
… qui en réalité n’est pas seul.
C’mon / Allez !
Tandis que je m’éloigne
Les lumières de chez moi s’estompent peu à peu dans le lointain
Mais je n’ai pas oublié ton signe
La façon dont tu t’es retournée vers moi, toi qui m’as soutenu tout ce temps
Même si nous perdons les choses qui nous sont précieuses
Tant que nous nous avons l’un l’autre, alors…
Sourions encore une fois toi et moi mon amour
Cela ne me gêne pas que tu me le dises avec une voix stridente, fais-la-moi entendre
Les occasions ne vont pas cesser de se présenter
Tu peux le prendre en douceur
Alors, allons-y ! C’mon!
Il n’est pas possible de tout faire par soi-même
Il est temps que je te le fasse savoir
A travers le vent me sont parvenus les pleurs de quelqu’un
Vais-je me boucher les oreilles comme toujours ?
Même si je prie en me mettant à genoux, cette époque révolue ne reviendra pas, alors…
Sourions encore une fois toi et moi mon amour
En déshaltérant ces coeurs assoiffés
Les instants précieux commencent maintenant
Il nous reste encore une longue route
Mais ça ira en marchant doucement
Alors, allons-y ! C’mon!
Il n’y a rien de mal à répandre des complaintes
Et si tu es trop fatiguée, alors…
Sourions encore une fois toi et moi mon amour
En déshaltérant ces coeurs assoiffés
Je prends ta main et si nos souvenirs passés
Brûlent encore aujourd’hui, alors nous ne perdrons pas
Alors, allons-y ! C’mon!

A propos de la chanson C’mon : Apparue à l’été 2011, soit quatre mois après le 11 mars, cette chanson fut donc choisie pour être utilisée dans une publicité pour Pepsi, mais aussi et surtout comme chanson d’ouverture de l’album éponyme.
On peut dire que le 11 mars 2011 aura changé le cours de choses. Sans lui, le single Sayonara Kizudarakeno Hibiyo n’aurait pas été repoussé, le 18ème album de B’z ne serait sûrement appelé C’mon, et la chanson elle-même n’aurait sûrement pas vu le jour. Peut-être aurait-elle existé, mais sous une autre forme et surtout avec un autre titre.

D’emblée, C’mon possède une force qui lui est propre. Je me rappelle qu’à la première écoute j’ai eu cette pensée que B’z tenait là un très grand morceau. Si l’on retrouve les ingrédients qui font la marque de B’z, C’mon possède une touche en plus. L’introduction de la chanson s’enracine dans une tradition pop-rock anglo-saxonne à laquelle se mêlent ses aspects b’ziens. Si B’z est justement caractérisé par des mélodies entraînantes et de puissants refrains, lesquels sont amenés par des montées en puissance, C’mon offre la particularité que les refrains sont eux-mêmes des montées en puissance. Dans cette chanson, la libération, le cri de rage, de délivrance, n’arrive qu’au bout d’une minute 31 : Come on!!

Le deuxième “Come on” arrive à 2 minutes 40 et sonne lui-même comme le point de départ du solo de Matsumoto, l’un de ses solos les plus inspirés de ces dernières années. Surtout, ce n’est pas le seul, puisque C’mon se termine en toute beauté sur trois “Come on!!” d’Inaba et un deuxième solo virtuose de Matsumoto, nous rappelant une époque lointaine quand il terminait certaines chansons sur un solo (HOT FASHION ! 1990 !). Ainsi, Matsumoto démontre qu’il a repris les rênes, même s’il ne les avait jamais donnés. Mais entre-temps, il a fait un album génial avec Larry Carlton, avec lequel il a remporté un Grammy Award. On sent bien que la guitare reprend le dessus. Elle semble à nouveau donner le change à Inaba. Elle n’est pas qu’un élément technique indispensable (touche b’zienne oblige), elle raconte une histoire à son tour, se fait le passeur de sentiments que seule une guitare électrique peut transmettre. Le duo B’z fonctionne alors de nouveau à la perfection.

Concernant les paroles, Inaba n’a pas écrit de texte tout à fait singulier qui ferait explicitement référence à la catastrophe du 11 mars. On retrouve des thèmes récurrents chez lui, comme la perte des choses matérielles, fussent-elles précieuses, l’essentiel étant de toujours garder en soi une flamme, que ce soit l’espoir ou l’amour. En réalité, c’est le style d’Inaba qui trouve une résonnance particulière dans ce contexte. Il s’éloigne de chez lui, délaisse sa maison dont les lumières s’estompent. Ces images semblent faire écho aux images de destruction suite au tsunami, mais aussi à l’idée que l’on peut se faire de quelqu’un quittant sa maison car se trouvant dans une zone de radiations. Dans ce cas-là, on part de chez soi en sachant que l’on ne reviendra pas. Mais l’essentiel, ce ne sont pas les murs ni toutes les choses que l’on délaisse derrière soi, c’est bien la ou les personnes que l’on aime et que l’on a près de soi.

