Plongeons dans les traductions !
Pour son 46ème single, B’z est revenu fort, et même si le disque se vend bien surtout grâce à son lien avec la série Buzzer Beat dont Ichibu to Zenbu est le générique, on peut affirmer que le single en soi est un très bon single, avec trois bonnes chansons complémentaires. Ce n’est pas toujours le cas, les faces B étant parfois des morceaux tout à fait mineurs dans la carrière du groupe ou se révélant parfois être des petites perles (on se rappelle FEVER, face B de Ai no Bakudan en 2005).
Voyons donc ce que nous réserve ce dynamique single d’août 2009 du côté textuel…
Ichibu to Zenbu / Une partie et le tout
“Tu ne connais seulement qu’une partie de moi”
Même si tu ris victorieusement, cela ne me dérange pas tant que ça
Cette voix profonde qui ressemble à celle que j’ai entendue avant ma naissance,
Rien qu’elle, peut devenir un okazu* de ma vie
Même s’il est absolument impossible de tout connaître
Pourquoi voudrions-nous obstinément
Tout conquérir
En courant après la perfection ?
Avoir une chose que l’on aime jusqu’au bout est bien suffisant
Même si cela n’est seulement qu’une partie de toi
Je l’aime plus que tout, de façon claire et certaine
Par exemple ton front que tu fronces quand tu ne sais pas quoi faire
Ou la douceur qui nous détend quand je te prends dans mes bras et que tu te blottis contre moi
Si je croyais fermement avoir tout gagné
Je serais encore blessé
Ce dont nous avons vraiment besoin est une sensation
Irremplaçable et que personne ne peut critiquer
Les choses que tu es la seule à comprendre et celles que je suis le seul à voir sont toutes vraies
On ne se rend pas compte que tout est une partie de quelque chose
Si tu as trouvé des raisons d’aimer
Ne les laisse plus s’échapper
Avoir une chose que l’on aime jusqu’au bout est bien suffisant
Cela seulement est bien suffisant
* “okazu” ou une véritable difficulté de traduction. En effet, les Japonais mangent de la sorte : du riz comme plat principal indispensable (qui pourrait représenter le fameux pain des Français), et ce riz est toujours accompagné par des plats que l’on mange simultanément et non pas les uns après les autres comme dans la cuisine française. Ces plats d’accompagnements ont pour nom “okazu”. Ici, Inaba compare donc la vie au plat principal, le riz, et la “voix profonde” à un plat d’accompagnement, un okazu. Il faut donc faire un choix :
“Cette voix profonde […] peut devenir un plat d’accompagnement de ma vie”
ou alors :
“Cette voix profonde […] peut devenir un okazu de ma vie”
En considérant que le mot “okazu” pourrait être accepté comme d’autres mots japonais déjà bien connus tels que “judo”, “sushi” etc, nous avons opté pour la deuxième possibilité, mais la première serait tout aussi valable.
A propos de Ichibu to Zenbu, il est important de comprendre que, comme souvent, Inaba, ou le narrateur, parle avec une femme qui est certainement sa petite amie. Ainsi, c’est elle qui dit la première phrase de la chanson en réalité. On peut donc l’imaginer en train de défier Inaba en riant, fière de lui affirmer qu’il ne la connaît qu’en partie.
Mais il ne se défile pas et affirme en retour que les petites choses qu’il connaît d’elle, “sa voix profonde” par exemple, lui suffisent à l’aimer. Et il enfonce le clou en disant que de toute façon il est certainement impossible de tout connaître (et d’ailleurs, qui connaît tout ?) et que courir après la perfection a bien peu d’utilité. Le message aux femmes asiatiques obsédées par la beauté et les anti-rides est à peine voilé… D’ailleurs, il ne lui dit pas qu’il aime son joli visage ou son maquillage, mais sa “voix profonde” et même “quand elle fronce le front”.
