Montons dans le train de la liberté avec B'z !!

Mercredi, 23 déc 2009 @ 20:40 | Critiques

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En 1990, le troisième album de B’z se terminait sur la chanson STARDUST TRAIN. Près de 20 ans plus tard, la poussière d’étoile est toujours présente en nous et c’est dans un nouveau train que B’z nous invite à monter.

Autant le dire tout de suite, nous faisons partie de ceux que le tout nouvel album MAGIC a enthousiasmés. Et nous allons voir pourquoi.

Ceci sera une première critique puisque nous n’avons pas encore toutes les traductions, les textes donnant tout son sens à l’album.

17ème album de B’z en 21 ans, MAGIC clôt les années 2000 débutées, en fonction des points de vue, avec Brotherhood en 1999 ou ELEVEN en 2000. Les prédictions parlent d’un nouvel album solo de Koshi Inaba pour 2010, ce qui laisse sérieusement penser que Tak Matsumoto ne sera pas en reste lui non plus, lui qui est bien plus prolifique que son chanteur. Donc, nous considérerons bien MAGIC comme un album de fin de décennie, en phase avec notre interprétation du single MY LONELY TOWN et de la pochette de l’album, à savoir que cet album témoigne d’un tournant dans l’Histoire et d’une évolution ou non de l’humanité dans les temps à venir.

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Formellement, que pouvions-nous redouter de la part de B’z ? Nous pouvions redouter un moindre mal comme des versions alternatives de ses singles, versions alternatives souvent peu convaincantes tant les différences avec les versions originales sont peu évidentes. Les exemples sont légion, encore ces dernières années : FRICTION, Shoudou, ultra soul etc Et puis on pouvait redouter une trop grande hétérogénéité des morceaux, qui même si elle correspond quelque part à l’idée de B’z qui consistait à faire la musique que Matsumoto aime de A à z ne pouvait que nuire aux albums. L’exemple le plus criant de ces dernières années étant THE CIRCLE qui débutait avec une chanson éponyme sensationnelle laissant présager un album plein de mystère et de nouvelles sonorités, et qui en fait présentait un éventail des capacités du groupe, avec un single festif, Ai no Bakudan, et même une chanson de fin en anglais, certes de qualité mais bien inférieure au reste du disque, Brighter Days.
Cette année heureusement, les singles étaient tous très bons, on ne pouvait donc pas craindre d’erreur commerciale telle que la présence d’OCEAN à la fin de l’album MONSTER, et ce en version alternative ! MONSTER, album solide et encore un zeste hétérogène, aurait dû se terminer en beauté avec Ashita mata Hi ga noborunara mais se voyait rajouter le grand succès de l’année 2005, OCEAN, usé jusqu’à la corde entre le single et The Best Pleasure 2 (sans compter que l’on retrouve cette chanson sur The Best ULTRA Pleasure ). A la limite, ce single un peu lourd aurait pu être ajouté comme bonus track, mais non, il terminait tout à fait officiellement MONSTER, ce qui paraissait aberrant.

En 2007, B’z proposait un album de grande classe, ACTION, dont nous avions dit qu’il assumait parfaitement sa durée, même si l’on pourrait l’envisager en version courte. Tenez, voici une proposition : 1- Junjou ACTION 2- Kuroi Seishun 3- SUPER LOVE SONG 4- Perfect Life 5- Isshin Furan 6- ONE ON ONE 7- Warui Yume 8- HOMETOWN BOY’S MARCH 9- Koubou 10- Travelling Men no Thema 11- Ore to Omae no atarashii Kisetsu 12- BUDDY

Eien no Tsubasa, plus faible que la moyenne (même si je sais que tout le monde ne partage pas cet avis) et FRICTION, pourtant bonne face B et bonne chanson de jeu vidéo (et dont la version concert du Secret Live 2007 visible avec ULTRA Treasure est excellente) faisaient d’ACTION un album imparfait.

