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Histoire de l’Art

23 avr 2013 in réflexion

Ceux qui nous suivent sur Twitter auront remarqué cette petite affaire provoquée par la chanteuse taïwanaise Yufeng Xiao, laquelle dans un de ses récents morceaux a radicalement réutilisé le piano de Mou Ichido Kiss shitakatta de B’z.

Cela donne ça :

Est-il utile de nous rappeler le titre original ? Allez, rien que pour le plaisir !

Il est intéressant de voir Mou Ichido revenir sur le devant de la scène. La chanson date de 1991 et de l’album In The Life. Même si elle ne fut jamais un single ni même une face B, Mou Ichido Kiss shitakata (Je voulais t’embrasser une fois encore) fait partie des grands classiques du répertoire b’zien.

Alors, la chanson taïwanaise comporte-t-elle un plagiat de la chanson de B’z ? Sûrement, d’une certaine manière, si l’on considère que le plagiat est un vol, c’est-à-dire une reproduction à l’identique d’une oeuvre sans l’autorisation de son auteur.
Néanmoins, on s’accordera pour dire que la chanson en elle-même ne ressemble pas à la chanson de B’z. Il s’agit donc bien d’un plagiat tout à fait partiel.

Certains voient peut-être ou je veux en venir. En effet, il semblerait que nombre de fans de B’z aient mal apprécié ce plagiat d’une de leurs chansons culte. N’ayons cependant pas la mémoire trop subjective. On sait combien B’z aime à reprendre des passages d’autres artistes, Tak Matsumoto s’était fait maître de l’emprunt. Nous avons déjà eu l’occasion à plusieurs reprises d’évoquer ce sujet sur B’z no Bise et de développer notre point de vue : Matsumoto ne plagie pas, il emprunte. C’est-à-dire qu’il prend des bouts de musiques, des bouts de chansons, les modifie, se les réapproprie, et les utilise dans ses chansons.
C’est ainsi que Matsumoto indique ses goûts et ses références, fait des clins d’oeil et rend hommage à ses coups de coeur ou à ses maîtres.
Dans le cas de la chanson taïwanaise plus haut, le problème qui se pose tient au fait que la partie empruntée est identique à l’originale. On sait combien B’z est populaire à Taïwan, on se doute que Yufeng Xiao a grandi en écoutant B’z et leur fait un clin d’oeil à son tour. Mais le clin d’oeil est trop évident, trop criant.

Quoi qu’il en soit, ainsi va l’histoire de l’art, qu’il soit graphique, littéraire, musical ou autre. On n’apprend ni ne se forme sans modèles. On évolue rarement en-dehors de tout courant. Toute création est destinée à être reprise, recopiée, imitée, reformulée, renouvelée.
Dans le cas présent, la chanson taïwanaise est une chanson très réussie. Pour ma part, je l’apprécie beaucoup, et plutôt que de crier au scandale, je prends plaisir à entendre Mou Ichido à l’intérieur d’une autre chanson.

Pour finir, on sait que si B’z a d’innombrables admirateurs au Japon, on ne doit pas non plus oublier quer que c’est un groupe très critiqué. Les « ennemis » de B’z se nomment les Anti-B’z. Quels sont leurs raisons ? Premièrement, l’immense succès de B’z les dérange, il est forcément suspect. Deuxièmement, les Anti doivent être des puristes qui ne supportent pas ce qu’ils appellent « pakuri », à savoir le plagiat, et donc ils ne supportent pas que B’z puisse connaître un tel succès alors que ce n’est pour eux qu’un duo de plagieurs.

Evidemment, nous ne sommes pas du tout d’accord avec ces Anti à la pensée négative et qui ne font jamais aucune nuance entre le plagiat, l’hommage, l’emprunt et la réappropriation artistique. Pour eux, dès que deux notes se suivent et se ressemblent entre deux morceaux, alors il y a plagiat !

Puisque cet article était l’occasion de remettre Mou Ichido Kiss shitakatta à l’honneur, cela m’a rappelé qu’il y a quelques années j’avais découvert qu’un Anti accusait B’z d’avoir copié le titre mondialement connu de Ryuichi Sakamoto, Merry Christmas Mr. Lawrence (du film éponyme de Nagisa Oshima avec Sakamoto lui-même, David Bowie et Takeshi Kitano dans son premier rôle au cinéma).
Je vous laisse juger par vous-mêmes, mais selon moi l’accusation de plagiat était ici de l’ordre de l’acharnement…

Trente ans donc après Merry Christmas Mr. Lawrence, une chanson est critiquée, plutôt à raison, pour en copier une autre de 1991, laquelle avait déjà été critiquée, plutôt à tort, pour copier Merry Christmas Mr. Lawrence. Que les critiques soient fondées ou non, les ressemblances et les impressions de ressemblance sont là. Ainsi va l’histoire de l’Art.