Le monde entier s’est étonné du caractère digne des Japonais face au désastre. Les commentateurs les plus lointains ont loué l’extraordinaire force de caractère d’un peuple qui encaisse les coups sans se plaindre, les observateurs plus méticuleux, connaisseurs de ce pays, sauront certainement analyser la situation de manière plus subtile. Cependant, Inaba lui-même semble confirmer cette force de caractère :
“Même si je prie en me mettant à genoux, cette époque révolue ne reviendra pas, alors..”

En effet, il est inutile de pleurer sur ce qui n’existe plus et ne reviendra plus. Il faut se relever et continuer à avancer. Voilà une grande caractéristique japonaise. On oublie tout et repart de zéro. Comme si le fait de vivre en sachant que l’on peut périr d’un instant à l’autre dans un tremblement de terre avait fait de ce peuple un peuple superficiel concentré uniquement sur l’instant présent. Et après tout, si tout est détruit mais que l’on est toujours vivant, c’est bien là le plus important.

Pourtant, Inaba introduit un thème qui revient souvent dans ses textes, à savoir l’individualisme si ce n’est l’égoïsme :
” Il n’est pas possible de tout faire par soi-même
Il est temps que je te le fasse savoir
A travers le vent me sont parvenus les pleurs de quelqu’un
Vais-je me boucher les oreilles comme toujours ?”

Effectivement, dans cette situation, quand tout est détruit et que tout est désespéré, on ne peut plus compter seulement sur soi-même si l’on veut s’en sortir. L’individualiste, s’il veut survivre, doit savoir accepter la main qu’on lui tend. Quand à l’égoïste, il doit aussi apprendre à tendre la main. Inaba, en tant que narrateur, se pose souvent en personne égoïste. Et c’est encore le cas ici. J’entends quelqu’un pleurer, vais-je aller voir ce qui se passe ? Vais-je aider cette personne ? Ou vais, comme à mon habitude, me contenter de fermer les yeux et passer mon chemin ?

Enfin, Inaba est bien conscient que les Japonais vivent à l’instant présent sans trop se soucier du passé. Ce n’est pas pour rien que la chanson se termine sur les souvenirs du passé. S’ils brûlent encore, dit-il, si l’on fait l’effort de se les remémorer, alors on pourra avancer. Car si l’on peut repartir de zéro, on ne peut pas effacer d’un trait d’où l’on vient et ce que l’on a vécu. Tout est détruit, certes, mais il nous reste notre mémoire, et avec un peu de chance l’amour et l’espoir.

A propos du clip : Nous l’avons dit récemment, le clip de Sayonara Kizudarakeno Hibiyo était un petit chef-d’oeuvre. Nous n’avons pas parlé du clip de Don’t Wanna Lie dont l’intérêt essentiel est sa grande réussite formelle. En effet, si Don’t Wanna Lie contient peut-être un message, ce n’est pas le cas du clip. Pour autant, la réalisation et le montage de ce dernier étaient suffisamment réussis pour le rendre excellent.

Qu’en est-il de C’mon ? Ici, il semble bien y avoir quelque chose à saisir, même si ce n’est pas évident. Inaba est seul dans la nature, marchant d’un pas tranquille, alternant le chant et la contemplation de l’espace qui l’entoure. Il n’y aurait qu’un pas pour faire une comparaison avec les romantiques du 19ème siècle. Pendant ce temps, Matsumoto joue enfermé dans une sorte de cube blanc, tout comme le batteur Shane Gaalaas et le bassiste Barry Sparks.

D’ailleurs, on se rend vite compte que des plaques blanches tentent d’enfermer Inaba à son tour, mais en vain. Les trois musiciens ne restent pas non plus enfermés longtemps. A croire que les cubes ne peuvent résister à la force de la musique. Durant le clip, des lignes droites et composées d’angles droits s’échappent des instruments et partent à la recherche d’Inaba qui semble tenir un rôle d’éclaireur. Ces lignes sont accompagnées de chiffres qui défilent à vive allure. Tout cela demeure bien énigmatique.

Quoi qu’il en soit, les trois musiciens parviennent sans peine à sortir de leurs “prisons” désormais décomposées et rejoignent Inaba dans une clairière. A cet instant, ils forment un quatuor. Il est intéressant d’observer qu’à 3 minutes 10, c’est Shane Gaalaas qui relance la chanson d’un coup sur sa batterie. Dans le clip, cela se traduit par une réapparition des lignes qui désormais vont par quatre et de façon courbe. Les chiffres ont disparu. Les quatre hommes se sont retrouvés, la puissance de la musique peut désormais librement s’exprimer. Moralité : l’union fait la force.

Et tout comme dans le clip de Don’t Wanna Lie, Gaalaas et Sparks se voient jouer un rôle assez important, même s’ils restent évidemmment en retrait. Dans C’mon, ils sont de réels acteurs à part entière, montrant bien l’importance que le Canadien et l’Américain occupent aujourd’hui chez B’z.

En conclusion, nous ne considérons pas C’mon seulement comme un excellent titre de B’z, nous le plaçons aux côtés des grands classiques. Selon nous, en plus du contexte tout à fait particulier dans lequel ce morceau a été écrit, C’mon a le potentiel pour devenir une chanson incontournable, à la manière de BAD COMMUNICATION, ultra soul, Hadashi no Megami et tant d’autres. L’avenir nous le dira.