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Alors, rien de tout cela dans MAGIC. Si l’album ne peut pas forcément prétendre détrôner Brotherhood à la première place de l’homogénéité, il n’empêche qu’il se tient parfaitement de bout en bout. Et d’ailleurs, l’excellente interview consacrée à B’z dans le magazine Rolling Stone nous dévoile un élément intéressant, quand Inaba déclare que même si aujourd’hui de plus en plus de gens téléchargent les albums de manière désordonnée (c’est-à-dire une chanson par-ci, une autre par-là ), ils espèrent tout de même qu’il y en aura toujours qui écouteront leurs albums en entier du début à la fin, car pour eux l’ordre des chansons possède un sens, un album s’écoutant comme une histoire avec donc un début et une fin.

Quel plaisir de lire ça ! Car cela confirme bien que même un groupe prolifique comme B’z accorde une place au sens et ne se contente pas d’enchaîner chanson sur chanson dans un monde où les albums ne seraient plus que des compilations, dans un monde où les best-of sont ce qui se vend le plus. On considère que le premier album pensé comme une oeuvre à part entière, dont chaque chanson prendrait tout son sens à une place bien déterminée, est Blonde On Blonde de Bob Dylan sorti en 1966, véritable chef-d’oeuvre, et je suis heureux de constater qu’en 2009 B’z s’inscrit toujours dans cette culture de l’album qui s’écoute comme on lit un livre.

Et d’ailleurs, jamais jusque-là aucun album de B’z ne pouvait autant que MAGIC prétendre être un album concept. Bien entendu, on n’ira pas jusqu’à faire des comparaisons avec de grands albums historiques tels que Dark Side of the Moon ou The Wall des Pink Floyd, mais MAGIC est indéniablement un album concept.

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La crise gronde partout ? La crise financière et la crise du disque ? Alors c’est le moment de passer à l’action. Le débat sur la dématérialisation du disque est loin d’être fini, et c’est justement maintenant que B’z propose un disque objet remarquable. Même si l’on peut émettre des réserves sur la beauté de la pochette (nous en avons déjà fait une petite analyse) et même si l’on peut affirmer que la musique sera toujours immatérielle par nature, on ne peut pas négliger le soin accordé à la pochette de MAGIC. Elle propose en effet une ouverture en plusieurs volets, telle une véritable boîte magique ou encore un tiroir à secrets se déployant d’ailleurs des quatre côtés à la façon d’une étoile. Et là encore, rien n’est anodin. L’arbre s’ouvrant sur une lourde porte en bois fermée, s’ouvrant elle-même sur une porte ouverte laissant apparaître un chemin de lumière vers un horizon lumineux. Un horizon radieux ?

Quand la porte ouverte laisse la place au disque en lui-même, le guitariste et le chanteur ont disparu de l’image qui est pourtant la même que celle de la pochette Ils sont sûrement à l’intérieur du CD Et quand on détache le disque, c’est une flamme qui apparaît, sans combustible et sans fumée

Mille détails fleurissent. L’arbre mort ou endormi est habité par deux couples d’oiseaux. Auriez-vous une idée de l’espèce ? En fait l’arbre n’est pas mort. Une ultime pomme pend à l’une de ses branches. Elément superflu au premier abord, pourtant élément unique. Ce pommier serait-il celui de l’Eden, serait-il le pommier du Paradis des grandes religions monothéistes ? Cet arbre dont Eve a croqué la pomme et l’a fait goûter à Adam ? Ou sans aller jusque-là cet arbre symbolise simplement un paradis perdu, un âge d’or où tout semblait possible et réalisable ? Cette pomme est-elle alors le dernier fruit s’apprêtant à tomber puis à pourrir ou bien est-il déjà le symbole d’une renaissance ? Car la pomme se trouve bien du côté éclairé de l’image, du côté du jour qui revient, ce même jour que l’on voyait apparaître dans le clip d’Ichibu to Zenbu

La vie n’est que cycles successifs, et la pochette de l’album en est une belle illustration. Si on la fait tourner à 360°, on constate que l’image ne se termine jamais. On peut en faire le tour comme on peut faire le tour du monde en allant « tout droit ». Notre monde n’est pas infini, il est bel et bien fini. Rien ne se perd, rien ne se créé. Mais il est usé, à bout de souffle avec des ressources amoindries à cause de l’exploitation insensée des hommes dont le clip de MY LONELY TOWN témoigne avec force.