Quand il dit “Si je croyais fermement avoir tout gagné / Je serais encore blessé” peut faire allusion à sa propre vie. En effet, B’z détient tous les records du Japon et Inaba est l’un des chanteurs les mieux payés du pays, il pourrait facilement considérer qu’il a tout fait et tout réussi, mais comme à son habitude il fait preuve d’humilité et préfère accorder une plus grande importance à “une sensation irremplaçable”, à une petite chose de rien du tout mais qui lui donne de grandes émotions, qu’à des victoires et des réussites passées.
Enfin, il fait une inversion intelligente quand il dit “On ne se rend pas compte que tout est une partie de quelque chose”. En effet, le titre est “Une partie et le tout” (ou “en partie et en entier”), ce qui laisse penser qu’une partie est toujours la partie d’un tout, mais il va plus loin en disant que tout est une partie de quelque chose, évoquant une idée de l’infini et de la relativité de l’existence elle-même.
DIVE
La la la Sans rien décider
La la la Plongeons franchement
“Demain je fais telle chose et je mange telle chose à tel endroit”
Jusqu’à quand vas-tu noter ce que tu veux faire dans ton agenda ?
J’aime bien être avec toi
Mais je veux ressentir l’avenir un peu plus
La la la Sans rien décider
La la la Plongeons franchement
La la la Avec toi main dans la main
La la la Plongeons franchement
Car ce n’est pas ce que je veux !!
Courir vers un but est merveilleux bien sûr
Mais ne pas trouver de rêves etc… hé bien cela peut aussi arriver
Sait-on si facilement
Ce dont on est capable et incapable ?
La la la En ne prenant qu’une résolution
La la la Plongeons franchement
La la la En oubliant ces satanées dates
La la la Plongeons franchement
La la la En laissant tomber les prophéties maladroites
La la la En écartant les bras
La la la Le sintillement en train de disparaître…
La la la … dégage une bonne odeur DIVE
S’il te plaît ne me pose pas de questions stupides du genre “Pourquoi on vit ?”
La vie elle-même est une chose imprévue
La la la Sans rien décider
La la la Plongeons franchement
La la la Avec toi main dans la main
La la la Plongeons franchement
La la la Plongeons vers l’avenir…
La la la … d’un blanc pur surprenant
Car ce n’est pas ce que je veux !!
N’hésite pas
A propos de DIVE, on est là en présence d’une chanson très b’zienne, avec le chanteur et cette femme qui est sûrement encore une fois sa petite amie. Contrairement à la chanson précédente où la première phrase était dite par la femme elle-même, la phrase “Demain je fais telle chose et je mange telle chose à tel endroit” est un propos rapporté par Inaba qui a l’habitude de l’entendre dire ce genre de phrase.
Il est d’ailleurs un peu dur avec elle quand il lui dit “ne me pose pas de questions stupides”. Car même si la question “Pourquoi on vit ?” est sans cesse rabattue, elle n’est pas forcément stupide pour autant. Faut-il y voir un ras-le-bol du pessimisme qui est un trait de caractère japonais ? Faut-il comprendre que la question “Pourquoi on vit ?” est posée de façon superstitieuse ? Et Inaba en aurait assez d’entendre des croyances dans le genre “On vit parce que c’est la volonté divine” ? En fait, lui-même impose une réponse franche et directe : “La vie elle-même est une chose imprévue”. D’une certaine manière, elle est apparue sur Terre par hasard et s’est dévelopée avec tout autant de hasard, et si nous-mêmes nous vivons là, et bien c’est comme ça et puis c’est tout, inutile de se prendre la tête avec ça.
D’ailleurs, le “la la la la la” rappelle quelque chose de léger, on imagine bien une petite fille marchant dans un chemin et chantonnant “la la la”, le contraste avec le dynamisme de la musique de Matsumoto n’en est que plus intéressant. En parlant de petite fille, la phrase “Car ce n’est pas ce que je veux !!” fait penser en japonais à une phrase d’une petite fille vexée qui s’énerve sur place en tapant du pied. La phrase originale est “konnajaiyadamon” et Inaba parvient à la crier exactement comme ça, montrant là toute l’étendue de son talent.
