
Nous allons tout d’abord nous réjouir d’apprendre que les French J-music Awards auront bien lieu cette année, après pourtant la décision de Shito, leur créateur, d’abandonner ce projet. Nous saluerons au passage notre amie Angela qui fait partie de l’équipe ayant repris ce sondage. Puis nous allons immédiatement déplorer l’absence cruelle d’un des albums japonais de l’année parmi les nominés : C’mon de B’z ! Impensable pour nous, évidemment.
Pour autant, on reconnaîtra la bonne idée des organisateurs de limiter le nombre de nominations à 10 ou 12 par catégorie, rendant le sondage plus lisible. On comprendra que dans ces nouvelles conditions, le choix des nominations était difficile. Cependant, si en 2008 on avait seulement regretté l’absence de l’album ACTION, en 2012 on considérera l’absence de C’mon comme une faute. Mais allez, personne n’est parfait. Voyez, C’mon est sorti fin juillet 2011, et B’z no bise n’en a toujours pas présenté de critique début 2012 ! Enfin, nous allons nous réjouir de la nomination du single de l’année, Sayonara Kizudarakeno Hibiyo.
Foncez donc et votez pour le plus grand groupe du Japon qui s’apprête cette année à sortir de ses frontières. Vous avez jusqu’au 2 février !

Sayonara Kizudarakeno Hibiyo / Adieu jours pleins de blessures
J’en ai eu assez de cette situation
Dans laquelle je me trouvais
Ta silhouette est partie, loin, bien loin
Au final j’ai acheté tant de choses non nécessaires
Ma chambre en est pleine à craquer
Quelqu’un pour la nettoyer s’il vous plaît
Adieu jours pleins de blessures
Je vise un monde nouveau
Je ne serai plus ici quand demain viendra
L’adieu est une chose nouvelle et douloureuse
Vole et glisse avec le vent invisible
J’ai réalisé que
Le seul à me blesser,
C’était moi
Oui chérie, c’est vrai, tellement triste
Le miroir est rempli de moi-même
En le regardant j’arrête de chanter des chansons de haine
Et je sors
Adieu jours pleins de blessures
Je vise un monde nouveau
Même si mon premier pas devait être tremblant
Couvert de poussière, il va me falloir connaître l’amour en ressentant le toucher d’autrui
Vole et glisse avec le vent qui te coupe les joues
Adieu jours pleins de blessures
Je vise un monde nouveau
Je ne serai plus ici quand demain viendra
Merci jours pleins de regrets
Je peux le dire maintenant
Les gens ne changent pas si facilement
Mais un jour ils connaîtront l’endroit où ils peuvent retourner
Vole et glisse avec le vent invisible

A propos de Sayonara Kizudarakeno Hibiyo : On avait quitté B’z en 2009 sur l’énormissime chanson de fin de l’album MAGIC : Freedom Train, dont voici le dernier couplet :
Le bonheur ne vient pas de n’importe où
Nous sommes dans le Train de la Liberté, Il se trouve en toi
Les choses posées sur les rails et que toi seul a choisies
Tu es dans le Train de la Liberté, C’est cela la liberté
Il est évident que ces deux chansons demeurent dans le même état d’esprit. Nous avions analysé MAGIC comme un faux-semblant, comme la promesse d’un monde merveilleux permettant d’échapper à un monde en crise, mais ce monde magique était vain, et la chanson finale offrait une porte de sortie de ce monde illusoire. On s’embarquait alors sur le Train de la Liberté et on repartait affronter la dure réalité. “Adieu jours pleins de blessures” s’inscrit donc dans une continuité thématique : partir afin de découvrir un ailleurs ou un nouveau soi-même, pour mieux revenir. Et au fond, à quoi dit-on adieu ? Au matérialisme d’une chambre pleine à craquer de choses futiles, et à un miroir reflétant un égo et un individualisme exacerbé. Quand on associe cette chanson aux terribles images de la catastrophe du 11 mars 2012, on saisit mieux le sens prémonitoire de ces paroles. Et en effet, ces paroles prennent un écho tout à fait singulier :
Adieu jours pleins de blessures
Je vise un monde nouveau
Je ne serai plus ici quand demain viendra
Musicalement, si Freedom Train s’imposait comme un titre hard-rock puissant, Sayonara Kizudarakeno Hibiyo n’est pas en reste. Ce single nous aura surpris par son riff agressif (et quelque peu emprunté à Humans Being d’Eddie Van Halen, ami de Matsumoto au passage). Voilà un titre b’zien sans concession comme on les aime. Surtout, “Sayonara…” marque vraiment le retour des grands solos de Matsumoto. Sa guitare semble reprendre ses droits, ce qui se confirmera par la suite sur Don’t Wanna Lie et C’mon, là où le guitariste semblait s’être effacé sur les singles précédents, n’offrant plus que des solos guitarre trop courts. Ainsi, même si l’on garde un bon souvenir des singles de 2009 tels qu’Ichibu to Zenbu, DIVE et MY LONELY TOWN, on peut affirmer sans crainte que “Sayonara…” leur est largement supérieur.