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La place occupée par Matsumoto et Inaba est aussi intéressante. On les trouve dans trois positions différentes. Une première fois debout adossés contre le bus, une deuxième fois assis (pour Matsumoto) et allongé (pour Inaba) dans la prairie. Je ne sais pas si Matsumoto incarne le côté sombre de B’z, étant donné qu’il se trouve du côté nocturne de l’image tandis qu’Inaba se trouve du côté diurne. Cependant, même si Matsumoto est le chef du groupe, il apparaît comme plus discret à côté de son compagnon. Les concerts le prouvent souvent, c’est bien le chanteur qui s’exprime, que ce soit par le chant ou dans les textes, mais aussi lorsque B’z s’adresse au public, c’est lui qui parle, Matsumoto restant souvent en retrait. Mais il n’en demeure pas moins que Matsumoto est le vrai chef en coulisse En tout cas, tous deux semblent attendre, Matsumoto regardant plus ou moins dans notre direction, Inaba écoutant quelque chose (mais quoi ?) avec un casque On les retrouve enfin dans l’image inversée de la plaquette qui se déplie vers le bas, debout, Matsumoto ayant retrouvé sa guitare inséparable et Inaba habillé chaudement. Tous deux regardent vers le ciel jaune et rouge. Est-ce un ciel de crépuscule ou de fin des temps ? Sont-ils sur le départ ou viennent-ils tout juste d’arriver là ?
Dans ces trois positions, on retiendra peut-être surtout la première. Même si ce n’est pas la première fois que Matsumoto et Inaba sont photographiés de face sur une pochette d’album (on pense à THE CIRCLE, LOOSE, SURVIVE, BAD COMMUNICATION et bien d’autres exemples), jamais leur regard n’avait autant semblé nous concerner et nous emmener avec eux (même si en réalité ici seul Inaba nous regarde, mais Matsumoto nous fait face lui aussi).

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Le titre de notre article précédent était « B’z au pays des merveilles ». C’est donc bien une histoire qui se joue et que nous essaierons d’analyser plus en profondeur quand nous serons en mesure de proposer toutes les traductions de l’album.

L’album débute par une introduction sommairement appelée Introduction. Ce n’est pas la première fois, on se rappelle le I de ELEVEN ou encore spirit loose de LOOSE. On pense aussi à des chansons telles que THE CIRCLE, première chanson de l’album du même nom, ou aussi Junjou ACTION de l’album ACTION, ces titres prenant un sens bien particulier. Mais ici, cette Introduction prend un sens plus grand. Ici l’Introduction est en effet un court extrait alternatif de la chanson titre MAGIC. Si elle introduit l’album, elle introduit à l’avance la chanson du même nom, soulignant combien la chanson MAGIC est centrale dans l’album. Le mot magie est bien la clef de tout. A propos, cette lourde porte en bois serait-elle fermée à clef ?