National Holiday
C’est l’après-midi après une matinée passée à ne rien faire
Aujourd’hui est un jour férié et je n’ai rien de noté dans mon agenda
En retard sur quelqu’un qui m’avait devancé et en me disant “ça craint”
Mon corps est devenu bizarre tandis que je ne cessais de m’inquiéter
Je me suis habillé sans réfléchir
Et je suis passé chez toi sans te prévenir (Ne te fâche pas)
On va essayer de partir pour une ville lointaine ou pour n’importe où
Au petit bonheur la chance (Ne dis rien)
Dès que j’ai vu la surprise sur ton visage j’ai supposé que ce serait une bonne journée
Oui d’accord pour le centre commercial plein à craquer où les gens se bousculent
Je n’ai pas le pouvoir d’effacer les événements cruels
Mais je sais qu’il est mieux de vivre que de mourir
Dans une file de voitures, une fourgonnette attend que le feu passe au vert
A travers les vitres on voit une famille qui rit (ils chantent quelque chose)
C’est la vie du peuple de notre pays avec autant de goûts que de couleurs
On vise au bonheur en serrant les dents (tout le monde fait de son mieux)
Contre toute attente, il existe partout autour de soi des paysages chéris
La lan La lan… Je me découvre encore moi-même
La lan La lan… Je te trouve
Après que les étoiles sont apparues dans le ciel de la nuit tombante
Nous avons marché lentement jusqu’à presque nous arrêter (main dans la main
Tout dans cette journée me faisait me sentir bien
S’il existe un dieu, j’aimerais le remercier (merci)
Par un seul changement du caractère, une porte peut sûrement s’ouvrir
A propos de National Holiday, les liens avec DIVE sont intéressants, comme l’agenda qui revient ou le “La lan La lan”. Dans DIVE, il reprochait à sa copine de trop prévoir les choses et de tout inscrire à l’avance dans son agenda, tandis que lui-même dans National Holiday a un agenda vide et absolument rien de prévu pour ce jour férié. National Holiday répond aussi à Ichibu to Zenbu en ce sens qu’Inaba a souvent le sens du détail, et c’est ce détail que l’on peut interprêter comme “une partie”. Par exemple il remarque cette scène de cette famille qui rit dans une voiture, ce n’est pas grand-chose mais cela suffit à le rendre heureux.
National Holiday, ou Fête Nationale, c’est un titre intéressant quand on connaît le cliché qui dit que les Japonais passent leur vie à travailler. En réalité il existe tout de même un certain nombre de jours fériés, mais pas de grands congés, tout au mieux la fameuse “Golden Week” qui n’est même pas une semaine entière. Ces jours fériés mis à la suite, cela ne fait quand même pas lourd.
Enfin peu importe, cette chanson parle d’un jour férié quand le titre parle d’une fête nationale, donc un jour d’activité. Car un Japonais inactif est un Japonais malade. Donc, quand vous êtes Japonais et que vous ne travaillez pas, alors il vous absolument profiter de votre temps libre à fond pour faire quelque chose, n’importe quoi, mais quelque chose ! Inaba, lui, un rien provoquant, balance qu’il a passé la matinée à ne rien faire, ce qui est inimaginable pour certains (j’en connais personnellement), et il n’a rien de noté dans son agenda. Puis il arrive à l’improviste chez sa copine et lui propose de partir comme ça, “au petit bonheur la chance”.
Après avoir stressé d’être en retard (ou son corps, on ne sait pas, et la syntaxe est du coup étrange elle aussi) par rapport à une personne énigmatique (ou bien par rapport à n’importe qui parti à l’heure), la réaction positive de sa petite amie, “la surprise sur ton visage”, le rend heureux. Ce “visage surpris” n’est pas sans rappeler le “front froncé” d’Ichibu to Zenbu, ces petites choses qu’il aime et qui lui suffisent dans la vie. Il est tellement heureux qu’il se contente du centre commercial alors qu’il avait proposé “une ville lointaine ou n’importe où”.
Au final, il a passé cette journée à se promener avec celle qu’il aime et a pris le temps d’observer autour de lui, une famille qui rit dans une voiture ou encore les “paysages chéris” que l’on pourrait avoir tendance à oublier dans la vie quotidienne.
