

Parmi les artistes japonais de renom qui ont pris position, il y en a quand même deux qui se sont fait remarquer dans le monde de la musique, et c’est tout à leur honneur.

Il s’agit de Kuwata du célèbre groupe Southern All Stars (que nous avions présenté à l’été 2008). Culotté, le trublion sexagénaire n’a pas hésité à critiquer la politique d’Abe directement sur scène et à porter une moustache à la Hitler alors qu’il chantait en direct à la télévision lors de la soirée du Kohaku le 31 décembre dernier !

Ce qui est fou, c’est qu’il aura suffi qu’une bande d’énvervés nationalistes manifeste devant la maison de disques de Southern All Stars pour que le groupe présente des excuses ! Mais des excuses pour quoi ? Qui sont ces gens qui s’arrogent le pouvoir de réclamer des excuses au nom du premier ministre ? A peu près les mêmes que ceux qui viennent dézinguer des dessinateurs simplement parce qu’ils font des dessins qui ne leur plaisent pas.

Autre chanteur courageux, Kazuyoshi Saito, qui rapidement après la catastrophe avait publié sur internet cette chanson « Zutto Uso datta » (Ce n’était que des mensonges) :

C’est sûr que ça a plus de gueule que la gentillette C’mon ! Et pourtant nous adorons C’mon !

Alors évidemment, en solo Inaba a sorti son petit chef-d’oeuvre NENSHO en 2014 dont le clip montre une société japonaise en pleine implosion, pour ne pas dire en pleine guerre civile. Mais tout cela demeure de l’interprétation. Si Inaba voulait délivrer un message (en plus de son autre chanson STAY FREE), alors ce message n’est pas vraiment clair.

Nous finirons par une pensée à l’acteur Tarô Yamamoto que vous aurez peut-être déjà vu dans des films japonais, notamment dans Battle Royale, et qui s’est engagné en politique pour dénoncer le nucléaire. Yamamoto a perdu tous ses contrats et n’a plus joué dans aucun film depuis plusieurs années. Il a fait parler de lui lorsqu’il s’est adressé directement à l’Empereur pour lui faire part des réalités qui touchent le pays. Scandale national. Depuis, les députés du Jiminto n’hésitent pas à dire de lui qu’il est un « terroriste ».

 

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