DIVE fait logiquement suite à l’introduction. Dans le single, cette chanson était intéressante associée à Ichibu to Zenbu et National Holiday. Cette fois, son titre nous invite clairement à plonger, peut-être juste après ouvert la porte, dans ce monde merveilleux. Nous rappelons combien le « La la la la la » d’Inaba nous fait penser à un Petit Chaperon Rouge parti sur les chemins de son conte. Tiens, Inaba ne porte-t-il pas une capuche dans la troisième position ? Tout cela devient fort intéressant Mais on ne doit pas se faire de soucis pour lui ni pour son compère à guitare, ils ne sont sûrement pas partis voir leur Mère Grand. Inaba propose dans sa chanson de changer d’air et comme nous l’avions expliqué, hurle à la façon d’une petite fille qui taperait du pied en disant « Ce n’est pas ce que je veux !! »
C’est cela, ce monde pourri n’est pas ce qu’ils veulent, plongeons et allons voir ce que nous trouvons derrière la porte, là -bas à l’horizon

Cependant, tout n’est pas si simple et il ne va pas falloir s’attendre à ce que tout soit reluisant. On a déjà évoqué l’habitude, ou la manie, de Matsumoto, d’emprunter des bouts de chansons ici et là , que certains considèrent comme du plagiat mais que l’on peut réellement considérer comme des emprunts puisqu’au final aucune chanson de B’z ne peut être considérée comme une copie d’aucune autre chanson, Matsumoto s’appropriant des parties de chansons comme si toute la musique créée jusque-là était de la matière brute dont on peut se servir pour créer de nouvelles chansons.
Ainsi, le début de Time Flies rappellera à certains Beat It de Michael Jackson. Acceptons cette idée. Tout d’abord, on peut se satisfaire du fait que Matsumoto n’ait pas fait un emprunt trop évident, comme c’était le cas dans cette chanson pourtant géniale qu’est Perfect Life. Donc on ne parlera pas ici d’emprunt, mais bien de clin d’oeil à la chanson la plus rock du Roi de la pop, et pourquoi pas d’hommage, car le temps passe et indubitablement entraîne tout un chacun dans son sillon. Michael Jackson, ultra star des années 80, quand B’z naissait tout juste, n’a sûrement pas pu laisser indifférent le plus grand duo rock du Japon. Même si leurs trajectoires sont très différentes, entre un gamin exploité à la gloire fulgurante puis déclinante et deux jeunes hommes talentueux et minutieux préparant chaque étape de leur gloire avec soin, faisant de la durée dans le temps un défi permanent. Alors oui, le temps passe, et chacun lui résiste à sa manière, comme il peut. Michael Jackson, aussi grand fût-il, s’est laissé faucher de façon tragique. B’z, trop conscient du danger de l’excès, avance pas à pas, sans jamais fléchir, devenant l’unique groupe japonais capable de durer plus de 20 ans au sommet là où tous les autres deviennent confidentiels quand ils ne périclitent pas.
Michael Jackson nous a quittés, mais son esprit vogue peut-être quelque part dans ce monde merveilleux dont nous avons ouvert la porte quelques minutes auparavant

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La porte ouvre sur un chemin de lumière qui nous mène vers une ville dont on ne sait pas si elle est en construction, en reconstruction après un séisme ou bien à l’abandon. Pourtant, la chanson qui suit est sans équivoque, MY LONELY TOWN, dont le clip est lui aussi sans équivoque. Notre voyage vers la magie ne se fera pas sans réminiscence, sans survol d’un monde dévasté. Mais pas seulement, MY LONELY TOWN que nous avons traduit par Ma Ville Solitaire mais que nous pourrions aussi traduire par Ma Ville de Solitude (ce qui serait peut-être mieux vu) nous parle de la solitude des grandes villes, des mégalopoles, des sociétés aux millions d’individus qui se croisent sans se parler, sans communiquer, faisant de la chanson BAD COMMUNICATION encore et toujours un hymne de l’incommunicabilité. Trouverons-nous dans ce monde merveilleux, dans ce paradis perdu, des êtres avec lesquels il nous sera simplement possible de parler ?

long time no see n’est donc pas un titre au hasard. A la fin de MY LONELY TOWN, le chanteur disait :
Si tu ne peux pas rester ici pour toujours
Alors mieux vaut que tu partes en voyage
Mais je suis sûr que tu reviendras un jour

Aussi, à la fin de Kireina na Namida, face B de MY LONELY TOWN, il disait :
Lorsque nous nous reverrons
La déesse te sourira sûrement

Le temps des retrouvailles serait-il venu ? Et même, cette déesse serait-elle une vision de ce monde magique que nous sommes en train de parcourir ?