Un petit chef-d’oeuvre de clip, ou une parabole de fin du monde, à laquelle on peut résister.
B’z tient avec le clip de son 48ème single un petit chef-d’oeuvre de réalisation faisant oublier les précédents. B’z se plaît depuis MY LONELY TOWN à fréquenter les lieux déserts, Inaba aussi dans le clip de Hadou. Ici, c’est plus que ça. On est témoin d’une sorte de fin du monde nous rappelant furieusement Dragon Ball et le chapitre culte du combat opposant Gokû à Freezer sur la planète Namek en train d’exploser.
Ici, B’z n’affronte pas Freezer mais la manière de jouer de Matsumoto et de chanter d’Inaba évoque un combat. Un combat contre les éléments déchaînés. Là encore, le clip a quelque chose de prémonitoire par rapport au 11 mars. Cependant, les deux héros de B’z semblent totalement imperturbables, indestructibles.






Dawn Runner / Le coureur de l’aube
Je me réveille vers trois heures, frotte mes yeux ensommeillés et lave mon visage
Si mes baskets sont bien attachées, elles me permettront de garder ma vitesse
J’écrase des tas mouillés de feuilles mortes
Je veux me baigner dans le soleil matinal
Et me sentir comme si des parties brûlantes de ma vie étaient en train de fondre
Même si ce n’était que l’illusion de l’autosatisfaction
Je veux me sentir comme si je renaissais
Dans une vie quelque peu nouvelle
Si je prends la voie de la solitude, les autres ne signifieront plus rien pour moi
Rien ne reviendra, ma passion court dans une seule direction
Même si je suis trahi, je m’en moque
Je veux me baigner dans les applaudissements et je veux la gloire
Bien que j’aie de mauvaises intentions
Il est vain de se soucier de ma propre valeur
Car lorsque je cours mes illusions se font secouer
Par une vie quelque peu simple
Je veux me baigner dans le soleil matinal
Et me sentir comme si des parties brûlantes de ma vie étaient en train de fondre
Je n’arrête personne, je n’incite personne
Je dois m’arrêter, ça va pour moi
Alors que des rythmes non troublés me traversent
Je vais voir des choses non vues jusque-là
Dans une vie quelque peu nouvelle
Dans une vie subitement qui déferle
Je veux me baigner dans le soleil matinal

A propos de Dawn Runner : On a appris que le titre intial était The Runner et surtout que c’était une chanson destinée à l’origine à l’album ACTION. Finalement laissé de côté, ce titre est donc réapparu en face B, le groupe considérant qu’il complétait bien Sayonara Kizudarakeno Hibibyo. Et effectivement, les deux morceaux s’emboîtent à merveille, conférant au disque une atmosphère toute particulière, tout à la fois sombre et emplie de puissance. On peut aujourd’hui se demander pour quelle raison The Runner a été délaissé en 2007, tant ce titre est excellent. ACTION comportait 17 chansons, et on n’aurait aucun mal à remplacer FRICTION -LAP 2- par Dawn Runner. Mais ainsi en va la vie des albums. Leurs concepteurs doivent prendre des décisions qui peuvent paraître étonnantes aux amateurs. Dans le même genre, mais en plus célèbre, on peut penser à la géniale Blind Willie McTell de Bob Dylan, enregistrée en 1983 pour l’album Infidels, écartée par son auteur et redécouverte près de dix ans plus tard sur un album Bootlegs. Cela donne à espérer que B’z possède d’autres petits joyaux en réserve, et qui sait, un jour à la manière du grand Bob, le grand B’z sortira aussi ses bootlegs des cartons, pour notre plus grand plaisir.

Si Dawn Runner est un régal musical, on se demande si les paroles ne sont pas à l’origine du retrait de l’album ACTION. Même si on se rappelle que le titre Kuroi Seishun, sur le même album, était particulièrement sombre, on doit reconnaître que ce Dawn Runner n’est pour le coup pas une chanson d’espoir comme B’z en a fait souvent. Il est toujours étonnant de voir B’z, groupe pop et rock qui a su conquérir les sommets des ventes de disques, proposer des titres aux textes si peu évidents. Comme souvent, Inaba parvient à nous raconter une histoire avec une situation de départ toujours intelligemment décrite. Quand on réécoute la chanson, on se prend à imaginer ce personnage taciturne se lever vers 3h du matin… et ressasser ses pensées tout au long de sa course…

Sayonara Kizudarakeno Hibiyo était donc en 2011 le grand single b’zien que l’on attendait, n’enlevant rien aux qualités des singles précédents, mais possédant cette touche, ce fond d’âme supplémentaire qui fait la marque des grands singles. Single historique par son aspect prémonitoire, ce disque restera comme l’une des grandes étapes d’une année 2011 exceptionnelle pour le plus grand groupe du Japon. Quelque temps plus tard devait sortir le 49ème single de B’z : Don’t Wanna Lie, titre quelque peu inattendu, et tout aussi mémorable mais pour d’autres raisons. Ces deux titres devaient être suivis par la fabuleuse chanson titre de l’album C’mon.

Evidemment, pour tout cela, nous pensons que Sayonara Kizudarakeno Hibiyo devrait arriver en tête des singles de groupes masculins des French J-music Awards. Cela ne sera sûrement pas le cas, mais allons savoir.



Et restez connectés ! L’année 2012 ne fait que commencer, et si nos pressentiments s’avèrent justes…