Un dernier élément intéressant est la phrase “S’il existe un dieu, j’aimerais le remercier”. Ce n’est pas la première fois qu’Inaba évoque un dieu de la sorte, en japonais “kami sama”. Cependant, il ne faudrait surtout pas confondre ce kami sama avec Dieu tel qu’on le connaît dans les religions monothéistes, c’est-à-dire un dieu unique créateur de l’univers et des lois qui le régissent. Ici, il s’agit d’une notion beaucoup plus vague et légère. Ce kami sama n’est ni un dieu unique ni une divinité toute puissante ayant droit de vie ou de mort sur nous autres pauvres humains. Encore une fois, il s’agit d’une notion vague plus que d’une divinité, une sorte d’esprit que l’on trouve un peu partout et que l’on peut prier à l’occasion, sans trop d’ailleurs savoir pourquoi.
Pour se faire une idée à quel point kami sama peut être beaucoup de choses, on peut penser au Kami Sama de Dragon Ball ! Certes il a créé les dragon balls, mais certainement pas la Terre et encore moins l’univers.
Ces trois chansons forment un tout homogène, on pourrait même penser qu’il s’agit de la vie d’un couple que l’on suit pendant trois chapitres à la fois distincts et liés entre eux, avec des différences certaines entre elle et lui, des petites tensions et le bonheur en conclusion. Nous verrons alors quelle place prendront ces chansons dans un très probable prochain album !
C’est une habitude que nous prendrons désormais, à savoir mettre les prochaines traductions en ligne au travers d’un article. A bientôt pour la suite !





19 août 2009 à 22:47
Merci beaucoup pour cet article très détaillé et pour les traductions, c’est agréable :)
De mon point de vue, les paroles sont à la fois simples et profondes. On a vraiment le droit à un single de qualité !
Par contre je me demande quand même le rapport entre les chansons et l’artwork du single…je trouve la pochette sympathique mais bon, je vois pas le lien avec le single (contrairement à la pochette de super love song qui est assez explicite^^)
21 août 2009 à 16:33
Très juste interprétation. Je suis également d’accord, le single est autant homogène du point de vue des paroles que des mélodies en elle même.
Par rapport au peu de traduction que j’ai pû lire,et notemment grâce à ce merveilleux blog,
ce bon Inaba parle souvent à une petite amie “imaginaire” dans ces chansons^^
22 août 2009 à 15:43
Merci beaucoup les amis !
Autre information intéressante : ce lundi (le 17), pendant l’épisode de Buzzer Beat, on pouvait entendre Inaba chanter une version a capella d’Ichibu to Zenbu. Certains fans japonais espèrent déjà la retrouver sur un prochain album !
Snake : Je ne vois pas non plus de rapport, mais personnellement j’aime beaucoup ce visuel qui fait dans la sobriété quasi minimaliste. La pochette de SUPER LOVE SONG était géniale, celle de BURN avait un aspect brillant rappelant la gloire du groupe. Ichibu to Zenbu laisse apparaître la forme du disque à l’intérieur. Est-ce là un hommage à cet objet qui sera peut-être bientôt obsolète ?
Vincent : c’est vrai qu’on en viendrait à se demander si cette petite amie existe ou non… Mais étant donné qu’on ne sait presque rien de la vie privée d’Inaba, on peut tout envisager…
24 août 2009 à 16:28
Très bon article comme d’habitude ! Tu fouilles énormément les musiques, en les écoutant, je n’aurais jamais pensé qu’elles étaient si anecdotiques et pleines de sentiments.
27 août 2009 à 13:58
Salut Hiro !
Merci bien ! Je ne sais pas si les chansons sont anecdotiques (^。^) mais je pense qu’on peut souvent trouver quelque chose d’intéressant à comprendre dans les paroles d’Inaba. On pourrait penser que le groupe qui connaît le plus grand succès commercial ne dit que des platitudes, et pourtant ce n’est pas le cas. C’est ce qui rend B’z encore plus intéressant !
Aussi, la chanson PRAY est disponible en téléchargement légal au Japon. Cela ne doit pas nous faire désespérer de la retrouver sur un prochain album.