Ichibu to Zenbu est une discussion qui commence par cette phrase provocante :
Tu ne connais seulement qu’une partie de moi
Après tous ces voyages de par le monde, après ces retrouvailles, la relation serait-elle toujours aussi ardue ? En tout cas, le chanteur en profite pour faire valoir son point de vue sur l’existence. Le temps d’une chanson il se ferait presque philosophe en quête de vérité :
On ne se rend pas compte que tout est une partie de quelque chose
Si tu as trouvé des raisons d’aimer
Ne les laisse plus s’échapper
Avoir une chose que l’on aime jusqu’au bout est bien suffisant

PRAY nous rapproche de l’instant magique, d’une possible divinité. La montée en puissance musicale semble le confirmer. Avoir franchi le seuil de ce monde merveilleux ne suffirait peut-être pas, peut-être faudrait-il prier afin d’y accéder enfin véritablement.

En effet, la chanson centrale, la chanson titre, apparaît à ce moment précis. MAGIC. Nous sommes désormais à mi-parcours et en plein milieu de notre aventure. Inaba s’adonne à son harmonica de prédilection, ce qui n’est pas sans évoquer sa chanson O.NO.RE. B’z est au sommet de son art. C’est la confirmation d’une synthèse commencée en amont dans l’album, sûrement avec long time no see.

Quelle synthèse ? Si l’on considère MAGIC comme un album de fin de décennie et de cycle, on ressent combien il fait la synthèse entre le B’z des années 2000 qui donnait la part belle à un rock plus simple, plus rapide et agressif symbolisé par un certain nombre de singles comme giri giri chop Shoudou, SUPER LOVE SONG, BURN-Fumetsu no Face- et récemment DIVE et le B’z des années 90 qui se ressentait comme une musique plus joyeuse, plus mélodieuse et peut-être plus chaleureuse. Mayday! nous redonne à entendre trompettes, saxophone et trombone, ces instruments qui nous ont donné tant de plaisir dans des chansons culte telles que Wonderful Opportunity, love me, I love you et bien d’autres ! Ces instruments n’ont jamais disparu de l’univers b’zien, on a toujours en tête Koi no Summer Session en 2006 ou HOMETOWN BOY’S MARCH en 2007 mais l’utilisation de ces instruments rappelle ici bien plus les années 90.
Mayday! est un pur moment de bonheur jazzy qui donne envie de danser comme au bon vieux temps de Wonderful Opportunity et love me, I love you. Cette chanson dans laquelle Inaba appelle à l’aide en répétant le mot SOS ressemble à un moment de panique euphorique, comme si nous découvrions enfin vraiment ce monde merveilleux et que nous étions pris dans un tourbillon de folie.

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Il nous faut alors un temps de répit avant que cela ne reparte de plus belle. Les infimes larmes de TINY DROPS semblent faire écho aux jolies larmes de Kireina na Namida. L’euphorie s’estompe subitement et laisse la place à la mélancolie. Evidemment, on se doutera qu’une ballade de ce calibre fait partie du cahier des charges d’un groupe à succès qui se doit d’en offrir une à son vaste public, d’autant plus que les Japonais en raffolent. Si TINY DROPS est fort agréable, notamment dans les lignes de chant d’Inaba, elle n’échappe pas au sentiment de prévisibilité qui caractérise les ballades b’ziennes de ces dernières années, avec notamment des refrains intéressants mais un peu trop évidents. Matsumoto devrait ne plus faire que des ballades quand il le sent vraiment et non suivre une quasi obligation professionnelle Mais cette chanson mérite tout de même sa place sur cet album et la guitare de Matsumoto n’est pas sans nous rappeler FRIENDS II, entre autres, de la décennie précédente. A la fin de la chanson on entend « sayonara ». Faut-il déjà se séparer de cette personne que nous venons à peine de retrouver ?

En tout cas, la folie peut reprendre son cours ! Darenimo iene, « J’peux le dire à personne » oeuvre de nouveau à la synthèse avec de formidables percussions et un Inaba qui se la joue magnifiquement voyou au grand coeur en changeant plusieurs fois de registre vocal. Mais qu’est-ce qu’il ne peut pas dire ? Quel est donc ce secret ? Quelque chose qu’il aurait vu là -bas dans ce monde enchanté ou bien le seul fait qu’il s’y trouve ? Personne ne le croirait, car les gens sont toujours incrédules et le prendraient pour un fou ?

Yume no nakade Aimashou propose à son tour trompettes, saxophone et trombone. « Rencontrons-nous dans les rêves » semble être une invitation joyeuse après maints rebondissements. Mais il faudra finalement trancher : resterons-nous dans ce monde enchanté ou irons-nous voir ailleurs ? A la fin, dans les paroles non écrites, le chanteur s’écrie en anglais qu’il veut entendre, qu’il veut toucher, qu’il veut sentir, c’est-à-dire retrouver la réalité des sensations.

Et le clou de l’album est à venir, c’est la chanson finale, la conclusion géniale qui répond au nom de Freedom Train. Le mot clé de l’album était la magie, le maître mot est désormais la liberté ! Sont-ils arrivés jusqu’ici en avion puis en bus ? Ont-ils franchi le seuil de la porte à pieds ? En tout cas ils repartiront en train, dans le train de la liberté ! Vite vite ! Il n’y a plus de temps à perdre dans ce monde enchanté qui s’est avéré finalement n’être qu’un leurre, qu’une illusion. Il faut repartir, retrouver la liberté chérie de la réalité, même pourrie, retrouver notamment la route des concerts. D’ailleurs la tournée de 2010 s’intitule Ain’t No Magic, « il n’y a pas de magie », comme une baffe infligée directement au sortir d’un rêve. Le logo de la tournée est une image brisée, symbole de l’inexistence de la magie. Pendant la chanson, Inaba s’adresse directement à ceux qui l’écoutent, en arrière-plan sonore, ce qui le rend difficile à comprendre. Il nous exhorte en parlant de liberté, ce n’est plus seulement de la musique mais bien un message aux accents rock.

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Le splendide livret nous montre Matsumoto et Inaba à l’intérieur du bus et un détail nous trahit où se situe ce décor. En effet un journal LA Weekly nous fait comprendre que le duo se trouve aux Etats-Unis, pays mythique pour les rockers du monde entier et pour les rockers japonais, en Californie où le duo a même sa plaque sur le Boulevard RockWalk. Cette ville que l’on aperçoit en arrière-plan sur la pochette serait donc peut-être Los Angeles, capitale de l’Etat le plus endetté des Etats-Unis… Quoi qu’il en soit, une fois n’est pas coutume, le guitariste et le chanteur ont abandonné leurs allures de stars, qui par définition ont toujours l’air sérieux, et nous offrent des airs parfaitement décontractés et naturels, donnant l’impression qu’ils sont sincèrement heureux. Et si c’était là la vraie magie ? La magie de l’amitié et de la fraternité ?

MAGIC s’affirme comme un solide album concept (mais il faudrait analyser tous les autres pour s’assurer qu’il est vraiment le seul), un album porteur de sens. D’une efficacité redoutable avec ses trois singles de 2009 dans les six premiers titres, c’est-à-dire dans la première partie de l’album, avec PRAY et long time no see en alternance qui ont eux-mêmes servi de génériques à un film et une série télé, l’album prend toute son ampleur à partir de sa chanson phare, MAGIC, dont on devient un peu plus accro à chaque écoute, ce qui rend l’Introduction elle-même toujours plus excitante. Si l’on excepte la tout de même très correcte TINY DROPS qui casse littéralement le rythme, la fin de l’album est tout bonnement géniale, Freedom Train devenant la nouvelle chanson de fin référence de B’z, telle que GO*FIGHT*WIN à l’époque de l’album GREEN. Freedom Train aurait même pu être le titre de la tournée 2010 : B’z LIVE GYM Freedom Train ! On les aurait bien imaginés débarquer sur scène à bord d’une locomotive ou une folie de ce genre !
Album de fin d’époque faisant la synthèse entre les années 2000 (DIVE) et les années 90 (Mayday et suivantes), ce qui peut lui conférer un air léger de déjà -vu (ou déjà -entendu), MAGIC est un concentré de magie b’zienne, le tout dans une durée idéale de 45 minutes, ni trop long ni trop court. On ne saurait que trop le recommander à tous ceux qui ne l’ont pas encore écouté ! Faites-le écouter à tout le monde, même aux réticents que vous ferez sauter avec DIVE et Times Flies, mettez MAGIC à fond, faites danser vos ami(e)s avec Mayday! et faites trembler les murs avec Freedom Train !

En bonus vous pourrez ajouter à cela un DVD fort intéressant dénommé Magical Backstage 2009 qui nous dévoile les coulisses de la création de l’album. Volontairement mal enregistré, le documentaire se comprend difficilement, mais on prend tout de même un plaisir certain à retrouver le duo tout au long de l’année 2009, surtout pendant les séances d’enregistrement d’Ichibu to Zenbu, DIVE et long time no see avec Juan Alderete et Chad Smith, batteur complètement déjanté ! On prend plaisir aussi à découvrir que Shane Gaalaas et Barry Sparks sont les deux voix qui crient « We’re on the Freedom Train !! » aux côtés d’Inaba.

Nous vous souhaitons un joyeux Noël, plein de disques de B’z au pied du sapin et si nous ne nous revoyons pas d’ici-là , une très bonne année 2010, pleine de nouveautés en provenance de chez Tak Matsumoto et Koshi Inaba ! Car des nouveautés, c’est sûr, il y en aura !

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6 commentaires à “Montons dans le train de la liberté avec B'z !!”

  1. paulhenry dit:

    Chapeau bas pour cet article, il témoigne d’une très bonne faculté d’analyse :)
    Plus j’écoute l’album plus mon jugement d’origine change pour devenir positif. C’était un peu l’inverse avec Action. Quoiqu’il en soit je pense que tout le monde est d’accord concernant Tiny Drops, elle est non seulement mal placée dans la setlist mais aussi beaucoup moins plaisante que Pray d’un point de vue musical.

  2. vincent dit:

    Quel plaisir de lire ton article…que dire de plus, je suis bien d’accord avec ton analyse…

    j’avais remarqué aussi toujours cette même construction des albums de B’z aussi bien dans le « package » que dans le choix des chansons : les intros courtes mais essentielles et les chansons de fin souvent pleines d’espoir « Go Fight Win,Brighter Day, Shine ou Freedom Train »

    en attendant avec impatience un nouvel album solo de chacun de nos compères nippons.

  3. Snake dit:

    Merci pour cet article ! L’analyse est complète, et que dire de plus… je suis d’accord avec toi, et concernant Tiny Drops je trouve que c’est une chanson travaillée qui dégage une certaine émotion (en tout cas personnellement) et que je trouve très agréable à écouter. Mais bon, sa fait un peu « chanson obligée à placer sur l’album ».

    Ensuite mes gros coups de coeur de cet album: Mayday! et Freedom Train, non seulement elles ont cette atmosphère « In The Life » ou encore « Run », mais en plus musicalement elles au top !
    De plus, je suis d’accord avec cette idée d’album concept. Les chansons se suivent et ont un sens (en tout cas musicalement je l’ai ressenti comme ça. Après concernant les paroles c’est un peu plus compliqué sans traductions =/ ).
    J’ai aussi remarqué, comme Vincent l’a dit, cette construction « intros courtes mais essentielles à l’idée générale de l’album » et les chansons de fin pleines d’espoir.

    Par ailleurs, on peut écouter sur le site officiel la chanson thème du prochain Live-Gym ! Elle est très spéciale, mais personnellement je l’adore. Voilà ;)

  4. Odon Vallon dit:

    Salut les amis ! Bonne année à vous !

    Concernant la construction des albums, il me semble qu’ils ne se terminent pas toujours forcément sur une note d’espoir. Je pense notamment à l’album IN THE LIFE qui se termine sur la chanson ALONE.

    Snake, nous partageons les mêmes coups de coeur pour Mayday! et Freedom Train, même si en réalité j’adore les MAGIC, long time no see, Darenimo iene etc… D’ailleurs, le groupe semble aussi avoir un coup de coeur puisque dans le documentaire on peut entendre le caméraman demander à Inaba s’ils savent déjà quelles chansons ils vont jouer lors de la tournée, et ce dernier répond sans hésitation Mayday!

    Sinon en effet l’ouverture du site officiel a de nouveau changé depuis le 1er janvier. Mais le plus étonnant demeure ce thème dédié à la tournée Ain’t No Magic et intitulé Hitori janai kara / Parce que tu n’es pas seul. La musique n’a pas grand-chose de b’zien, même si je ressens une lointaine parenté avec une chanson comme Yume no youna Hibi de l’album Brotherhood, et il semble qu’on n’entende pas non plus Inaba parmi les voix…

    En tout cas, les fans vont très certainement l’apprendre par coeur et la chanter en début de chaque concert. Le jeu consiste à clamer le nom de sa ville à la fin de la chanson, juste avant le « la la la ». Dans la version donnée à écouter sur le site officiel, on peut les entendre clamer « Tokyo ! »

    Faites-vous donc plaisir aussi en chantant ou criant le nom de votre ville !

    http://www.bz-vermillion.com/livegym2010/themeoflivegym/

  5. Lebon14 dit:

    Très bonne analyse. Je n’aurais jamais vu Magic de ce sens là ! Jamais, jamais, jamais!

    Par contre ce que je regrette c’est que tu nous dis pas ce que tu ressens sur la musique. Je veux dire, qu’est-ce que tu penses de la mélodie, le chant, est-ce que tu aimes mieux une chanson qu’une autre, etc.

    Malgré que cette album soit un concept, mes choix sont clairs : les morceaux agressifs sont mes coups de coeurs à l’exception de la chanson centrale « Magic ». Mes tops favorites étant Dive, Time Flies, Mayday!, Dare Ni Mo Ienee et Freedom Train.

    En tous les cas, en post-scriptum, ça serait génial si tu pourrais partger cette article traduit en anglais sur le forum B’z Net Party. C‡a en éclairerait plus qu’un!

    A plus tard.

  6. Odon Vallon dit:

    Salut Lebon !

    Je suis bien content que tu nous rende visite, sois le bienvenu !

    Il est vrai que j’essaie de ne pas mélanger l’analyse et le goût personnel. Trop souvent une critique se limite à « j’aime donc c’est bien ». Le goût est toujours difficile à discuter, mais il y a toujours des éléments analysables objectivement.

    Tu as peut-être raison, je ne parle pas tant que ça de l’aspect musical. Peut-être suis-je trop littéraire dans mon approche des choses. Il faudra que j’y réfléchisse ! En tout cas, c’est un album que j’apprécie particulièrement. Je pense que nous partageons à peu près les mêmes coups de coeur, avec MAGIC en plus pour moi. C’est ça : MAGIC, Mayday! et Freedom Train doivent être mon top 3, s’il fallait en faire un, mais en réalité c’est bien tout l’album que j’aime, du début à la fin.

    Une traduction en anglais pour B’z Net Party ? C’est une bonne idée, pourquoi pas ! A moi de trouver le temps !

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